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University of Toronto
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MÉMOIRES
ET
OBSERVATIONS
Sur les Effets des Eaux de Bourbonne-îes«
Bains , en Champagne, dans les Mala-
dies hyftériques & chroniques.
Par M. Chevalier, Docteur en
Médecine à Bourbonne-les-Bains 9 ci"
devant Chirurgien à l'Hôpital Royal
& Militaire de la même Ville.
Ahijjîmui creavît de terra Medïcamenta ; & vir
prudens non abhorrebït Ma,
Ecclesiast. chap. j8.
y
A PARIS,
Chez Vincent, Imprimeur-Libraire ,
rue des Mathurins, Hôtel de Clugny.
M D C C LXXII.
Avu Approbation , & Privilège du Rot»
BIBLIOTHECA
Cttaviens'**,
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PRÉFACE.
Èa efl cun&is animantibus non fcripta lex fed naïst
iqnam moi gentibus , necejfîtas barbaris & ferîs , na=
tura ipfa prefcrlpfit , ut omnia effet honefia. ratio vlr/t,
vi repellendl.
Cicx.ro proMilone»
TOut homme qui , par état, s'inté-
reffe au bien de l'humanité , en fe
faifant un devoir d'offrir au public les
fruits de fes veilles & de fes travaux ,
& par-là de lui devenir utile , efl tou-
jours très-louable. Mais, fi , dans les diffé»
fentes recherches qu'il fait pour perfec-
tionner une feience, en aplanir quelques
difficultés, il adopte un fyftême, il doit,
avant que de le donner pour une vérité
démontrée, attendre le jugement du pu-
blic éclairé.
Si l'univerfalité des autorités & des
faits lui en découvre le faux , l'inconfé«
quence , l'illufion, il doit, ( s'il n'a d'au-
tres prétentions que le bien de la chofe,)
non- feulement fe faire un devoir , mais
même un honneur de l'abjurer ; autre*
jnent , quelle idée peut-on concevoir d€
ïv PRÉFACE.
l'homme ? Il n'eft perfonne qui , dans le
premier feu de l'imagination , ne croye
fouvent regarder avec les yeux de l'évi-
dence, & qui, avec un peu de fang-froid,
ne reconnoiffe fon erreur.
Mais hélas ! trop d'attachement à une
opinion, fur-tout quand on l'a enfantée,
ne fouffre pas qu'on lui oppofe la moin-
dre raifon ; &, s'il s'y joint encore des
faits , des preuves , des vérités , & des
vérités incommodes dont on voudroit
fecouer le joug, il eft fort à craindre
que l'orgueil ne fe réveille , que la paf-
fion ne s'en mêle, & que les objections
les plus fenfées ne foient repouffées par
des perfonnalités.
Telle eft la manière dont M. Pomme
en a ufé envers moi par rapport à mon
Mémoire fur les Eaux de Bourbonne ,
dans fa Réponfe rembrunie du mois de
Septembre dernier (a) : au refte, ce pro-
cédé auquel je m'attendois & qui ne
(a) Voyez le Journal de Médecine du même
mois, note de l'éditeur, page 262 , & la Lettre
de M. Caziot, Journal de Novembre, fuivant,
?age 443*
PRÉFACE. y
m'étonne pas, me laiflbit entrevoir qu'en
relevant fa prévention contre les eaux
thermales, c'étoit l'attaquer par l'en-
droit le plus fenfible , & qu'il n'en re-!
jetteroit qu'avec plus d'aigreur & de
préfomption les preuves & les faits per-
manens que je lui oppofe.
Si mon Mémoire lui préfente des faits
contraires à fon racorniflement & à fes
fpéculations ; ce n'efl pas ma faute , &
il me doit la juflice de penfer, qu'animé
du même zèle que lui pour l'intérêt de
l'humanité feulement, je ne pouvois fans-
reproche , ni fans me rendre coupable
envers le public, taire l'efficacité des
eaux de Bourbonne, conflamment prou-
vée par l'expérience journalière , & fa
fupériorité fur l'eau commune , l'eau de
poulet, la glace, le lait, le petit-lait
dans les maladies nerveufes & chroni-
ques.
Si par hafard il a été bleffé de ce que
j'ai oié traiter une matière qui , félon
lui , n'efl pas de ma compétence , il fe
radoucira peut-être en apprenant que
mon établiffement en province m'a mis
a iij
Vj PRÉFACE.
dans la néceflité abfolue de m'appliquer
autant à l'étude de la médecine qu'à
celle de la chirurgie, & que, depuis vingt-
cinq ans que j'y exerce fans relâche
ces deux profeffions enfemble , j'ai été
fort attentif à recueillir des faits , à aug-
menter le fond de connoiflances que
l'on peut acquérir dans l'art de guérir
par les eaux , en s'aflujettiffant à la fim-
ple expérience, & à apprécier les efforts
de la théorie pour éclairer cette expé-
rience dont tout le monde fe croit dé-
pofitaire , mais dont fi peu de gens fça-
çhent tirer de vraies inductions.
N'étant queftion que de manier de
l'eau & de la bien connoître ; en tâchant
d'ajouter par mon travail, à ce que j'ai
trouvé dans les anciens & dans les mo-
dernes , je ne me fuis que trop fouvent
apperçu que ce dépôt précieux , confié
à l'homme à ordre des maifons qui re-
çoivent des malades qui viennent de loin
chercher du foulagement ou la guérifon,
étoit déplacé à la honte de l'art, au
gommage d? ceux-ci, & que, dirigé par
une, routine aveugle qui confiftoit à faire
Vij
PRÉFACE.
boire , baigner , doucher indiuun&ement
& à outrance , il fourniffoit un moyen de
plus à la cabale ou à la cupidité de
quelques hôtes, ce qui m'auroit effrayé,
même dégoûté, fi je n'euile été dédom-
magé par quelques fuccès.
Le livre de M. Pomme qui avoit fcan-
dalifé tant d'habiles gens & qui avoit
ébloui les autres , me choquoit par la
bizarrerie de Ton fyftême que je ne pou-
vois en aucune façon accorder avec ce
que j'avois vu & ce que je voyois.
S'il étoit frondé de toutes parts, je fouf-
frois impatiemment que perfonne ne prit
l'auteur au défaut de la cuirafle , en dé-
fendant les eaux thermales, dont le décri
le conduifoit droit à fon but. Las d'at-
tendre , j'ai fourni en leur faveur &
contre lui , des obfervations qui pour-
ront être utiles à qui fera fans doute
mieux que moi.
Ce font-elles vraifemblablement qui
l'ont fi fort irrité, & contre lesquelles
j'avois attendu quelque tems de nou-
velles attaques , lorfque je me vis enfin
menacé par une Lettre de fa main , er»
a iv
viij PRÉFACE.
date du 18 Octobre 1770, d'une irrup-
tion perfonnelle fi je m'avifois de repa-
roître fur la fcène , m'obfervant néan-
moins que fi je connoiffois le prix de
fa démarche & que je renonçafie à mon
projet, il me difpenfoit du remerciment
fans prétendre en tirer aucun avantage ;
mais , de quelque manière que je prifle
la chofe , qu'il feroit toujours vrai que
j'aurois attaqué un homme qui ne m'a-
voit fait aucun mal. En conféquence je
laifle ma réplique à la prétendue ré-
ponfe de M. Brun ; celui-ci , parmi tant
d'obfervations, n'en ayant difputé qu'une
& la moins intéreffante , j'offre à M.
Pomme & à M. Brun, ton repréfentant,
bien d'autres os à ronger, fans croire
manquer ni à l'un ni à l'autre. Préten-
droient-ils que la vie des hommes eft
moins refpeôable que leurs opinions.
Je ne prononce rien fur les informa-
tions que ces MM. ont faites ; peut-être
fe font-ils adreïfés à des perfonnes mal
intentionnées ; on a pu chercher à pré-
venir , à aigrir les efprits & à dénigrer
les ehofes » quoi qu'il en foit a ils ont fait
PRÉFACE. lit
peu de chemin dans la route qu'ils fem-
bloient devoir fuivre ; & ils auroient
tort de fe fâcher qu'on leur offrît l'occa-]
lion de faire mieux, & de réparer la perte
d'untems qu'ils ont employé vainement
jufqu'ici.
En multipliant les côtés par où MJ
Pomme voudra m'entamer, je multiplia
mes reifources en ufant les fiennes ,'
s'il en a, & je ménage mon loifir; je*
ne fçais fi l'on a eu l'avantage qu'on fé
promettoit , de faire rire à mes dépens
amis, ennemis, -& cette troupe d'oififs à
qui, dans la matière la plus grave, lorf-;
qu'il s'agit de la vie ou de la mort des
hommes , une plaifanterie prouve plus
qu'une raifon ; je ne fçais s'il eft bien
plaifant de voir un M. Pomme érigé en
potentat par fon compère , M. le Brun,'
& moi , réduit à la condition de Mirmi-
don ; jèignore quel prix M. Pomme met
aux éloges des le Brun , mais je fens
qu'il eft. heureux & commode d'avoir à
fes ordres de pareils champions ; ils font
rares ! on fe fent décoré par eux des plus
beaux noms, 6c cela à charge de revanche*'
x PRÉFACE.
S'il eft libre à tout homme de fens dé
préfenter fes réflexions fur des matières
où il apperçoit du louche & de l'em-
barras; c'eft, je crois, le devoir & le
privilège de celui qui s'en eft occupé par
état; je crois que mon miniftere m'auto-
rifoit & que l'intérêt de la fociété me
prefcrivoit , de défabufer le public fur
les craintes & les dangers qu'on a cher-
ché & qu'on cherche à lui infpirer à
l'égard des eaux thermales.
Le faux préjugé que l'envie, l'or-
gueil , l'ignorance & la cupidité de cer-
taines gens intéreffés aies décrier, ont
adroitement répandu fur leur compte ,
les a fait quelquefois envifager comme
trop fortes , dangereufes , non indiffé-
rentes, & capables de faire beaucoup de
mal fi elles ne font pas du bien.
Cette prévention ridicule, qui ne doit
fon origine qu'à la faufTe perfusion ÔC
la crédulité aveugle, a , malgré l'éviden-
ce , fait prendre plus d'une fois l'ombre
pour la réalité , & entretenu le pyro-
nifme dont îe parent certains prétendus
beaux efprits.
PRÉFACE. xj
Ces terreurs font fi fortes , que, quoi-
que la vertu fébrifuge des eaux de Bour-
bonne fût évidemment reconnue & dér
montrée depuis plus de deux cents ans,'
comme on le verra dans la fuite , elle a
cependant été , tant par elles , que par
la théorie fyftématique , qui , dans ce
tems , s'efî emparé des efprits au mépris
des connoiflances cliniques fi utiles ÔC
néceffaires dans l'art de guérir , mécon-
nue & abandonnée, pour fuivre une route
nouvelle , bien différente & moins cer<*
taine que celle tracée par les anciens.'
En vain la nature reclamoit-elle quel-
quefois fes droits, on demeuroit tou-
jours fourd à fa voix.
Cet aveuglement impardonnable fub-
fifteroit peut-être encore , fi de nos
jours un praticien aufîi éclairé qu'infa-
tigable n'eût par fon travail afîidu , mal-
gré la rivalité la plus noire ôç la plus
affreufe, détruit la prévention Se fait
tomber le bandeau de l'erreur.
Les yeux une fois fafcinés pour urt
fyftême qu'on a époufé , ne font voir
que ténèbres où eit la lumière , que
xij PRÉFACE.
doutes où il y a certitude , & qu'incré-
dulité en oppofition aux preuves les
plus convaincantes. C'eft ainfi , félon la
penfée d'un auteur célèbre, qu'on a nié
pendant vingt ans la découverte & les
expériences du grand Newton fur les
fept rayons primitifs Se inaltérables de
la lumière , & qu'on lui a oppofé pen-
dant quarante les tourbillons de Dé-
cartes fur la gravitation démontrée. Si ,'
au lieu d'avoir employé ce tems à com-
battre par de vains fophifmes , on eût
répété ou fait répéter fes expériences,
on ne fe feroit point expofé à la rifée
& au mépris des gens fenfés.
Si ceux qui , fans connoître les eaux
thermales, s'élèvent avec tant de cha-
leur, en euffent agi ainfi , ou qu'ils euf-
fent vaincu leur pareffe & leur obfti-
nation par une étude plus férieufe , plus
réfléchie , & par la recherche de leurs
principes & de leurs efFets , ils feroient
au moins parvenus à des connoiffances
qui , en les défabufant , fi elles ne les
euffent obligés à leur rendre juftice , leur,
auroient du moins impofé filence.
PRÉFACE. xiij
II en efl malheureufement qui , quoi-
que revenus de leur prévention &-tfé-
trompés, & bien que fecrettement ils
fe repentent d'avoir hafardé une opi-
nion dénuée de vraifemblance , aiment
mieux, même au mépris réel de leur
gloire & de leur réputation , la foutenir
hardiment, & fuivre le confeil de leur
amour-propre mal entendu. Si un mou-
vement de confeience leur reproche de
n'avoir pas imité la pratique des hom-
mes plus fages & plus habiles qu'eux
qui les environnent, s'ils fe promettent
de les fuivre à l'avenir, & de marcher fur
leurs traces; ce mouvement paiTe vite ,
& bientôt le préjugé, la légèreté re-
prennent fur eux leur empire ordi-
naire.
C'eit de cette manière, & de proche
en proche , que l'illufion paiTe d'un
homme à un autre , du voifin au plus
éloigné ; que la crainte & la pufillani-
mitié fubjuguent jufqu'aux âmes les
moins faites pour en avoir, & leur laifTent
de l'incertitude fur des remèdes qui ,
/dans tous les cas où ils font applicables,
XÏV PRÉFACE.
& appliqués avec prudence, opèrent fou-
Vent des merveilles.
C*elt encore d'après de femblables
erreurs qu'on refte fouvent indécis fur
le choix des eaux & la manière de les
appliquer, & que nombre de malades
n'arrivent à celles vers lesquelles on a été
întéreffé à les envoyer , qu'avec cette
terreur qui leur fait appréhender leurs
prétendus redoutables effets. Les uns ne
viennent que pour y baigner & fe gar*
deront bien , difent^ils , de boire , parce
qu'elles font trop fortes , dangereufes
pour la poitrine,contraires aux nerfs,&c :
tandis qu'à leurs côtés , d'autres con-*
Vaincus par leur propre expérience , ou
confeillés par des hommes vraiment inf-
truits, fe foumettent fans difficultés à
tous leurs ufages.
La chimère des premiers, qui eft aufîi
celle de M. Pomme , s'évanouira tôt ou
tard par les exemples & les faits mul-
tipliés qui ne cefferont de prêcher la
vérité : Opinionum commenta delet dus ,
naturcz judicld confirmât.
11 étoit néceffaire de préfenter une
préfacé. m
amorce ; quelle meilleure , qu'une feule
méthode, (connue depuis long-tems,)
aifée , facile , & un fyftême nouveau ,
(le racorniffement des nerfs.) Ce terme,
à la vérité , eft au(S obfur que vuide de
fens; mais que faut-ils de plus à la mul-
titude qui , moins elle entend , plus elle
s'émerveille.
C'eft cette nouveauté finguliere, qui
n'en a jamais impofé qu'à des novices ,
que M. Pomme leur a préfentée, ou
comme écho , ou comme interprête,
dans fa préface , quatrième édition ,
pages 13 , 14, 15 & 16. Voici comme
il s'exprime :
» De toutes les maladies qui affligent
» l'humanité , il n'y en a point dont la
» caufe foit moins connue , & le pro-
» cédé curatif moins affuré que celle
» qu'on appelle affection vaporeufe. , ou
» Amplement vapeurs ; de tous les obfta-
» clés qui fe préfentent pour parvenir
» à ce but , le préjugé des médecins eft
» celui qui me paroît le plus difficile à
» vaincre : en effet , apprendre aux uns
» une rouie nouvelle, vouloir forcer les
xvj PRÉFACE.
» autres à changer d'Idées & de fyjîême t
» c'eft l'ouvrage du génie le plus fubtil ;
» & il ne faut rien moins que l'éloquence
» la plus perfuafive pour convaincre des
s* efprits prévenus, & pour détruire une
» erreur prefque univerfelle ; » ( & fans
doute aufîi pour en faire adopter une
autre. )
» J'en ai fenti, continue- t-il, toute la
« difficulté dans ma première entreprife,
»(cela n'efl point étonnant;) animé
» par la vivacité de mon zèle, j'ai cru
»> que mon travail ne feroit point infruc-
» tueux; mais, me fuis-je jamais flatté
» de faire beaucoup de profélytes ? &
» n'avois-je pas déjà prévu que le nom-
v bre des mécréans feroit infini ? Les uns
» affervis au préjugé & trop intéreffés
» à fuivre la routine , refufent conflam-
» ment de s'y foumettre; & les autres
» jaloux des nouveautés quand Us ne les
» enfantent pas , fe récrient fans fonde-
» ment & fans raifon , rejettant avec
» mépris une méthode d'autant plus in-
» téreffante que le mal devient plus com-
» mun : tel a toujours été 1'écueil de la
«médecine,
P R È F A CE. xvij
S> médecine , ( pourquoi pas du méde-
» cin ? ) Les plus zélés ne le défavoue-
Vf ront pas. »
Et un peu plus bas : «Les motifs qui
» m'obligent à lutter contre les plus re-
» doutables adverfaires, excuferont, je
» penfe , ma témérité ; perfuadé que
» mon zèle à plaider la caufe du public
» me donnera des droits fur fon indul-
» gence ; c'efl: dans ces vues que j'ai:
» rompu le filence une -première fois :
» les controverfes des médecins me for-
» cent à mé défendre ; Si je déclare d'a-
» vance que je ne cefferai de parler que
» quand on m'en aura impofé par des
» faits contraires à ceux que j'ai déjà
» préfentés. » (J'en offre, je crois, à
M. Pomme.)
Pour étayer cet édifice frêle & chan-
celant , & lui donner au moins un om-
bre d'apparence, il falloit ou ébranler
ceux qui étoientconftruits,ou les fapper
par les fondemens. Il falloit encore,"
pour qu'on n'en apperçût pas la défec-
tuofité , le mafquer avec un efpece de
clinquant, qui, par fon faux éclat, en
b
xviij PRÉFACE.
impofât fur la réalité. Voici comme
M. Pomme s'y prend : il imagine nos
nerfs dans l'état naturel, femblables à
un parchemin trempé , mou & flexible ,
qui par un défaut d'humidité fe roidit %
& par une féchereffe totale fe racornit.
Voilà la pierre angulaire de tout fon bâ-
timent avec laquelle il prétend tout dé-
truire & tout renyerfer ; fuivons-le :
* On n'a qu'à fe rappeller ici l'effet des
» caufes éloignées de vapeurs , & on
» verra arriver de phis loin la fécherefTe
» dont je parle , & le racorniffement qui
» la fuit. Je dis plus , qu'on raffemble en
» même tems l'effet des remèdes chauds,
» fi ufités de nos jours & fi vantés fous
» le nom tfanti-fpafmodiques , on verra
» augmenter infenfiblement la caufe du
» mal , bien-loin de la détruire. Que l'on
» rappelle enfin l'effet confiant & inva-
» riable des remèdes oppofés , on fera
» forcé alors d'avouer la méprife, & on
» fe réjouira avec moi d'avoir trouvé le
»> fpécifique. Les complications de cette
» maladie n'embarrafferont plus le mé-
» decin , quand il fçaura qu'elles font 1©
PRÉFACE. xïx
fc fruit de la première caufe. Les obftruc-
» tions de tous les vifceres du bas-ventre,
» n'étant que l'effet de celle-ci , céderont
» au torrent d'une circulation plus libre :
» il verra avec fatisfa&ion les merveil*
» leux effets d'une méthode fi falutaire
» par des cures miraculeufes ; & le fou-
» venir de tant d'autres où la pratiqua
» ordinaire l'aura fait échouer, le con-
H vaincra toujours plus de la folidité de
» celle qu'il aura nouvellement embraffée.
» En effet, combien d'hydropifies, d'ana-
» farques , de leucophlegmaties où le ra-
» corniflement a lieu, & où les hydra-
» gogues les plus outrés font employés
» fans difcrétion & fans fuccès ! » Oh
pour le coup, voilà du plaifant ! des nerfs,
des membranes , &c. abreuvés de toutes
parts , noyés dans un torrent d'eau , être
racornis , defféchés ! cela eft rifible , ÔC
contre les régies de la bonne phyfique.
M. Pomme me dira peut-être , comme il
a dit très-ingénieufement à M. Cofte ,
que ma phyfique eft une lanterne fourde
qui n'éclaire que moi. Eh bien, je lui
répondrai que la fienne. gft une lanterne-7
xx PRÉFACE.
magique qui amufe tout le monde. Pour-
fuivons : « Combien de jauniffes hypo- .
» condriaques que l'on attaque jour-
» nellement par les apéritifs les plus
» girofliers ! & quelles en font les fuites !
» Combien de maladies chroniques de .
» toute efpece , dépendantes de cette
» caufe , que la pharmacie mutile ÔC
» achevé après leur avoir donné naif-
»> fance, à la honte de ceux qui lui prê-
» tent des fecours aufli avides que meur-:
» triers ! La cafcarille , le cachou & tous
» les autres ftomachiques , fi familiers
» aujourd'hui, céderont leur place aux
» remèdes qui reftitueront le velouté de
M'I'eftomac, & qui corrigeront les em—
» preintes meurtrières que ceux-ci ont
» coutume d'y laiffer. Le tympanitique
» apprendra à fe guérir par des remèdes
» oppofés à ceux qui auront donné naif-
>> fance à fa maladie. L'apople&ique 6c
» le paralytique éviteront les eaux de
» Balaruc; nous comprenons avec elles
» toutes les eaux thermales , quelles
» qu'elles foient. L'épileptique crue in-
» curable , & guérie 2 fervira d'exemple:
T R Ê F A C E. xxj
*> à celle qui fera menacée de ce fléau.
5> L'hyftérique invétérée & le vaporeux
» languiffant trouveront déformais unre-
» mède affuré {a).
» Si , après cela, continue-t-il , les mé-
» decins fe plaignent des difficultés qu'ils
» rencontrent dans la cure de cette ma-
» ladie , doivent-ils en accufer l'opiniâ-
» treté & la bizarrerie ? & ne doivent-
» ils pas au contraire s'imputer à eux-
» mêmes fon incurabilité (£)?» M. Pomme
n'a pas borné fon racorniffement aux
feules maladies dont il vient de faire le
détail ; il l'a encore étendu à beaucoup
d'autres , comme à la colique , l'hémop-
iyfie , la manie , l'odontalgie , le vomif-
fement , la cardialgie, le friffon , la fup-
prefîion des urines , des régies , des lo-
chies, la fièvre, le flux hémorroïdal , la
toux, les aigreurs d'eftomac, l'hémiplé?
gie , fuite de l'apoplexie féreufe & fan-
guine , la fiévre-putride , la vérole , les
écrouelles , le fcorbut , les pertes , les
(a) Préf. ibid. pages 18, 19, 20, &21.
{j>) Page 38, premier vol. quatrième édition-,
biij
xxij PRÉFACE.
fleurs-blanches , &c. (a) ; & cela en raî
corniflant tout ! O prodige du racornif-
fement ! ô multitude de malades racornis,
que vous aurez d'obligation àM. Pomme ,
d'avoir réduit tous vos maux divers à
une feule caufe ! ô bonheur du genre
humain , fi l'on parvient jamais à trou-
ver le remède du racorniffement !
J'ignore ce que c'en- que ce racornirTe*
ment ; mais tout le monde fçait qu'une
méthode bonne en elle-même, étendue
trop loin , peut devenir très-dangereufe,
& fouvent fimefte. Le fçavant M. Tiffot,
qui en a fenti toutes les conféquences, a
eu attention de prévenir , dans fon EJfai
fur les Maladies des Gens du monde ,
pages 135 & 137, édition de Lauzanne ,
ceux qui pourroient tomber dans cet écart
& leur en faire connoître le ridicule.
.Voici fes exprefïions :
» La méthode des toniques & celle
» des relâchans ont leurs ufages ; les mé-
» decins qui fe borneroient à l'une des
^— — - . 1 -—
(a) Voyez depuis la page 38 du premier vo-
lume de fon Traité, jufqu'à la page 40, & le utre
de fes chapitres.
PRÉFACE. xxhJ
» deux , priveraient une partie des ma-
» lades du remède qui îeur convient le
» mieux, & fe priveroient eux-mêmes
» des plaifirs dufuccès. Et plus loin, fi
» les hommes plein de génie & de con-
» noifTances , qui font à la tête de ces
» fyftêmes , vouloient bien jeter les
» yeux fur les obfervations qui leur font
» étrangeres,voir les inconvéniens qu'il y
» a à traiter des maux oppofés dans leurs
» caufes par une feule méthode , à l'é-
» tendre trop loin , à méprifer tout ce
» qui lui eft étranger, ils ajouteroient à
» leurs fuccès & à lareconnoiflance que
» le public leur doit , & ils fentiroient
» bientôt que les régies & les méthodes
y> générales font dangereufes en méde-
» cine ; elles rapprochent les plus grands
» médecins des empiriques qui veulent
» tout guérir par un feul remède , &
» prétendent que tous les maux dépen-
» dent d'une feule caufe : cela n'eft ja-
» mais fi faux qu'en parlant des maux
» de nerfs , dont le traitement eft celui ,
» par- là même , qui a le plus befoin d'être
» détaillé. ».
b iv
xxîv PRÉFACE:
La réflexion de cet homme illuftré
fur les méthodes générales , me rappelle
un trait de la Bruyère contre elles, fi
beau & fi frappant, que je ne puis me
difpenfer de le rapporter , perfuadé qu'il
garantira de l'erreur ceux qui voudroient
y donner; le voici :
» Carro-Carri débarque avec une re-
>» cette qu'il appelle un prompt nmïdc ,
» & qui quelquefois efl un poifon lent :
» c'eft un bien de famille , mais amélioré
» en fes mains : de fpécifique qu'il étoit
» contre la colique , il guérit de la fié-
» vre-quarte , de la pleuréfie , de l'hy-
v dropifie , de l'apoplexie , de Tépileplie.
» Forcez un peu votre mémoire; nommez
» une maladie , la première qui vous
» viendra en l'efprit: l'hémorragie, dites-
» vous ? il la guérit. Il ne reiïufcite per-
» fonne , il efl vrai; il ne rend pas la vie
» aux hommes, mais il les conduit nécef-,
_» lairement jufqu'à la décrépitude ; & ce
» n'eft que par hafard que fon père &
» fon ayeul, qui avoient ce fecret, font
» morts fort jeunes. Les médecins re-
» çoivent pour leurs vifitçs ce qu'oc
PRÉFACÉ. xxv
>> leur donne ; quelques-uns fe conten-
» tent d'un remerciement : Carro-Carri
» eft fi sûr de fon remède & de l'effet
» qui en doit fuivre , qu'il n'héfite pas
» de s'en faire payer d'avance , & de re-
» cevoir avant que de donner. Si le ma!
» eft incurable , tant mieux , il n'en eft
»que plus digne de fon application &C
»> de fon remède. Commencez par lui
» livrer quelques facs de mille francs ;
» pafl'ez-lui un contrat de conftitution ;
» donnez-lui une de vos terres , la plus
» petite , & ne foyez pas enfuite plus in-
» quiet que lui de votre guérifon. L'ému-
» lation de cet homme a peuplé le monde
» de noms en o & en i ; noms vénérables
» qui impofent aux malades & aux ma-
» ladies. Vos médecins , Bordeu , Bou-
» vart , Lorri , & de toutes les facultés ,
» avouez-le , ne guériffent pas toujours,
» ni sûrement : ceux , au contraire , qui
» ont hérité de leurs pères la médecine-
m pratique , & à qui l'expérience eft
» échue par fucceffion , promettent tou-
» jours, & avec ferment , qu'on guérira.
» Qu'il eft doux aux hommes de tout
xxvj T R É FA C E.
» efpérer d'une maladie mortelle, & de
* fe porter encore paffablement bien à
» l'agonie ! La mort furprend agréable-
» ment & fans s'être fait craindre : on
m la fent plutôt qu'on n'a fongé à s'y pré-
» parer & à s'y réfoudre. O modernes
» Efculapes ! faites régner fur la terre le
» quinquina & l'émétique ; conduifez- à
» fa perfection la fcience des fimples
» qui font données aux hommes pour
» prolonger leur vie : obfervez dans les
» cures , avec plus de précifion & de fa-
» gefle que perfonne n'a encore fait , le
» climat, les tems, les fymptômes &
» les complexions : guériflez de la ma-
» niere feule qu'il convient à chacun
» d'être guéri : chaffez des corps, où rien
» ne vous efl: caché de leur économie ,
» les maladies les plus obfcures & les
» plus invétérées : n'attentez pas fur celles
» de l'efprit, elles font incurables : laiffez
■»> à Corine , à Lcsbie , à Canidie. , à Tri"
t> malcion 6c à Carpus la fureur de l'em-,
» pirifme (a). »
{a) Cara&ère de la Bruyère, pages 161 , i6i
& 163, Tome II,
PRÉFACE. xxvij
M. Pomme , ne f cachant comment ac-
corder fon grand racorniffement avec
les obfervations où les malades ont
été traités par une méthode oppofée à
la Tienne , feint d'y trouver des caufes
indépendantes de celle-là, & attaquables
par des remèdes différens des liens , ou
une humeur fébrile , ou un virus fcorbu-
tique, &c. (a) Le fpafme & la convulfion
ne font que fymptomatiques dans ces
cas; tandis que, félon fon fyftême , la
première caufe eft, toujours la tenfion ,
la féchereffe , le racorniffement : « Par-
» tout où le fpafme fera compliqué avec
» d'autres maladies , par-tout il fe fera
» refpecter ; & les hume&ans feront les
» feuls remèdes qu'on pourra lui oppo-
» fer (£). » Cette contradiction avec lui-
même, dévoile fon but, fa rufe & la
faufleté de fa théorie , affez évidemment
connue , pour peu qu'on le life , Se tres-
sa) Voyez les notes au bas des pages 1 3 2. Se
140, Tome II , de fon Traité-, quatrième édition;
& la page 253 de fon premier volume.
(b) Traité des Affeûions vaporeufes des deux
fexes , Tomel, page 49,,.. ïbid»
xxviij ? R É F À CE.
fçavamment relevée, comme je l'ai déjaî
fait remarquer, par MM. Roftain, Paris,
Marteau d'Amiens , Laugier, Cotte, De
Jean , Dablain , Preffavin , &c. &c.
Pour adapter fa méthode à tous les
cas pofîibles , M. Pomme complique de
fpafme & de convulsion la paralyfie ,
fuite de l'apoplexie féreufe ou fanguine ,
& écarte de fon traitement les eaux
thermales. Après avoir établi , d'après
Frédéric Hoffmann , la différence de l'a-
poplexie fpafmodique, & de la paralyfie
de même efpece qui lui fuccede ordi-
nairement , il dit : « La diftinttion de
» celle-ci d'avec les deux autres efpeces
» que Ton connoît fous le nom iïapo-
» plexie féreufe & fanguine, eft encore
» due à cet auteur. Quoique cette der-
» niere participe beaucoup de celle dont
t> il s'agit , le fpafme n'en eft pas moins
» fouvent la véritable caufe. La roideur
» des membres paraly (es, & les mouve-
» mens involontaires qu'ils éprouvent ,
» en font les preuves convaincantes. Les
y> faignées réitérées , les véficatoires , les
>» émétiques, &ç. produiront donc, félon
PRÉFACE, xxix
» le même auteur, de funeftes effets:»
( M. le marquis de Cafiillon en fît la trille
expérience; comme M. Emery, fils, la
fît de l'application de la glace ,) « tandis
» que les bains domeftiques , le pédiluve
»t & autres remèdes de même efpece , qui
» attaqueront cette rigidité des nerfs ,
m produiront des effets falutaires , puif-
» qu'ils faciliteront la diftribution des
»> liqueurs , en reflituaut aux vaiffeaux
» leur calibre & leur foupleffe.
» Mon témoignage paroîtroit ici fuf-
» peu , continue notre auteur , s'il n'é-
» toit étayé de celui de l'auteur que je
» cite : fes obfervations en font foi. Je
» puis donc y ajouter que j'ai vu nom-
» bre de paralytiques chez le.fquels
» ces mêmes remèdes avoient procuré
» ce défordre. Combien n'ont pas ter-
v miné leur vie fous le joug d'une li
h cruelle pratique ? Le dirai-je ? l'intérêt
» du public l'exige , & le zèle qui m'a-
» nime m'y engage ; j'ai été le fidèle
» témoin , & plus d'une fois, des funeftes
»> effets des eaux de Balaruc , où l'on en-
» voie communément tous nos paraly-
xxx PRÉFACE.
» tiques Si. ceux des provinces voifines l
» fans égard & fans diftinction. J'y ai vu
» un malade attaqué de la paralyfie dont
» il eft ici queflion , faifi d'une fièvre
» violente avec délire & de mouvemens
» convullifs aux membres paralyfés , le
» premier jour qu'il fut purgé avec ces
v eaux , au grand étonnement du mé-
» decin qui s'en étoit chargé. 11 fallut
» deux faignées & une copieufe boifïbn
» d'eau de poulet pour le fauver du dan-
» ger auquel on l'avoit aveuglément ex-
» pofé.
» Ces eaux thermales & falines agif-
» fent donc ici avec trop de fougue : il
» en feroit de même de toutes les eaux
a) thermales , quelles qu'elles foient.
« M. Le Roi , profefleur en médecine en
» Puniverfité de Montpellier, qui a écrit
» avec autant d'élégance que de précifion
» fur la nature , les effets & l'aâion des
» eaux minérales , n'a pas oublié de nous
»> prévenir fur l'a&ion des eaux de Bala-
» rue , puifqu'il nous dit : Ad hoc auteni
» auxilii geni. s non facile venias cum hominc
» qui aut podagrusjit, aut lue labont veae~
PRÉ F A CE. xxxj
» reâ, aut epileptiœ obnoxius , aut paflionc
» laboret hypocondriacâ aut hyjlericd.
» Mais nous avouerons volontiers
h avec lui qu'elles réufliront parfaite-
» ment bien là où le relâchement des fo-
» lides , & l'épaiffiffement & la vifcofité
» des humeurs procurent la maladie.
» Leurs effets miraculeux atteftent fi bien
9 en leur faveur , qu'il feroit inutile ,
» pour ne pas dire ridicule , de vouloir
» contefter leur mérite & leur vertu.
» Nous avouerons encore , fi l'on veut ,
» qu'elles peuvent être falutaires dans
*» bien d'autres circonftances oii la rigi-
» dite peut être compliquée avec d'au-
» très vices ; mais ce fera toujours fous
i> les conditions que l'on fe contentera
i> alors de les appliquer extérieurement ;
» & avec quelle précaution nous per-,
» mettrons-nous leur ufage intérieur !
» C'eft ainfi que je conclus des autres
*♦ eaux thermales falines ou fulfureufes ,
» à qui on a vu opérer plus d'une fois ,
» entre les mains des médecins habiles ,
* de merveilleux effets qui paroiflent
xxxij PREFACE.
» contradictoires avec la caufe que Ton
» avoit à combattre {a).
L'expérience , la première des maî-
treffes , celle qui renverfe & détruit les
plus beaux raifonnemens , m'a fait voir,
6c plus d'une fois, des malades attaqués
de l'apoplexie fanguine, féreufe, fpaf-
modique , & de la paralyfie , compagne
ordinaire de l'une ou de l'autre , même
de celle qui n'affecte quelquefois que la
peau, fans intéreffer les mufcles, ou
ceux-ci fans toucher à la peau, d'autres
fois les fléchiffeurs , & non les exten-
feurs , & vice verfâ ; enfin une feule par-
tie ou plulieurs enfemble , comme une
paupière ou toutes les deux, les muf-
cles des yeux, ou féparément ou con-
jointement, ce qui conftitue le flrabifme
connivent, recèdent & d'inégale hau-
teur ; un pied , une jambe , un bras , un
doigt, plufieurs enfemble, quelquefois
(a) Traité des Affe£Kons vaporeufes des deux
fexes , depuis la page 270 jufqu'à la page 174 ,
premier rolume , quatrième édition.
l'extrémité
PRÉFACE, xxxiij
l'extrémité de ceux-ci, qui abolit en par-
tie ou totalement le ta& : d'autres , de
la goutte , du rhumatifme goutteux , de
maladies vénériennes , fcorbutiques , de
l'hypocondriacie , &c. mais fur-tout de
l'affe&ion hyftérique , m'a fait voir, dis-
je,que l'ufage intérieur des eaux deBour-
bonne , loin de produire de funefles effets,1
les ont ou extrêmement foulages ou en-
tièrement guéris. Après cela, s'écriera-t-
on encore, Avec quelle précaution nous
permettrons-nous leur ufage intérieur !
dira-t-ontoujours,Contentons-nousdeles
appliquer extérieurement; car, de cette
manière , elles n'agiffent que comme de
l'eau commune ; leurs effets ne fe rap-
portent qu'à de l'eau chaude, & leurs
parties minérales ne pénètrent point à
travers les pores de la peau ?
Il faut en vérité être bien peu initié
en phyfique & en chymie, pour faire un
aufïï pitoyable raifonnement ; pour peu
qu'on fçache , qu'on ait vu ou qu'on ait
manipulé , on n'ignore pas que les eaux
<jui tiennent en diffolution des parties
«unçjraJes. ? feimùfes à l'aftion du filtre {
xxxiv PRÉFACE.
entraînent avec elles, & à travers les
pores , celles dont elles font empreintes
& chargées. M. Pomme n'auroit-il ja-
mais vu retirer le vitriol des pyrites,
extraire l'alun des minéraux alumineux,
ou tout au moins purifier du nître ou du
fel de fa cuifine ? J'ai peine à le croire ;
cependant il fe feroit apperçu que l'eau ,
filtrée & évaporée , auroit formé de très-
beaux cryftaux prifmatiques rayés , ou
cubiques parfaits ou prefque parfaits : il y
a apparence qu'il ne fçaitpasque de l'eau
commune dans laquelle on a mis de la li-
maille de fer pendant un certain tems ,
& qu'enfuite on a filtrée , fe colore avec
l'infufion des fubftances acerbes.
Quoi qu'il en foit & qu'il paroiffe
avoir beaucoup de répugnance pour les
véficatoires , je préfume que, dans le
cours de fa pratique , il les aura fait ap-
pliquer quelquefois, & qu'il aura remar-
qué ou appris que l'effet des cantharides
ne fe borne pas à l'épiderme ; qu'il s'é-
tend encore aux parties intérieures , &
que c'eft-là qu'elles exercent leur prin-
cipale aûion & d'où dépend leur fuccès.
PRÉFACE. xxxv
II fçait certainement que le mercure uni
à la graiffe qui lui fert d'intermède pour
fa divifion , ou combiné avec elle fous
un état falin, donné en friction , pénètre,
malgré l'adhérence de la graifle à la
peau, jufques dans les plus petits recoins
de la machine. Or ces vérités connues ,
démontrées , & auxquelles on ne peut
heureufement donner atteinte, mettent
dans le plus grand jour la faufleté de fon
aflertion, & feront connoître , d'une ma-
nière non équivoque, que les parties mi-
nérales dont font empreintes les eaux
thermales dans lefquelles elles font fi al-
koolifées, fuivent l'introdu&ion des par-
ties aqueufes ; dans leur ufage topique
même , facilitent l'entrée de celles-ci par
les pores inhalans , & portent leur in-
fluence jufques dans les plus petits calibres
de notre corps, où elles excitent douce-
ment leurs parties folides , en relèvent le
reflbrt & le ton , & divifent les humeurs
qui y font robuftes ou en ftafe ralenties.
Le fel de nos eaux eft fi léger & fi
mobile , qu'il fuit l'abondante évapora-
tion qui fe fait de l'eau , à leurs fources
ci)
xxxvj PRÉFACE:
& dans leurs baflins, pour aller s'effleurit*
à leurs parois & aux murs des bâtimens.
On le voit aufîi s'effleurir à la furface ex-
térieure des vaifleaux de terre non ver-
niffés , même vernifles , pour peu que
l'émail (bit gercé. Ceci doit même met-
tre en garde contre ceux qu'on emploie
à leur analyfe , ou dans lefquels on veut
îes tranfporter, afin d'éviter des erreurs
ou leur altération ; on préviendra ces
inconvéniens en fe fervant , dans l'un &
l'autre cas , ou de capfules ou de bonnes
bouteilles de verre.
Il feroit bien difficile, pour ne pas
dire impofïible, de nier, après ces faits,
l'introduction des parties minérales par
les cribles cutanés : l'effet, en donnant
comme la main aux particules diftribuées
antérieurement, en eu quelquefois fi fen-
iible, que des malades que la boiffon
des eaux, aidée de quelques purgatifs,
ïi'avoit pu émouvoir , fe font trouvés
purgés par l'a&ion combinée des eaux
intérieures & extérieures.
Qr les eaux minérales & thermales,
.ïçunirTant toutes les vertus & les qua*
PRÉFACE. xxxvîj
lstés de l'eau commune , comme je l'ai
démontré à M. Pomme (a) , doivent être
de beaucoup préférables à celle-ci dans
le traitement des maladies où il prétend
leur donner l'exclufion. Les premières
renfermant des agens qui n'étoient point
altérés , agiront plus félon les loix de la
fimple nature , que les parties animales
extraites par le feu avec lefquelles il
vient à l'appui des fécondes, & defquelles
il fait un grand & pompeux étalage. Les
unes, dirigées avec prudence & connoif-
fance , relèveront la fibre ftomacale ,
rétabliront les fucs digeftifs ; au lieu que
les autres, prifes à outrance, détoneront
la première & émoufferont les fécondes.
Le défaut de connoifTance fait fou-
vent donner dans des écarts impardon-
nables , fur-tout en médecine. L'antimoi-
ne , le mercure, le mars, le quinquina,
entre les mains de ceux qui font ou qui
ont été dénués de jugement , font de-
venus ou très-dangereux, ou au moins
infructueux. Ce non-fuccès, toujours trop
(a) Voyez le Journal de Médecine , mois de
Juillet 1770 , pages 17 & 18,
xxxviîj P R Ê F A C E.
condamnable , doit-il pour cela les faire
bannir de la médecine, & leur mériter le
nom de poifon ? S'ils n'ont pas produit
l'effet qu'on en attendoit & rempli le
but qu'on fe propofoit , qui en accufera-
t-on alors ? fera-ce l'impéritie ou le re-
mède ? Ce fera toujours l'impéritie du
médecin , ou l'indocilité & le mauvais
état du malade.
Nous avouerons volontiers que ces
deux dernières circonftances apportent
fouvent de très-grands obftacles à leur
réufîite. On fçait que le régime , qui fa-
vorife fi bien l'aclion des remèdes , û
on s'en écarte , rend les plus efficaces
& les plus énergiques nuls ou prefque
nuls ; cependant on voit aujourd'hui ce
moyen tant recommandé & autrefois
fi fcrupuleufement obfervé, ou méprifé
par la plupart, ou regardé comme un ra-
dotage tiré de l'ancienne cuifine.
Il y a vingt à vingt-cinq ans que l'on
ne fervoit aux eaux que des alimens
fimples & de facile digeftion , & on s'en
trouvoit bi?n; mais, depuis que cette
fcience meurtrière , que l'on paye fort
PRÉFACE. xxxix
cher pour abréger agréablement nos
jours, a pafle des capitales dans les pro-
vinces les plus éloignées , & porté fon
tifon deftru&eur jufques fur les tables
des malades, on auroit peine, en voyant
la plupart de celles fervies pour nos bu-
veurs d'eau, à fe perfuader que ce fût
Un repas préparé pour des perfonnes
actuellement dans les remèdes.
Comment des eftomacs farcis par une
quantité de mets acres, affaifonnés &C
déguifés de façon à n'en plus recon-
noître la nature ni l'état primitif, de
boirions plus incendiaires les unes que
les autres , peuvent-ils foutenir &c rece-
voir un remède qui , pêle-mêle avec le
produit de mauvaifes digeftions , fera
ou fans effet, ou entraînera avec lui dans
les fécondes voies un chyle mal élaboré,
qui deviendra fouvent la fource d'une
infinité d'accidens?
Il faut de nécefîité & indifpenfable-
ment du régime avec les eaux ; peu man-
ger le foir , éviter la viande , afin que
l'eftomac, moins fatigué, vuide & net le
lendemain, fe trouve dans une difpofition
lx PRÉFACE.
favorable à les recevoir & les diftribuer?
S'il eft effentiel d'obferver du régime ,
il ne l'eft pas moins que l'heure des re-
pas foit réglée. Dîner a midi & fouper
à fept heures, eft une régie de laquelle
on ne devroit jamais s'écarter aux eaux;
non plus que de ne fe point expofer au
ferein pendant leur ufage , afin d'éviter la
fuppreffion de la tranfpiration qui eft
alors très-facile , & de ne pas pouffer
trop loin les veilles pour ne point s'é-
chauffer & avoir le tems de fe repofer des
fatigues des exercices ; fe lever matin
pour que les eaux bues de bonne heure
aient le loifir de paffer & fe diftribuer
dans les liqueurs avant le dîner.
M. Pomme ne fait que répéter qu'il
ne ceffera de parler , que quand on lui
en aura impofé par des faits contraires
à ceux qu'il a préfentés : il n'en1 pas de
parole , car je lui en ai déjà fourni ; je
vais encore lui en fournir d'autres : en
fera-t-il pour cela plus doux & plus filen-
cieux ? c'efl ce que je ne crois pas, &C
ce qui pumporte peu.
MÉMOIRE
MÉMOIRE
ET
OBSERVATIONS
Sur les Effets des Eaux de Bour-
bonne-les-B ains , en Champagne ,
dans les Maladies hyflèriques &
chroniques.
EN lifant le Traité des Affections vapo-
reufes des deux Sexes , je n'ai pu voir
fans furprife que l'auteur y profcrit , à la
page xxj de fa Préface , quatrième édition ,
toutes les eaux thermales , en général , du
traitement de ces maladies. Si , moins pré-
venu , il eût examiné les auteurs qui ont
traité des eaux thermales , qu'il eût vifité les
lieux où elles fourdent , ou qu'il eût daigné
confulter les perfonnes de l'art, qui les di-
rigent , il auroit tout au moins appris qu'il
n'y en a aucune d'elles qui ne renferme ,
en général , toutes les qualités de l'eau com-
mune , ck qui ne puifle, à jufte titre, reven-
diquer les guérifons opérées par ce fluide,
fi même elles ne font pas plus efficaces.
Aij
4 Mémoire
Les eaux minérales & thermales font re*
gardées de tous les chymiftes & naturaliftes,
comme des eaux fimples ou communes ,.
chargées d'une certaine quantité de matière
minérale, qu'elles détachent cjC charrient,
pendant leur circulation , dans les entrail-
les de la terre , pour enfuite les porter au
dehors : d'où ils concluent que ce n'efl
que par accident qu'elles font constituées
telles , & que leurs propriétés qui les ren-
dent d'un ufage particulier , leur font étran-
gères.
D'après ces principes , qui font confor-
mes à la plus faine raifon , les eaux miné-
rales & thermales font toutes des eaux
communes , qui tiennent en difîolution
telle ou telle matière minérale , fuivant les
.diverfes mines qu'elles traverfent dans le
fein de la terre , avant que d'arriver à fa
furface.
Sous ce point de vue , on ne peut certai-
nement refufer aux eaux thermales toutes
les qualités & les vertus de l'eau commune,
encore moins les profcrire du traitement
des maladies des nerfs , defquelles elles
triomphent plus promptement & plus sûre-
ment que l'eau (impie , comme je le prou-
verai par l'obfervation.
Outre les qualités de l'eau commune
que réunifient les eaux thermales, elles en
renferment encore d'autres par la combi-
SUR LES Eaux de Bourbonne. $
naifonde différens minéraux qui les mettent
bien au-deflus de celle-là , dans la cure des
affections vaporeufes , 6k des maladies chro-
niques. Celles de Bourbonne font claires,
& limpides comme une eau .chaude ordi-
naire , ont un goût légèrement Talé. Elles
font plus légères , abftraclion, faite de leurs
minéraux, que la meilleure eafu commune.
Elles contiennent un fel neutre , plus doux
6k plus léger qn'aucun de ceux que prépare
le feu de la chymie, dont les proportion*
font de foixante-trois grains par livre d'eau ,-
de la terre absorbante , un peu de félénite ,
6k une légère portion de mars. Je n'entrerai
dans aucuns détails chymiques fur ces pro^
duits, ce travaij ne pouvant trouver place
ici , 6k devant faire la matière d'un Traité
particulier fur ces eaux. Je me bornerai feu-
lement à faire obferver que ces principes ,
préparés par les mains de la nature, dans
une eau légère, portés dans les plus petits
tuyaux de la machine, en délayant les huT
meurs, & follicitant doucement les parties
folides des vifceres , évacueront les matières
qui y font cantonnées , ou prodigieufement
ralenties, en rétabliront 1er effort & le ton ,
apporteront le calme , corrigeront le vice
des digeftions , ck enfin rempliront la tri-
ple indication fi fçavamment. détaillée , par
M. Laugier, dans le Jourpal de Médecipe,
mois de Juillet 1759, pag. 50. Il a donc fallu
A iij
6 Mémoire
le génie le plus fubtil , & V éloquence la plu»
perfuajive, pour condamner ce remède,
fans le connoître , & convaincre le public
d'une erreur auffi impardonnable. Il n'a
pas moins fallu la même fubtilité & la même
éloquence pour lui donner comme nouveau
un fyftême qui n'eff. que renouvelle. Qui
ignore que les Hoffmann , les Smith , les
Hancock, Noguez,De Mairan, Mauwaring,
Keill , Baynard VPrat , Floyer, Elliot , Har-
vëy,Zecchi, Sennert , Browne, Cheyrie,
Sy denhani , Pitcarn , Vandér - Hey den ,
Geoffroi, Hecquet ■', ■& le R. P. Bernardo
de Caftrogiaanne , Capucin à Malthe , ont
écrit de l'eau commune , bien long-tems
avant l'auteur moderne , & ont reconnu
qu'elle pouvoit être employée dans les
affections vaporéufes , fans néanmoins pros-
crire de leur traitement les eaux minérales &
thermales? M. Smith après lui, MM. Allen
êi'Browne conféillent l'ufage de l'eau com-
mune dans l?hypochondriacie , la folie , la
mélancolie St les vapeurs (# )■
Dans la Dijfertation de M. HoFFMAN,
fur les Vertus de l'Eau commune , on lit ,
<pag. 3 : « Mon deffein n'eft pas de rappor-
y> ter ici , pour confirmer ce que j'avance,
» lès effets falutaires des eaux minérales ,
■
(a) Voyez le Traité des Vertus médicinales de
TEau commune t pag. 66, \l% , \%% & I2J.
sur les Eaux dr Bovrbonne. j
» tant chaudes que froides , & de prouver
» leur efficacité dans la guérifon des infir-
» mités qui attaquent le corps humain. »
Le même, pag. 39, en parlant des ma-
ladies chroniques, ck de leurs caufes, s'ex-
prime ainn" : «Tout le monde convient, &
» l'expérience prouve très-clairement que
» les eaux minérales , tant chaudes que froi-
» des , font des merveilles dans la cure des
» maladies chroniques: »
M . Smith , dans le Traité déjà cité , page S ,
dit : « On peut ajouter à ce qu'on vient de
» dire , une obfervation , fçavoir que , lorf-
» que les meilleurs médecins ne peuvent
t> pas venir à bout de certaines maladies „
» ils confeillent à leurs malades l'ufage de
» quelqu'eau minérale. »
M. Noguez , dans fon Explication phy-
Jique des Effets de l'Eau, ditauffi, pag. 441,
Tome II , des vertus médicinales de l'eau,
commune : *» Jufqu'ici je n'ai parlé que des.
» propriétés médicinales de l'eau pure 6c
» rimple. Si nous jettons les yeux fur les
» eaux thermales , combien d'efpeces n'en
«trouverons-nous pas? Combien n'ont-elles
» pas de vertus admirables ? ►> Et , après
avoir fait Pénumération des différentes eaux
thermales &c minérales j & des divers mi-
néraux qui les conftituent telles , il ajoute :
» Ces eaux, comme on fçait, produifent
Aiy
S Me moire
» des effets tout- à-fait merveilleux, & quï
» femblent fouvent tenir du miracle. »
MM. Hancock , Geoffroi & Hecquet
font les mêmes éloges des eaux minérales ;
mais , comme les détails pourroient devenir
trop longs , je renvoie le lecteur au Traité
ci-defTus, pag. 192, 32.7, 318, 374 ck
375-
Peut-on , après de femblables autorités
ck des faits fi authentiques , donner enfin
pour nouveau un fyftême qui n'a pour lui
que. le prétendu racornifTement , ck une
quatrième édition ? Peut-on, dis-je, d'a-
près ces mêmes autorités , interdire les eaux
thermales de la cure des affections vapo-«
reufes , ck les envifager , fans autre exa-
men que la prévention , comme dange-
reufes , ck agiffailt avec trop de fougue dans
ces fortes de. cas ? Peut-on encore, finon
par les mêmes raifons , & par d'autres que
le public devinera aifément , les regarder
comme inefficaces dans les rhumatifmes ,
les feiauques , les obflru&ions du foie OC
dei autres vifceres du bas-ventre? Que l'au-
teur ie v'épcuille de fon fyftême; qu'il ab-
jure fa pathologie racorniiïante ; qu'il ap-
prenne à connoître la nature àes eaux ther-
males , .& leurs principes çonftitutifs ; qu'il
s'inftruife des.lçpres furprenantes qu'elles
ont opérées dans, lesidifférens cas où il pré-
sur les Eaux de Bourbonne. 9
tend leur donner l'exclufion, il ralentira Ton
vol, ne méprifera plus le fils d'Apollon ôc
de Coronis , lui préfentera l'encens qu'on
lui offroit à Epidaure , & deviendra alors
ami de l'humanité. Si donc , moins aifervi
au prétendu racorniflement fî bien relevé
6k difcuté par MM. Roftain , Paris , Mar-
teau d'Amiens, Laugier, ckc. il eût cher-
ché ou voulu chercher les vraies caufes de
ces maladies, & que, pour fe fingularifer ,
il n'eût pas bâti une aethiologie &. une thé-
rapeutique auffi fpécieufe qu'illufoire pour
quelques-uns, il n'eût certainement pas pro-
noncé auffi légèrement ni auffi hardiment
fur les effets des eaux thermales. N'en1- il
pas étonnant qu'il craigne leur activité dans
le traitement des vapeurs , ek qu'il prefcrive
avec beaucoup de fécurité , à la page 19 de
fbn Traité , premier volume, quatrième édi-
tion , diverfes eaux minérales acidulés, en-
trautres , celles de Pafly ck de Calfàbigi ?
Ces dernières, fuivant les Ânalyfes de
MM. Vend * Bayen, Rouelle , Cadet &
Monnet , font regardées comme les feules
eaux minérales vitrioliques martiales, 1111-
gulieres , ck véritablement uniques ; elles
iont, dis-je , regardées par ces grands maî-
tres , comme contenant un fel ou vitriol de
mars, dont les proportions font de vingt-
cinq grains par livre d'eau , Ôk , par cçnfe-
quentj comme capables de fortement agacer
iô Mémoire
les poitrines foibles , ck les nerfs délicats.
Plusieurs exemples prouvent que des eaux,
bien moins abondantes en Tels métalliques ,
& , par conféquent , moins énergiques ,
ont produit ces effets (a). C'eft donc de
la nature & des différens principes des eaux
minérales & thermales , que doit dépendre
leur choix pour le traitement des différentes
maladies. C'eft aufli autant de leur con-
noifîance clinique que chymique , que doit
dépendre la manière de prononcer pour
ou contre. Sur ces principes , j'ofe afïurer,
d'après l'expérience la plus certaine, que
les eaux thermales de Bourbonne, dirigées
avec connoiffance, parviendront, d'une ma-
nière plus sûre & plus prompte , au but que
fe propofe l'auteur , ck que , fans recourir
aux deux extrêmes , (l'eau chaude & l'eau
à la glace ,) elles triompheront du prétendu
racorniffement , ck amolliront le parchemin
deiîéché.
Pour monter notre machine à l'uniflbn ,
fùivant le fyftême renouvelle , on ordonne,
pour humeclans 6k délayans , de la glace &
du marrube blatte. Quel contrafte ! Voilà ,
en effet, tracer une route nouvelle, ck don-
ner, fous le terme générique iïhumectans
èk de délayans , des irritans , des agaçans ,
(a) Voyez le Journal de Médecine, mois d'A-
vril 1769, pag. 330.'
sur les Eaux de Bourbonne. ii
des toniques &: des échauffons , (la glace,
les eaux vitrioliques , le marrube blanc, &c.)-
Comment donc, par ces moyens, corriger
le prétendu vice qu'on attaque , ( le ra-
corniflement des nerfs , ou leur tenfion? )
C'eft-là ce qui s'appelle une contradiction ;
& c'eft-là vouloir apprendre aux connoif-
feurs ce qu'ils n'auroient jamais pu imagi-
ner ni concevoir ; induire en erreur ceux
qui ne peuvent démêler le faux d'avec le
vrai , & entretenir la pareffe de ceux qui ,
peu ftudieux , & par un Certain penchant ,
préfèrent leurs plaifirs à leur état , & qui ,
pour en jouir , adoptent des idées plus agréa-
bles que juftes.
Comment encore concilier la glace , les
bains & les lavemens à la glace avec les
obftru étions du foie, de la rate, du pan-
créas , de l'eftomac & autres vifceres du
bas- ventre ? Cette méthode glaciale , en
faifant refouler le fang de la circonférence
au centre , & en répercutant l'humeur de
l'infenfible tranfpiration, augmentera les en-
gorgemens , les embarras, les ftafes,& , par
conféquent , les accidens.
Que l'on ouvre les auteurs qui ont éctit
des eaux thermales : que l'on confulte les
plus célèbres médecins : que l'on en ap-
pelle à l'expérience même , tout parlera
en leur faveur, dans ces circonftances , &
les juftifîera de l'injufte reproche qu'on leur
ii Mémoire.
fait. MM. Hubert Jacob , chirurgien , &
Thibault, médecin, qui ont écrit de celles
de Bourbonne , l'un, en 1600, & l'autre,
en 1658, ont dès-lôrs reconnu leur effi-
cacité dans les maladies convulfives. M. Ja-
cob , en parlant des maladies auxquelles ces
eaux conviennent, dit : «Les autres mala-
vdies, comme vertige, léthargie, endor-
» miffement , mélancolie , débilité de mé-
» moire, y trouvent notable ibulagement,
» moyennant que le tout Toit conduit par
» l'expert médecin.
» La paralyfie , maladie fi grande , & de
» fi difficile cure, y eft guérie, fi on prend
» réiolution d'y demeurer long-tems.
» Les convulfions des bras , des jambes ,
» du col , des épaules , les nerfs endurcis ck
» retirés s'y fortifient , ck reçoivent la gué-
» rifon.
>> Les tremblemens démembres, ck.au-
» très affections du cerveau, y font guéris. »
M. Thibault, chap. xj, page 36, en par-
lant des maladies auxquelles les eaux de
Bourbonne profitent en particulier , dit
auilî : « Les tremblemens ck débilité de
» membres , provenant d'une obftrucYion
» de nerfs , 6k non d'un âge décrépit , les
» paralyfies, les convulfions, tant la géné-
» raie , qui occupe tout le corps , que la
» fpéciale de quelque partie, comme celle
» du vifage , du nez, de l'œil, des lèvres,
sur les Eaux de Bourbonne. 15.
» reçoivent , par la boiffon de ces eaux , &
» par les bains, un très-notable allégement,
» moyennant que le tout foit conduit par
» l'avis & les confeils d'un expert médecin. »
Depuis eux , combien de cures admira-
bles & furprenantes n'ont-elles pas opé-
rées ? Mais , hélas ! les faits les mieux con-
nus , les guérifons les mieux avérées ne
feront jamais qu'une trop légère impreffion
furies efprits, ou trop prévenus, ou trop
peu inftruits de la nature de ces eaux. Con-
duits par des vues particulières & perfon-
nelles, ils ne craindront pas, pour en écar-
ter leurs malades , de les leur faire envi-
fager, ou comme dangereufes, ou comme
meurtrières.
Hoffmann , dans fa Dijfertation fur les
Eaux du bas Seker, & dans celle fur les
Eaux & le Sel de Sedlit^ , fe plaint de ce
que le faux préjugé , l'orgueil , l'ignorance
ck l'envie font fi grands chez quelques mé-
decins, qu'ils ne difcontimient pas de dé-
crier ces eaux , jufques-là qu'un médecin
aflféz connu avoit ofé avancer en bonne
compagnie , que ces eaux contenoient de
l'arfenic , & que c'étoit de ce poifon qu'elles
tiroient leur qualité purgative. Cette impu-
tation odieufe eft fi bien réfutée par ce grand
maître, que je crois devoir rapporter ici ce
qu'il dit à ce fujet , afin de convaincre les
mêcrèans , & d'ouvrir les yeux aux aveii'
gles volontaires.
=f4 Mémoire
i°«La terre même ne produit de l'arfe-
m fenic nulle part ; mais c'eft une chofe con-
» nue que ce poifon eft une production de
» l'art , & qu'on le tire du cobalt , ou de la
» mine de cuivre , par la violence du feu ,
» à mefure qu'on fait le bleu.
2° « C'eft encore une chofe qu'on fçait,
» que les eaux , qui fe trouvent dans les en-
» droits d'où le cobalt fort , ne font ni vé-
» néneufes ni purgatives ; & , par confé-
« quent, quand même nos eaux couleroient
» par une femblable mine , elles n'en fe-
» roient point , pour cela , empoifonnées ,
» & n'en tireroient point leur vertu purga-
* tive.
30 « On ne trouve pas même dans les
» environs de Toplitz, ni dans le voifinage
y> de notre fource amere , la moindre appa-
» rence de cobalt.
4° « L'arfenic étant le plus fort de tous
» les poifons , & le plus mortel , il fuffiroit
>» que nos eaux en euffent la plus légère
» teinture , pour que Tufage en fût fuivi de
» la mort. Mais, fuppofé qu'on ne fçût pas
» en faire l'analyfe , pour fçavoir ce qu'elles
m contiennent, & de quoi elles font capa-
»bles, l'expérience journalière ne prouve-
nt-elle pas qu'elles ne font pas mal-faifantes,
» mais qu'au contraire , elles produifent des
» effets falutaires.
5° « Je voudrois donc bien fçavoir corn-
» ment ck fur quel fondement on voudroit
Sur lesEauxde Bourbonne. 15
éprouver à priori, par des expériences
» faites fur nos eaux , qu'elles contiennent
» de l'arfenic, ou feulement une fubftance
» qui en approche ; car je fuis pleinement
h perfuadé que la chofe n'eft pas poffible.
» Si l'on prétendoit trouver cette preuve
» dans leur vertu purgative même , il fau-
» droit dire auffi , par la même raifon , que
» les eaux de Carlsbad , le fel d'Epfom , la
» magnéfle , contiennent auffi de l'arfenic ;
» ce qui cependant eft abfurde. »
En imitant un fi beau modèle , ne pour-
rois- je pas dire que je voudrais bien fçavoir
comment & fur quel fondement on exclut
du traitement des affe&ions vaporeufes tou-
tes les eaux thermales ? En éludant le mo-
tif, on fe contentera , fans doute , de répon-
dre qu'elles font dangereufes, & agiflent
avec trop de fougue. Ne ferai-je pas en
droit de demander que l'on me prouve à
prioriXt pourquoi Se le comment? En atten-
dant cette preuve, je vais oppofer des faits
contraires à ceux préfentés par l'auteur, que
je foumets volontiers à fa critique, & qui
peut-être le feront cefler de parler auffi dé-
fàvantageufement des eaux thermales.
Iere Observation. Mademoifelle de la
Salle de Sarre- Louis , âgée de dix-huit à dix-
neuf ans, d'un tempérament fort, vif &
(ànguin , point réglée , étoit fuje^te , depuis
un an, à des attaques de fuffocations hyfté-
i6 Mémoire
riques , accompagnées de mouvemens con-
vulfifs & fpafmocliques dans prefque toutes
les parties du corps. Les paroxyfmes , qui
étoient affez fréquens, s'annonçoient , ou
par un étranglement à la gorge, ou par un
ou deux cris perçans, qui étoient auffi-tôt
fuivis de fpafmes dans les bras, les jambes,
les cuiiTes , 5>c enfuite de convulfions dans
les mêmes parties. Un plus long & plus
■violent qu'à l'ordinaire fe termina par une
paralyfie de toutes les extrémités inférieures.
Le ventre , qui étoit pareffeux , le devint un
peu davantage par cet accident. Ce fut dans
cet état, ck après avoir ufé d'eau ferrée avec
les doux rouilles, de lait, de petit-lait, de
bouillon de mou de veau , & de beaucoup
de lavemens , qu'elle fut envoyée aux eaux
thermales de Bourbonne , dans le mois de
Juin 1753. Trois mois de leur ufage en
boiflbn , bains & douches, pendant lefquels
elle effuya une dixaine de paroxyfmes avec
les mêmes fymptomesqueci-devTus, lui ren-
dirent une parfaite famé dont elle jouit jus-
qu'au mois de Février 1766, qu'elle périt à
la fuite d'une couche.
II. ObS. Mademoifelle de Serriere de
Sarre-Louis , âgée de dixrfept ans , d'un
tempérament fanguin , vive & robufte, eut,
dans le courant de Novembre 1764, à la
fuite d'une longue fyncope , après une fai-
gnée au bras , un accès de vapeur fî confî-
dérable ,
SUR LES Eaux de Boureonne. 17
dérable , qu'il fut fuivi , à l'inftant , d'une
paralyfle complette depuis la ceinture juf-
qu'en bas. Les remèdes, ufîtés en pareils
cas , ayant été fans effets , on l'envoya aux
eaux de Bourbonne , le 23 Janvier fuivant:
elle logea chez moi.
Elle n'eut , depuis fon premier accident
jufqu'à ce jour, aucun accès vaporeux.
Sa paralyfie étoit à un fi haut degré ,
qu'elle étoit infenfible à une épingle en-
foncée profondément dans fes jambes & Ces
cuhTes.
Deux jours après Ton arrivée, elle fut
mife à l'ufage des eaux en boifîbn : le troi-
sième qu'elle en but , elle eut , fur le foir ,
un ferrement à la gorge , qui fut au(fi-tôt
fuivi de perte de connoiffance , accompa-
gnée, tantôt de hoquets très-violens tantôt
de cris aigus 6>c perçans, enfin de mouve-
mens convulfifs fi terribles , que q latre
hommes eurent peine à la contenir fur fon
lit : cet accident dura quinze jours.
Depuis ce jour, qui étoit le 18 Janvier,
les mêmes fymptomes reparurent , tous les
deux ou trois jours, avec la même vio-
lence , la malade éprouvant de plus , dans
les mufcles de la refpiration <k du bas-ven-
tre , quelquefois les plus rudes fecoufTes.
Dans ces inftans, le diaphragme s'élevoit
& s'abbairloit avec une telle vîtefTe , que la
poitrine imitok très-bien alors le mouve-*
B
j8 Mémoire
ment d'une vague fortement agitée par îa
tempête. Une autre fois , elle ouvroit de
grands yeux , flxoit quelqu'un , & tout-à-
coup fe précipitoit deffus , comme pour le
dévorer. Si , en cherchant à l'éviter , quel-
ques-uns de fes vêtemens lui tomboient fous
la main , elle ne les quittoit pas qu'elle n'eût
emporté la pièce. Cette trifte & cruelle fitua-
tion duroit des dix-huit, vingt heures , pen-
dant lefquelles elle avoit quelques courts
momens_de rémiffion, & revint à-peu- près
dans le même ordre, jufqu'au n de Mars.
Depuis cette époque jufqu'au i 5 Avril ,
les accidens s'éloignèrent , furent moins
longs, & ne revinrent que tous les cinq, fix
ou huit jours. Leurs commencemens étoient
alors en tout femblables aux autres; mais ,
une heure ou deux après , les mouvemens
convulfifs cefToient comme par enchante-
ment , & étoient fuivis de rêves dans lef-
quels elle racontoit toutes fes affaires parti-
culières & domeftiques , & tout ce qu'elle
avoit vu ou entendu , les jours précédens.
Malgré ces orages qui auroient pu en impo-
fer à un médecin peu au fait dçs eaux ther-
males ,& qui , en les faifant cerTer , n'eût
certainement pas manqué de leur donner la
brillante ép'ithèteàefougueufes; elles furent
néanmoins continuées, dans les tems de ré-
miffion , tantôt en boifïbn , tantôt en bains
ou en douches , jufques fur la fin de Mai 5
sur les Eaux de Bourbonne. 19
qui fut le moment de fa guéïifon comme
de fa fanté.
III. Obs. Madame L. C. D. âçée
de trente-fîx àtrente-fept ans , d'un tempé-
rament bilieux, fanguin , vive, d'une cons-
titution affez délicate , fut envoyée à Bour-
bonne , en 176} , pour une hémiplégie va-
poreufe, bien complette , à laquelle fe joi-
gnoit une obftruétion douloureufe au foie.
Une certaine répugnance , qu'on lui' avoit
infpirée pour la boiffon des eaux , lui per-
mit à peine d'en boire un ou deux petits
gobelets par jour , pendant les huit ou neuf
premiers jours de leur ufage; enforte que ,
dans l'efpace d'un mois qu'elle y refra, le
tems fut employé particulièrement en bains,
douches & friétions qui , à la vérité , rap-
pelèrent , à un peu de foibleffe près , le
bras , la jambe &C la cu'uTe paralyfés. Ce fut -
ces, auffi prompt qu'inattendu, détermii a
la malade à s'en retourner , bien conten e
de fon voyage. L'hiver fuivant, quelque; -
uns des accidens , qui avoient donné naii-
fance à l'hémiplégie dont la caufe n'avo t
été qu'effleurée par la boiffon , reparurent ,
& portèrent de nouveau fur le côté malade.
Ils l'arFoiblirent affez pour qu'elle pût à
peine s'en fervir. Elle revint à nos eaux,
l'été fuivant , & en fit ufage , félon la me-
thodô ordinaire, en boiffon, bains, dou-
ches , pendant près de.fix femaines ; ce qui
Bij
îo Mémoire
les fit triompher de la maladie ck de fa caufe.
La confiance, que cette dame prit en ce re-
mède, lui a mérité fa reconnoiflance par deux
voyages qu'elle y a encore faits depuis.
IV. Obs. Mademoifelle Denay de Vicq,
en Lorraine, âgée de dix huit ans , d'un
tempérament fanguin , d'un caractère gai ,
naturellement vive , d'une conftitution ro-
bufte , fe trouvant dans le même cas que
mademoifelle de la Salle citée à la première
obfervation , fut envoyée à Bourbonne, au
mois de Juillet 1761, où, en deux mois, elle
guérit, comme elle par le même traitement.
Elle s'eft mariée depuis , ck fe porte bien.
V. Obs. Mademoifelle de Horne de Ver-
dun, âgée de trente-deux ans, d'un tem-
pérament fec ck bilieux , mélancolique , ck
mal réglée , étoit devenue paralytique de
toutes les extrémités inférieures , depuis
trois ans, à la fuite de plufîeurs accès de va-
peurs. Sa fîtuation étoit telle qu'elle ne pou-
voit aller d'un endroit à un autre , qu'on ne
l'y portât comme un enfant. Dans cet état ,
elle fut envoyée aux eaux de Bourbonne ,
le 10 Juin 1763 , plus pour lui perfuader
qu'on ne vouloit rien négliger pour lui pro-
curer des fecours , que dans l'efpérance
d'une guérifon. Elle trompa tous ceux qui
s'intéreffoient à elle. Quatre mois d'ufage
des eaux eu boiffon , bains ck douches ^
pendant lefquels elle eut plufîeurs accidens
sur les Eaux de Bourbonne. 2*
précédés & fuivis de mouvemens fpafmo-
diques & convulfîfs , & où elle perdoit
tout-à-coup la connoirTance aufli fubitement
que dans l'apoplexie , la guérirent très-bien,
& la mirent en état d'aller à pied, à- l'ex-
trémité de Bourbonne , rejoindre fa voiture.
Un fécond voyage , qu'elle y fit , l'année
fuivante , la mit à l'abri de tous ces accidens
hyftériques.
VI. Obs. Mademoifelle Robinet de Ver-
dun , âgée de vingt-huit ans , d'un tempé-
rament fec & fanguin , vive, d'une humeur
gaie , vint aux eaux de Bourbonne , dans
les commencemens de Juin 1764, pouf
une hémiplégie légère , à la fuite d'une af-
fection hyftérique , & une obftrucYion au
foie. Pendant trois mois qu'elle fit ufage de
ces eaux en boififon , bains & douches , elle
eut quinze à feize paroxyfmes qui s'annon-
cèrent par des mouvemens fpafmodiques &Ç
convulfifs dans les jambes , les cuifTes , les
bras, &c fur-tout du côté malade. La fin du
fîxieme fe termina par la perte fubite des
jambes qui ne fe rétablirent qu'au bout de
trois femaines. Elle s'en retourna, à la fin
de Septembre , en bon état , & revint ,
Fannée fuivante , à caufe d'un peu de foi-
blefife qu'elle reffentoit encore à la jambe ,
& de fon obftruclion , qui cédèrent à cette
faifon.
VII. Obs. Madame âgée de qua-
8 iij
si Mémoire
rante ans , d'un tempérament phlegmatique,
parfois mélancolique , vint aux eaux de
Eourbonne , dans le mois de Juillet 1764,
pour une hémiplégie précédée de mouve-
mens fpafmodiques : elle fe plaignoit aufïi
d'étourdifTemens , de foiblefîe d'eftomac ,
&: d'une douleur aiguë vers l'occipital. En-
viron foixante jours d'ufage des eaux , pen-
dant les années 1764 Se 1765, en bains,
douches , ck particulièrement en boiflbn ,
l'ont délivrée de ces accidens.
VîK. Obs. Mademoifelle Terrafle de
Bourbonne , d'un tempérament fanguin ,
d'une constitution forte & robufte, fut atta-
quée, au commencement de l'année 1754,
à la fuite d'un grand chagrin, d'un hoquet
qui , en imitant un abboyement , fe faifoit
entendre au loin.
Pendant fix mois qu'elle en fut tourmen-
tée prefqne journellement , à différentes
heures , elle éprouvoit , tantôt des fuffoca-
tions , tantôt des convulfions : d'autres fois,
elle chantoit , pleuroit, rioit ou déraifon-
noit. Toute cette fcène fe termina enfin , à
la fuite d'un accès très-violent , par une hé-
miplégie complette, qui, après fix mois
d'ufage des eaux en boiffons , bains , dou-
ches , pendant lefquels elle eut plufieurs
fois lehoquet & des convulfions , céda avec
les autres accidens : elle s'eft toujours bien
portée depuis.
SUR LES EàTJX DE BOURBONNE. 1$
IX. Obs. La fille Thomas de Bour-
bonne , mariée aujourd'hui au nommé
Roux , invalide , âgée de vingt-fix ans ,
d'un tempérament bilieux , mélancolique ,
ayant la poitrine délicate , fut attaquée , en
1757, d'un ferrement à la gorge, avec
perte de connoiflance pendant une demi-
heure , qui fut fuivi d'hémiplégie. Elle prit
quelques bains de nos eaux thermales , qui
guérirent la jambe : quelque tems après , le
bras fe trouva mieux. DifTérens accès fem-
blables au premier, que fon indocilité pour
les eaux & pour le régime lui fit effuyer,
pendant le cours de fix ans , portèrent de
nouveau fur le bras feulement , & la ren-
voient paralytique pour huit , quinze jours,
un mois , fix femaines , plus ou moins. Fa-
tiguée de ces alternatives toujours alarman-
tes , elle fe détermina à faire un ufage ré-
gulier & foutenu des eaux qui , dans quatre
mois , lui donnèrent une fanté confiante.
Elle eft accouchée, il n'y a pas long-tems,
de fon troifieme enfant.
X. Obs. Mademoifelle Prémiral de
Metz, âgée de vingt-fix ans, après avoir
efluyé des maux de tête & d'eftomac vio-
lens , perdit plufieurs fois la connoiflance ,
éprouva des mouvemens convulfifs , qui fe
païïbient Se revenoient , à des intervalles
de quelques jours : il s'y joignoit des étouf-
fêmens & des fufTocations fpafmodiques ,
Biv
44 Mémoire
qui faîfoient craindre pour elle. A ces acci-
dens fuccéda la paralyfie la plus complette
des parties inférieures , qu'éluda , pendant
fix mois , l'action des topiques , bains do-
mestiques, frétions, &c.
Le retour des accidens menaqoit d'une
apoplexie foudroyante ; & il fut réfolu, en
1745, au mois de Janvier, qu'elle viendroit
à Bourbonne où elle arriva avec un chirur-
gien qui la faigna du pied en chemin ; ce
qui fe pratiquoit , tous les huit ou quinze
jours. Elle y pafTa le refte de l'hiver qui
fut rude, s'y baigna feulement. Au bout de
deux mois , elle recouvra l'ufage de fes
jambes : ce fuccès la fit refter, tout l'été.
Elle éprouva encore des fymptomes hyfté-
riques , violens , mais non fî fréquens , qui.
la firent revenir en 1746 & 1747, date de
la fanté permanente , dont elle jouit.
Elle n'a point reçu de douches , point
ufé des eaux en boifïbn : fa répugnance ,
qui étoit invincible , a , fans doute, retardé
fa guérifon.
XI. Obs. Mademoifelle Lange de Be-
fançon, âgée de vingt-deux ans, efTuyoit,
depuis cinq à fix ans, des coliques intefti-
nales , ftomachales , hémorrhoïdales , trois
ou quatre fois par an ; les régies étoient dé-
rangées : il s'y joignoit des foiblefifes in-
complettes , qui la fatiguoient à l'excès par
leur longue durée. Les inquiétudes, la mé-
sur les Eaux de Bourbonne; iç'
ïancolie, la parefle excefîive de la malade,
qui par elle-même eft gaie, vive ; une ten-
fion fpafmodiqiie abdominale , qui précé-
doit & accompagnoit ces accidens qui du-
roient huit à quinze jours, & fe terminoient
par des rénefmes & des hémorrhoïdes in-
ternes , de deux à trois jours , qui la défo-
loient , & lui faifoient oublier fes autres
maux. M. Ton père , profefTeur en méde-
cine , eut autant à fouffrir par fa tendreffe
que par l'inutilité de (es confeils ; les bains
domeftiques froids , chauds ; rien ne fut
omis. Elle employa en vain les eaux de
Luxeuil, tant intérieurement qu'extérieure-
ment, pendant les années 1764 & 1756.
Deux faifons, pendant lefquelles elle fe tint
à la boiflbn feule de celles de Bourbonne ,
en 1 766 , lui rendirent toute fa fanté.
XII. Obs. Françoife Garnier de Bour-
bonne , âgée de trente-un ans , d'un tem-
pérament fanguin , d'une confhtution forte
ck robufte , fut attaquée ,1e 13 Août 1760,
d'une douleur de tête qui fe faifoit fentir
particuliérement vers l'occipital , en s'éten-
dant le long de la partie poftérieure du col,
accompagnée de fièvre aflez forte. Une
faignée du bras & une du pied, fuivies
d'un cathartico-émétique , & d'un léger mi-
noratif , apportèrent beaucoup de diminu-
tion à cette douleur , & éteignirent la fiè-
vre. Malgré le régime le mieux obfervé ,
\G Mémoire
ce calme apparent ne fe foutînt que cînq[
ou fix jours. Alors la douleur revint avec la
même force : il s'y joignit de plus des mou-
vemens fpafmodiques & convulfifs dans les
bras, les jambes , les cuifles, les mufcles de
la face , ceux de la mâchoire , Sec. Ces nou-
veaux accidens, qui furent combattus, pen-
dant deux mois, avec les délayans, leshu-
meclans , les pédiluves , ne laifTerent pas
que de fe reproduire une quinzaine de fois
dans cet efpace de tems , & de fe terminer
par une hémiplégie bien complette.
L'inutilité de ces moyens me détermina
à lui confeiller nos eaux, & à lui en faire
faire ufage en boiflbn , bains ck douches.
Dans les premières fix femaines qu'elle en
ufa , les mêmes fymptomes reparurent en-
core fix fois ; mais enfin ils cefferent. La
jambe commença à prendre du mouve-
ment , & fe rétablit en entier , fix autres
femaines après.
Indépendamment de ces fuccès , le bras
relia encore paralytique pendant onze mois.
Impatiente & fatiguée de ce que cette
partie, qui lui étoit très-néce flaire à caufe
de fon état, ne revenoit pas, elle réfolut
d'aller trouver un empyrique du voifinage ,
qui avoit la réputation de guérir toutes les
paralyfies : e'ie y alla , en effet. Dès le len-
demain de fon arrivée, on lui prépara des
fumigations avec différentes herbes & bois
SUR LES EAUX DE BOURBONNE. VJ
aromatiques , fur lefquels le bras malade
étoit expofé & frictionné , pendant une
heure , avec des fommités de genévrier
vertes ck épineufes , & enfuite enveloppé
d'une flanelle bien chaude.
Un mois entier , qui fut employé à cette
méthode, diamétralement oppofée à celle
renouvellée par l'auteur du Traite des Affec-
tions vaporeufes, ck pendant lequel elle fut
purgée trois fois avec des draftiques , lui
rendit le bras dont elle s'eft toujours bien
fervie depuis.
XIII. Obs. Françoife le Gros de Bour-
bonne , âgée de vingt-fept à vingt-huit ans,
hémiplégique à la fuite de hoquets, de fuffo-
cations , de foibleffes , de fpafmes , ( à un
peu de fenfîbilité près , dans le cas de cha-
grin , ) a été guérie par l'ufage ordinaire des
eaux de Bourbonne.
XIV. Obs. M. Sigault de Dijon étoit
atteint de douleurs lombaires & feiatiques ,
fi opiniâtres & fi violentes , que , depuis
trois ans , quoique jeune & vigoureux , il
falloit qu'il fût toujours au lit. Les articula-
tions fupérieures des fémurs étoient embar-
raffées ck indociles : les vertèbres des lom-
bes avoient une faufle direction qui, pour
peu qu'elle eût augmenté , auroit amené la
paralyfie des extrémités inférieures.
Homme d'efprit, Se ne fçachant rien
négliger pour fortir de {011 état, où il étoit en
iS Mémoire
proie aux douleurs les plus atroces , dou-
leurs qui lui donnoient des entraves que
tous les moyens imaginables ne purent
rompre , il vint à nos eaux , en 1763.
Cette maladie devint l'opprobre de la
médecine délayante ou ordinaire. ( Enfin ,
dans ce cas comme dans tant d'autres, vit-
on jamais oublier les délayans , fous quel-
que forme que ce foit , foit intérieurement,
foit extérieurement? ) Elle céda à un ufage
de deux mois &r demi de boiffon fort mo-
dérée , & de pratiques extérieures. M. Si-
gault noya fes douleurs dans nos eaux ,
redevint droit , & marcha bien.
Il y revint , l'année fuivante , en bonne
fanté , capable de faire des voyages à pied,
de chaffer & de danfer , Se depuis il ne con-
noît pas même le local de fes maux.
XV. Obs. Je ne puis omettre un exem-
ple de guérifon femblable à celui ci, &
d'autant moins que le malade avoit été traité
très-fcrupuleufement félon la méthode rela-
tive au racorniffement , & fous les yeux de
ion auteur.
Ilyavoitlong-temsque M. Le Senefchal,
de Paris , receveur des domaines & bois ,
avoit mal aux reins & aux cuiffes. Il re-
marquoit que , depuis quatorze ou quinze
ans , il ne pouvoit fe tenir aifément de-
bout, ou marcher comme les jeunes gens
de fon âge : tout étoit cependant fuppor-
sur les Eaux de Bourbonne. 29
table; & lui feul connoifToit fà fituatiorL.
Deux ans avant fon arrivée ici, en 1768,
les douleurs augmentèrent afîez rapidement
pour devenir , de tems en teins , insuppor-
tables : leur progrefîion , ne lui biffant ,
dans la fuite , prefque plus de relâche ,
l'empêcha de marcher aifément. Les reins
s'engagèrent alors à un fi haut point, & les
douleurs fciatiques devinrent fi fortes , que
la colomne vertébrale fortit de fa direction :
le fommeil & la faculté de marcher cent-
rent. On confulta de tout côté ; & il n'y
eut pas de tentatives qu'on ne fît. Le triom-
phe fut réfervé , (tout bien examiné & jugé
inutile ,) à la méthode nouvelle , à la feule,
l'unique , la miraculeufe , qui fut employée
en vain comme le refte.
M. Le Senefchal prit, pendant trois mois
confécutifs , les bains, chacun de deux heu-
res , félon les nouveaux principes, qui d'ail-
leurs étoient la boufïole du régime.
La maladie perfifta : on confulta de nou-
veau ; on craignit beaucoup pour une dislo-
cation des vertèbres , ou une ankylofe du
fémur. Après une mûre délibération , il fut
décidé qu'on enverroit à Bourbonne M. Le
Senefchal. 11 donna aux eaux près de deux
mois , pendant lefquels il les but , les em-
ploya en bains & en douches : ces bains
étoient au même degré de chaleur que ceux
qu'il avoit pris à Paris. Il en partit, pouvant
30 Mémoire
marcher, dormir, & fans ces craintes qu'il
y avoit apportées , dont les fondemens s'é-
croulerent , & biffèrent place aux plus
grandes efpérances d'une guérifon com-
plexe & radicale.
Elles étoient telles , qu'ayant éprouvé ,
pendant l'hiver, quelques difficultés de mar*
cher, quelques infomnies, il revint aux eaux,
en 1769, y refta fix femaines , ne fit que les
boire , & efl actuellement infiniment mieux.
Par une Lettre que ce M. vient d'écrire
à M. notre fubdélégué , ck dont je joins ici
copie , il fait une peinture de ion état qui
pourroit autorifer un enthouiiafte à s'écrier:
Quelle mitamorphofc !
» A Paris , ce 27 Mars 1770. >»
» Je vais fatisfaire avec plaifir, Monfieur,
» au détail que vous me demandez au fujet
m de mon rhumatifme. Il a commencé , en
» 1766 , dans l'été ; & je fouffrois alors , de
» tems en tems ; mais la chaleur de la fai-
» fon , fans doute , diifipoit l'humeur au
» point de me lailTer beaucoup de relâche.
» Au mois d'Octobre de la même année ,
» le mal fe fit fentir beaucoup plus violem-
» ment, ck augmenta de telle façon , que
» je fus , à la fin du mois , au point où vous
» m'avez vu , à mon premier voyage de
» Bourbonne. Je quittai la campagne où
» j'étois, &: je vins à Paris confulter mon
sur les Eaux de Bourbonne. 3 1
» médecin qui m'ordonna de prendre des
m bains & des douches à Paris ; ce que je
h fis , pendant vingt jours , fans refTentir
» de foulagement. Il me purgea enfuite de
» tems en tems , &t me dit qu'il falloit pa-
» tienter jufqu'au printems , pour prendre
» les eaux de Bourbonne. Je fus tout l'hiver
» à vivre de régime , Se à prendre , tous les
» matins , du lait coupé avec de la farce-
» pareille ; ce qui me faifoit beaucoup fuer.
» Je vous paflfe beaucoup de topiques de
» bonne-femme , de graifle de pendu , re-
» mèdes dont je crois qu'il eu. aufîî inutile
» de parler, que de s'en fervir. Enfin , au
» mois de Mai 1767, je fentis quelques fou-
» lagemens que j'attribuois aux remèdes ,
» & que je devois bien plutôt à la tempéra-
» ture de l'air. Alors je cefTai les remèdes,
» &; j'efpérai que» l'été acheveroit ma gué-
» rifon. Je ne voulus point entendre parler
» de Bourbonne , d'autant que j'avois un
h voyage indifpenfable à faire dans ma gé-
» néralité. Je le fis ; & le mal recommença,
» aux mois d'Octobre & de Novembre ,
» à peu-près comme l'année précédente.
» De retour à Paris , ayant beaucoup en-
» tendu parler des guérifons des maladies
m des nerfs , que faifoit M. Pomme , je fus
» le confulter. 11 me fît grand plaifir , en
» me difant qu'il étoit bien éloigné de me
» coafeiller les eaux ; que , fi j'y avois été,.
3 1 Mémoire
» mon mal auroit été incurable. Il me con-
» feilla de me mettre au lait pour toute nour-
» riture , ck de prendre, tous les jours, des
» bains domeftiques, pendant deux heures.
» Je fus obligé de quitter le lait, au bout
» d'un mois , parce qu'il m'incommodoit
» trop ; mais je continuai toujours les bains
» pendant trois mois , c'eft- à-dire jufqu'au
» mois de Mars 1768. Alors , ne trou-
» vant aucun foulagement , je renvoyai
» M. Pomme; ck je revins à mon médecin
» ordinaire , ck à M. Morand , très -fameux
» chirurgien , qui tous deux , après m'avoir
» bien examiné , me confeillerent les eaux
» de Bourbonne , ck , en attendant la faifon,
» me firent prendre différens remèdes ck
» friclions féches , qui n'opérèrent rien du
» tout. Enfin je fus aux eaux , au mois de
» Juin 1768 : j'en pris, deux faifons, qui me
» foulagerent un peu. Je les ai reprifes , en
» 1769; ck je m'enfuis trouvé infiniment
» mieux. Je dors actuellement environ fix
» heures ; ck je n'en dormois tout au plus
» que trois. Je puis marcher pendant au
» moins une heure ; ck vous fçavez que je
» ne pouvois que me traîner. Mon corps
» eft revenu dans fon état naturel; ck tout
» le mal que je reflens préfentement, eft,
» lorfque je me réveille , 6k que j'ai marché
» un peu de tems, des cuirions très-violentes
» dans la plante des pieds ; ce qui fe pafTe,
»un
sur les Eaux de Bourbonne. 3 j
» un quart d'heure après que je fuis levé ou
» repofé. Voilà, Monfieur, au jufte mon
» état parlé ck préfent : je fouhaite que ce
» récit détermine la perfonne à laquelle
*> vous vous intérerlez, à prendre confiance
» au feul ck unique remède auquel je dois
» ma guérifon. »
» J'ai l'honneur d'être , ckc.
Signé Le Seneschal.
XVI. Obs. Madame de Chelincourt ,
religieufe de la Préfentation à Metz, âgée
de quarante-un ans , efluya , pendant près
de deux ans , différens accès de vapeurs ,
avec perte de connoiflance , fpafmes uni-
verfels , qui affectoient particulièrement les
mufcles intercoftaux , ck le diaphragme , de
façon à mettre les poumons ck le cœur fous
le joug le plus violent. La compreflion de
ces organes étoit fi forte, qu'il s'enfuivoit
des crachemens de fang terribles. Ces hé-
moptyfies étoient fi abondantes , qu'elles
paroiffoient plus redoutables que les afphy-
xies. On oppofoit conftamment , 6k avec
fuccès , aux premières , des faignées très-
fréquentes , ck fi bien placées , que chaque
fois qu'elles étoient employées , une efpece
de réfurrection prenoit la place d'une mort
imminente. Pendant le cours de ces deux
années , elle fut faignée deux cens fois : il
C
34 Mémoire
le joignoit même à ces hémoptyfies des
hémorrhagies utérines ou vaginales.
Enfin l'hémiplégie fuccéda à ces acci-
dens ; fut rebelle à tous les moyens em-
ployés , délayans & autres ; & on crut irh-
difpenfable de l'envoyer à Bourbonne , pour
le recouvrement de lés membres paraîyfés ,
& même des mouvemens de la langue qui
ne faifoit que balbutier , ou tout au plus
graffayer. Elle y arriva, en 1753. Malgré
la contre-indication apparente du retour des
hémoptyfies & des hémorrhagies à crain-
dre , elle y fit ufage , pendant tout l'été ,
tant intérieurement qu'extérieurement, des
eaux qui furent ménagées par la malade &c
le médecin avec une circonfpe&ion mêlée
de terreur relative à la crainte du retour
des irruptions fanguines.
Il reparut, fous l'ufage même des eaux ,
des fymptomes vaporeux , que l'on com-
battoit autant par la fufpenfion de cet ufage,
que par des faignées , préfervatives de nou-
velles hémorrhagies , que l'on pratiquoit ,
foit au bras , foit au pied , [fi heureufement,
que, pendant cet été, & dans la fuite, il
n'en fut plus quefhon; ce qui ne contribua
pas peu à rafTurer la malade Ôc le médecin
îur l'emploi des eaux qui mirent fin à l'hé-
miplégie pour quelque tems.
Elle palta l'hiver à Metz, pendant lequel
elle éprouva encore de nouveaux accidens
sur les Eaux de Bourbonne. 35
non compliqués , mais amplement vapo-
reux. Elle revint, en 1754, pour mettre
le fceau à fa guérifon. Elle parut complette,
à ce fécond voyage , ne lui reftant aucun,
vertige d'hémiplégie.
Deux ans s'écoulèrent avec fécurité,
quelques atteintes vaporeufes & palTageres
à part, qui fe terminèrent tout- à-coup par
le retour de la paralyiie d'une jambe , qui
réfifta aux eaux l'efpace de neuf ans &
demi , pendant lefquels on vit renaître plus
d'une fois les afphyxies menaçantes même
pour (es jours. •
Tous ces orages , contre lefqueîs les re*£
fources médicinales paroiiToient échouer,
ne découragèrent & n'impatientèrent psr-
fonne. Etayé par le pafle , on envifageoit
toujours un avenir heureux. Ces efpérances
ne furent point trompeufes ; ck le moment
defïré arriva. Rentrant chez elle, (fatiguée
par les efforts d'un très-petit voyage , )
avec fes béquilles, & à l'aide de deux per-
fonnes, d'un étrier qui, à la faveur du bon
bras , foulevoit la jambe malade , elle eut ,
après un quart d'heure de repos dans fon
lit où des domeftiques la mettoient comme
ils l'en /ortoient , un befoin preflant , qui ,
par un mouvement machinal , l'excita à le
quitter ; ce qu'elle exécuta iî bien & fi
promptement, que, fans fe connoitre, ni
la révolution fubite de fon état , elle pa(Ta
Ci)
36 Mémoire
dans l'appartement voifin , fans béquilles
&c fans aides , en appellant d'une voix cou-
tumiere , & plus forte qu'à l'ordinaire , des
domeftiques qui furpris lui obferverent avec
répétition , qu'elle marchoit bien , qu'elle
n'avoit pas befoin d'eux. Elle continua
néanmoins les eaux encore pendant deux
mois , & s'en retourna fi bien guérie , que,
depuis ce tems, elle a toujours joui d'une
bonne fanté.
Si les eaux thermales , que l'on regarde
comme redoutables , à raifon de leur fou-
gue, dévoient mériter l'exclufion dans le
traitement des affections vaporeufes, c'é-
toit certainement dans le cas que préfente
la malade qui fait le fujet de cette obfer-
vation. Il femble , fur l'idée qu'on en donne,
qu'elles doivent augmenter l'orgafme des
liqueurs , le fpafme des folides , & confé-
quemment les accidens ; mais les effets con-
traires , qu'elles ont produits , la guérifon
confiante de la malade , doivent bannir &
faire ceffer toute crainte , impofer filence ,
& arrêter le faux préjugé.
XVII. Obs. Quoique cette obfervation
ne paroiffe pas être du genre des maladies
vaporeufes , on ne pourroit pas nier qu'elle
ne le fût dans fon origine. Si les vapeurs
font plus particulièrement la maladie du
beau fexe , & fe préfentent avec des carac-
tères diftin&ifs , tout le monde fçait que les
sur les Eaux de Bourbonne^ 37
hommes y font quelquefois fujets. Quoi-
qu'on ne puiffe point les défigner, chez
eux , fous le titre d' ' kyjlériques , il ne s'en-
fuit pas de-là qu'ils ne foient fufceptibles du
défordre des nerfs & de l'ataxie des efprits :
x:eci eft connu des gens de l'art, & même
de ceux qui ne le font pas.
M. Caziot , doyen & profeffeur en droit
en l'univerfité de Reims , arriva , l'an paffé ,
à nos eaux , paralytique des quatre extré-
mités dont il confervoit néanmoins quel-
ques ufages h" imparfaits , qu'à table , il étoit
néceflaire de lui couper {es morceaux ; qu'il
falloit qu'on l'habillât & deshabillât : il ne
pouvoit écrire , ne pouvoit marcher , qu'il
ne chancelât , 6c ne courût les rifques de
tomber par terre ; ce qui lui arrivoit de tems
en tems , tant fa foibleffe étoit grande ! Une
difficulté d'avaler , une conftipation opiniâ-
tre , une incontinence d'urine étoient com-
pagnes de la paralyfîe ; & les facultés de
lame répondoient , en quelque forte , à
celles du corps ; ce qui l'inquiétoit plus que
fa paralyfîe.
Il étoit tombé dans cet état, depuis en-
viron deux ans, par gradation, & à la fuite
d'une apoplexie qui lui furvint, pendant l'hi-
ver de 1768 , qui fut accompagnée de con-
vulfions. 11 a les nerfs irritables, & d'autant
plus fufceptibles de fpafine & de délicatefle,
qu'il s' eft livré , dans tous les tems , aux
C iij
38 Mémoire
occupations du cabinet , les plus férieufes ^
fans cette modération qu'elles exigent fou-
vent , mais avec tout ce feu que donne la
vivacité du génie, & cette rapidité d'exécu-
tion qui ne détend que trop les nerfs, après
les avoir prodigieufement tendus.
Après plufieurs confultations, celle même
de l'auteur des j4ffeciiom vaporcufes , tout
fut tenté pour empêcher le progrès du mal :
les évacuans, les délayans de toutes efpeces,
& fous toutes les formes, devinrent inutiles.
A la fuite d'un ufage de deux mois &
demi des eaux de Bourbonne,tant intérieur
qu'extérieur, il eft retourné à Reims, aufli
malade qu'à fon arrivée ; ma;s , par une
Lettre de fon époufe , du 22 Avril 1770 ,
écrite à M. Juvet , fon médecin , j'apprends
que M.Cazioteftabfolument, parfaitement
& radicalement guéri. Voici les exprefiîons
de Madame.
» Je crois, Monfieur, vous devoir un
» compte exact de la façon dont M. Caziot
» a parle' l'hiver. Il a toujours été en empi-
« rant au point que je croyois être , chaque
» jour , à la veille de le perdre. L'inconti-
» nence d'urine l'a prodigieufement incom-
» mode. Il n'étoit plus queftion de racqué-
» rir des jambes : le facrince en étoit fait.
>» Mais , au grand étonnement de tout le
» monde, au mien en particulier, & sûre-
» ment au vôtre auffi , qui ne m'avez jamais
sur les Eaux de Bourbonne." 3$
» promis de rétabliflement , M. Caziot eft
»abfolument, parfaitement & radicalement
» guéri. Le mieux a commencé, le 6 Février,
» & a augmenté, tous les jours. Sa têtç eft
» tellement rétablie , qu'il a prononcé lui-
» même , le Jeudi faint , la Décrétale ordi-
» naire des écoles. Il marche , on ne peut
» mieux ; il ne reffent enfin aucune in-
»> commodité , plus de conftipation qui a
*♦ duré jufqu'au mois de Mars. Nous fom-
» mes fort portés à attribuer cette guérifon
». aux eaux ; & cependant nous n'y retour-
» nerons point, tant nous nous'portons bien !
» Je fuis toujours dans l'admiration ; & il
» a été réellement fi mal , que c'étoit un
» pauvre défefpéré. Je fo.uhaite bien fincé-
» rement que tous vos malades fe trouvent
» aufli-bien de vos eaux falutaires. D'après
» la fituation de M. Caziot , il ne faut plus
» défefpérer. J'ajouterai qu'il eft rajeuni de
m vingt ans , & que votre fontaine eft la
» véritable fontaine de Jouvence. »
J'ai l'honneur d'être, &c.
Signé Petit-Caziot.
Monfieur ajoute au-deflous de cette Let-
tre : « L'ancien malade veut vous dire un
» mot.
»> Vïtam vivo novam firmamque. J'en
» fuis moins étonné que le public , parce
n que je n'ai point connu tout le défefpéré
Civ
^o Mémoire
» de mon état , pendant la plus grande par
>♦ tie de l'hiver. Tout eft rétabli ; relâche-
» ment d'un côté ; de l'autre , conftipation
»> opiniâtre ; refus des jambes ; quelque dé-
v fordre dans la cervelle. Votre efpérance
» ou prédiction n'a été défe&ueufe qu'en
» parlant de femaines , au lieu de mois. Je
» pardonne laméprife, du meilleur de mon
» cœur; & je m'eftime le plus heureux des
» hommes d'avoir à dire : Il vaut mieux
» tard que jamais ; E meglio tardi che mai !»
J'ai l'honneur d'être , &c.
Signé Ca2IOT.
Obstructions.
XVIII. O BS. Madame la ducheflfe de . . I
âgée de vingt-cinq ans, inoculée en 1765,
ayant encore du lait aux feins , après avoir
nourri , on ne put mieux , 8* plus heureu-
fement , pendant vingt mois , eut , après
l'inoculation , une fièvre tierce opiniâtre ,
accompagnée de jauniffe&d'obftrucYion au
foie. La fièvre fut emportée par les remè-
des ordinaires : la jaunuTe & l'obftruclion
s'opiniâtrerent. On employa quelqu'eau mi-
nérale; & fon confeil finit, en 1766, par
l'envoyer aux eaux de Bourbonne. L'ufage,
qu'elle en fit , particulièrement en boifïbn,
diflipa la jaunuTe , & fondit fon obftruclion
de plus de moitié. Elle y revint en 1767;
elle s'en trouva bien encore. Ce fuccès pro-
s\jr les Eaux de Bourbonne. 41
grefïif la fit revenir, en 1768 6k 1769,
pour fondre un noyau que l'on regardoit
comme le centre de fon obftru&ion. Elle
eft guérie.
XIX. Obs. Madame l'intendante de
Breft , âgée de trente- huit ans , eut , à la fin
de l'hiver de 1768 , la fièvre, des vomif-
femens habituels , une obftru&ion au foie ;
tomba dans la plus grande maigreur , avec
dégoût , perte de fes régies. Les eaux de
Vichy furent employées : elles firent mer-
veille , mais ne fondirent point 1'obnTucl.ion
pour laquelle cette dame vint ici où elle
refta trois mois. Les régies ont reparu conf-
tamment : l'obftruc"r.ion n'exifte plus ; ck la
fanté eft bonne.
XX. Obs. Mademoifelîe de Meuves,
en 1766 , eut une fièvre double-quarte opi-
niâtre : elle fut menacée de leucophlegma-
tie , eut une obftrucYion au foie , la jau-
niffe , un dégoût général , fuppreflion de
régies. Tous les remèdes , qu'on fit , furent
inutiles : on finit par l'envoyer à Bour-
bonne, en 1767. La fièvre fut emportée
avec le dégoût , l'œdème des jambes , la
jaunifTe : l'obftru&ion ne fit que diminuer ;
ck , en 1768, un fécond voyage aux eaux
acheva fa guérifon , convertit en embon-
point ordinaire une efpece d'éthifie, lui
rendit fes forces ck (es régies.
XX.I. Obs, Madame M. , . . . âgée de
41 Mémoire
vingt-cinq ans, effuya, en 1767, plufieurs
accès de coliques ftomachales & inteftina-
les , fî violentes , qu'elles devenoient in-
flammatoires. Le canal inteftinal, de l'éré-
tifme trop Couvent répété , parla à l'atonie,
au météorifme, fur-tout au defïbus de l'om-
bilic. Il repréfentoit une tumeur plus réfif-
tante que flatueufe , qui imitoit allez bien
une groiTeffe de neuf mois , au travers de
laquelle on diftinguoit avec beaucoup d'at-
tention une tumeur réfiftante , même réni-
tente , que les meilleurs anatomiftes recon-
nurent pour une obftru&ion de la matrice.
Comme ils accuferent le canal inteftinal ,
dans cette région , d'embarras , ou d'en-
gorgement dans fes membranes conftituan-
tes , les fymptomes concouroient avec ce
jugement; elieavoit des vomiiTemens allez
fréquens , des déjeétions prefqu'involontai-
res , des gonflemens variables dans le canal,
la fupprefîion des régies : tout fut tenté ;
&: on n'oublia point les eaux de Vichy : le
voyage de Bourbonne fut réfolu. Après
trois mois de boiffon & de quelques bains ,
le canal inteftinal fe rétablit; la réfiftance &
ù tenfion s'amollirent par gradation ; fon
engorgement finit avec les parties environ-
nantes de la matrice, qu'on avoit peine
alors à difhï.guer : on la trouva alors elle-
même, telle qu'elle étoit, obftruée. L'obf-
tru&ion diminuant de jour à autre, comme
sur les Eaux de Bourbonne. 45
celle du canal qui la mafquoit auparavant ,
les régies revinrent , ck emportèrent avec
elles tous les accidens. Cette dame jouit
d'une bonne Tante.
Si les bornes, que me prefcrit un fimple
Mémoire , & que déjà je crois avoir fran-
chies , me permettoient de m'étendre da-
vantage fur la cure de quantité de maladies
chroniques, opérée par les eaux thermales
de Bourbonne, combien d'exemples ne ci-
terois-je pas en leur faveur? On reconnoî-
troit que les rhumatifmes , les rhumatifmes
goutteux, les éc rouelles , les pâles-couleurs,
les paralyfles , celles à la fuite des coliques
métalliques , la colique elle-même (^a) , les
fièvres lentes , quartes , &c. y font détrui-
tes , & ces dernières, d'une manière plus
sûre & plus agréable que par le quinquina ,
{a) M. le vicomte de la Rochefoucault, bri-
gadier des armées du Roi, colonel du Régiment
Royal- Champagne , cavalerie, étoit atteint d'une
colique de Poitou minérale, qui paroifToit régu-
lièrement tous les quinze jours , en duroit huit ou
dix , & le tatiguoit cruellement. La méthode de
la Charité de Paris , employée plufieurs fois en
vain, détermina fon confeil à l'envoyer à Bour-
bonne, en 1767, où il arriva avec une certaine
maigreur , ayant le teint jaune , du dégoût, prol-
tration de forces , &. iouftrant toujours de fa co-
lique. Six femaines de leur ufage en boiflbn , pen-
dant cette année, & autant en 1768, le ren-
voyèrent avec une famé forte & robufte , de
belles couleurs & de l'embonpoint.
"44 Mémoire
les amers & les autres fébrifuges connus.
Ceux qui fouhaiteroient des détails , des
cclairciflfemens , & s'inftruire fur cette ma-
tière , pourront confulter la DifTertation de
M. Juvet , médecin du roi pour fon hôpital
à Bourbonne , praticien aufli confommé
qu'éclairé ; & le Journal de Médecine, mois
de Mars 1759.
L'expérience prouve ; & il eft très-eiTen-
tiel d'obferver, pour ôter aux malades tou-
tes frayeurs déjà trop fortifiées par le pré-
jugé fur les eaux thermales , que, pendant
leur ufage , dans ces derniers cas comme
dans les maladies hyftériques , les paroxyf-
mes ou accès vaporeux fe renouvellent &
te rapprochent à-peu-près comme ceux des
fièvres intermittentes , après les premières
dofes de l'écorce du Pérou, les réveillent
même , après avoir été aiToupis pendant
un certain tems; (ce qui en aura fans doute
ïmpofé plus d'une fois aux perfonnes peu
au fait de ces phénomènes , & leur aura
fait envifager les eaux comme contraires
dans bien des cas,) mais que ces accidens,
occafionnés par le paiTage des particules
minérales dans les petits vaiiTeaux engoués,
qui n'étonnent point les gens de l'art accou-
tumés à les diriger, diminuent d'intenfité , à
mefure qu'on «tance dans le traitement , &
fe terminent toujours favorablement pour
les malades.
Ces preuves & les faits multipliés plus
sur les Eaux de Eourbonne. 45
encore que les connoiffances analytiques ,
les raifonnemens les plus ingénieux & les
plus fubtils , militent donc pour les eaux
thermales de Bourbonne, & leur méritent,
fans comparaison , la préférence fur l'eau
fimple, la glace , l'eau à la glace, &c.
Que l'on compare la méthode du traite-
ment de l'auteur que j'ofe attaquer, avec
la mienne , ( celle des eaux thermales de
Bourbonne : ) que l'on juge après de la
différence : que l'on compare auffi. fes ob-
fervations avec celles-ci. Dans les unes , à
peine y reconnoitra-t-on les iymptomes
pathognomoniques ou cara clé ri (tiques des
affections vaporeufes ; dans les autres , on
y verra les vapeurs toutes pures. Que l'on
jette un coup d'œil fur la onzième de mes
obfervations ; on remarquera aifément que
la première méthode de traitement , qui a
été fru&ueufe dans ces maladies, eft la mé-
thode humectante , délayante , celle con-
nue depuis long-tems des grands maîtres,
les eaux de Bain & de Plombières n'étant,
au rapport du fqavant M. Monnet , que des
eaux chaudes fimples , qui peuvent , à la
vérité , avoir leur mérite dans certaines cir-
constances, comme beaucoup d'autres.
Je vais rapporter ici , pour ne pas être
foupçonné de partialité , les réfultats de
l'examen que cet habile chymifte a fait de
ces eaux, La fupériorité de fes talens lui
46 Mémoire
ayant mérité la confiance du Gouverne-
ment , on fit choix de fa perfonne pour ana-
lyfer les eaux minérales & thermales du
royaume , & jetter un nouveau jour fur
cette partie de PHiftoire naturelle , trop peu
connue de nos jours. En conféquence de
fa commiflion, il le rendit dans ces pays-ci,
dans l'été de 1768 , & me fit l'honneur de
m'adreffer de Plombières la Lettre fuivante :
Monsieur,
» Je m'acquitte de la parole que je vous
» ai donnée de vous faire connoitre ma
» façon de penfer à l'égard des eaux de
» Plombières. Elles font précisément ce que
» j'avois prévu, de l'eau chaude fimple,
» ainfi que celles de Luxeuil & de Bain.
» Cependant , comme ces eaux ont beau-
» coup de réputation , & qu'elles ont été
» examinées diverfes fois par des hommes
» qui en ont aufli , j'ai cru devoir en entre-
» prendre l'analyfe , non comme eau mi-
» nérale , mais comme eau fimple, afin qu'on
» ne pût pas m'accufer de négligence. Le
» réfultat de cette analyfe a été vingt-quatre
» grains d'une terre quartzeufe, &C dix-huit
» grains d'alkali fixe fur cinquante livres
» d'eau. Jugez maintenant ce que l'on peut
» attendre de cette abondance de matière ,
» pour produire quelques effets médicinaux,
» Cette analyfe a été caufe que j'ai quitté
sur les Eaux de Bourbonne. 47
» ici mon ami , dont j'ai été bien fâché ,
» attendu que je voyois bien que le fujet
» pour lequel je m'en féparois n'en valoit
» pas la peine. »
J'ai l'honneur d'être > &c.
Signé Monnet.
A Plombières , ce 18 Juin 1768.
Ces faits , auffi authentiques que publics,
que je foumets fans peine à la cenfure des
ennemis du vrai, & contre lefquels j'aflTure
d'avance que je ne répondrai point, qu'ils
ne les aient détruits, enlèveront peut-être
aux apoplectiques , aux paralytiques , aux
perfonnes affectées de maladies chroni-
ques, & fur-tout aux hyftériques, les crain-
tes qu'on voudroit leur infpirer fur les effets
& la nature des eaux de Balaruc, avec elles,
toutes eaux thermales , quelles qu'elles
foient , &c , en particulier , de celles de
Bourbonne.
Après de femblables faits, pourra-t-on
encore les accufer de tumulte , & d'agir
avec trop de fougue ? Ce feroit alors mon-
trer des vues aufli bornées qu'oppofées au
bien de l'humanité.
Depuis vingt-quatre ans que je fuis chi-
rurgien , dont douze employés à l'hôpital
militaire de Bourbonne, j'ai vu arriver, tous
les ans, des différentes parties du royaume
une quantité de foldats qui fourniroient ,
4$ Mémoire
comme d'autres malades que la néceflîté y
conduit, des preuves fans nombre de l'in-
fuffifance des méthodes humectantes , dé-
layantes, adouciflantes , qui toujours ont
été mifes en ufage par les plus grands pra-
ticiens , avant que de partir pour les eaux.
Pour ce qui regarde les ibldats , les exa-
mens , qu'on en fait ailleurs & ici , font Ci
rigoureux , qu'avant les envois , & même
lorfqu'ils font arrivés à Bourbonne , fi ces
méthodes ou d'autres n'eufTent pas été em-
ployées, les envois n'auroient pas lieu; &
même les malades feroient renvoyés , &
non admis à l'hôpital.
A l'égard des autres malades , il n'eft pas
poflible de fuppofer que, fans avoir épuifé
toutes les reflburces connues dans le pays,
6c au loin , ils arrivent à Bourbonne , au
mépris de leurs affaires, de leurs commo-
dités , de leurs bourfes , de leurs amis , &
delà perte du tems, fans une perfpective
railbnnée, qui leur eft fouvent préfentée
par des gens inftruits &. défïntéreffés , ou
fortifiés par l'exemple d'autrui.
( Adeb funt multa ) loquacetn delaffart
valent Fabium.
SUPPLÉ-
Sur les Eaux de Bourbonne. 47
* ici mon ami , dont j'ai été bien Fâché ^
» attendu que je voyois bien que le fujet
» pour lequel je m'en féparois n'en valoit
p> pas la peine. »
J'ai l'honneur d'être , &c.
Signé Monnet.
A Plombières , ce lî Juin 176t.
Ces faits aufli authentiques que publics,'
que je foumets fans peine à la cenfure des
ennemis du vrai , & contre lefquels j'affûte
d'avance que je n'écrirai point, qu'ils ne
les aient détruits , enlèveront peut-être aux
apoplectiques , aux paralytiques , aux per-
fonnes affectées de maladies chroniques , &
fur-tout aux hyftériques , les craintes qu'on
voudroit leur infpirer fur les effets & la nature
des eaux de Balaruc , avec elles , de toutes
eaux thermales , quelles qu'elles foient, &,
en particulier , de celles de Bourbonne.
Après de femblables faits , pourra-t-on
encore les accufer de tumulte , & d'agir
avec trop de fougue? Ce feroit alors mon«-
trer des vues auiîi bornées qu'oppofées au
bien de l'humanité.
Depuis vingt- quatre ans que je fuis chi-
rurgien , dont douze employés à l'hôpital
militaire de Bourbonne, j'ai vu arriver, tous
les ans , des différentes parties du royaume ^
une quantité de foldats qui fourniroient ,
ainfi que d'autres malades que la néceflité y
D
4$ Mémoire
conduit, des preuves fans nombre de Vin*
fufnfance des méthodes humectantes , dé-
layantes , adoucifîantes , qui toujours ont
été mifes en ufage par les plus grands pra-
ticiens , avant que de partir pour les eaux.
Pour ce qui regarde les foldats , les exa-
mens qu'on en fait ailleurs & ici , font fi
rigoureux , qu'avant les envois , & même
lorfqu'ils font arrivés à Bourbonne , fi ces
méthodes ou d'autres n'euffent pas été em-
ployées , les envois n'auroient pas lieu ; 6c
même les malades feroient renvoyés , &
non admis à l'hôpital.
A l'égard des autres malades, il n'eft pas
poflible de fuppofer que , fans avoir épuifé
toutes les reflources connues dans le pays
& au loin , ils arrivent à Bourbonne , au
mépris de leurs affaires , de leurs commo-
dités , de leurs bourfes , de leurs amis , &
de la perte du tems , fans une perfpeclive
raifonnée , qui leur eft fouvent préfentée
par des gens inftruits & défintérefles , ou
fortifiés par l'exemple d'autrui.
( Adcb funt milita ) loquaurn delajfare
valent Fabium.
XXI. Oes. M. Henry l'aîné , avocat en
parlement , demeurant à Bouremont, dans
le Barrois mouvant, homme de beaucoup
d'efprit & d'un mérite diftingué , étoit en
proie depuis fa tendre jeunefle, notamment
depuis 1748 , aux douleurs les plus cruelles
sur lis Eaux de Bourbonne. 4$
Se les plus atroces d'une feiatique rebelle <k
opiniâtre,accompagnée de mouvemens con-
Vulfifs fi terribles , que , pendant un certain
tems , on l'a cru épileptique. Cette affreufe
fîtuation , qui a réfrfté pendant dix-fept ans
à toutes les reffources de l'art, même à
d'autres eaux thermales , a enfin -cédé à
celles de Bourbonne.
Gomme je ne pourrois pas rendre avec
autant d'exa&itude & de préciflon que
M. Henry, le détail de fa maladie , je vais
rapporter celui qu'il m'a fait l'honneur de
m'adreffer le 19 Novembre 1770.
Bourmont , le 19 Novembre 17-0.
Monsieur,
» Je reçois la lettre par laquelle vous mè
». demandez le détail exaél: de ma maladie ; je
» m'emprefïe d'autant plus volontiers à avoir
» l'honneur de vous répondre & de vous
» fatisfaire , que je fuis un exemple récent „
» public &t exiftant des vertus miraculeufes
» des eaux de Bourbonne, auxquelles feules
»je dois mon rétabliffement; & que, con-*
» nouTant votre zèle pour le bien de l'hu-»
» manité , vous vous emprefferez à publier
» les vertus & les prodiges de cette fon*
» taine divine, à laquelle l'enfer feul peut
» refufer des autels.
» Si les hommes étoient juftes & recon-
» nôiffans, on verroit de toutes parts dei
Dij
ço Mémoire
» temples élevés dansvotre ville ; mais vous
» les connoiffez : fi le plus grand nombre
» méconnoit Ton Créateur, en voudra-t-il
» reconnoître les bienfaits ?
» Si des peuples éloignés nous donnent
» l'exemple & viennent à Bourbonne cher-
» cher leur falut , comment des François ,
» nos propres compatriotes , peuvent-ils
» méconnoître cette mine précieufe que la
» Providence a créée pour eux , mis fous
» leurs yeux , fous leurs mains , cherchent
» même à l'obfcurcir & à en infpirer de la
» méfiance? Ce procédé me pafle, & me
» fait autant rougir que celui de ces anciens
9> fanatiques qui alloient en Italie, en Galice
» & en Paleftine , chercher une manne
» qu'ils avoient dans leurs foyers : nous
» l'avons cette manne , nous fommes dans
» la terre promife ; elle tombe tous les jours
» chez vous, & nous pouvons nous en ali-
» menter. Le Créateur n'a jamais manqué
» à la créature, c'eft celle-ci qui manque à
» fon Créateur; & c'eft ici le cas de dire
» avec l'auteur de l'Apocalypfe : In propria
» venitjfui eum non receperunt, &c. Pardon-
» nez-moi,Monfieur, cette petite effufion de
» cœur ; je n'ai pu la refufer à ma fenfibilité :
» je fçais qu'il faudroit une plume d'or pour
» préconirer les merveilles de vos eaux ,
» l'éloquence la plus brillante pour détruire
* 1« préjugé que l'aveuglement, & fur- tout
sur les Eaux de Bourbonne. f t*
» la méchanceté , ont répandu fur leur
» compte, & enfin un crayon de fer pour
» confondre & écrafer ces gens abomina-
» blés , qui n'ont d'autres motifs pour le fa-
» vorifer & l'entretenir, qu'un fordide in-
» térêt. Qu'ils viennent, ces Zoïles de la fo-
» ciété ; qu'ils approchent , qu'ils voient :
» ils feront anéantis & confondus. Reve-
» nons à mon état palïé & préfent.
» Je ne vous rendrai point les chofes
» dans les termes de l'art ; je vais vous les
» dire telles qu'elles font , & empreintes de
» ce caractère de vérité que perfonne ne
» devroit craindre de mettre au pur pour
h le bien de l'humanité : mais, hélas ! de cer-
» taines petiterTes , le refpecl: humain arrê-
» teront toujours les hommes dans leurs
» courfes , & ne cefferont d'oppofer une
» barrière au progrès des fciences & des
» arts.
» Le détail de ma vie vous ennuiera Se
» vous étonnera : Longes ambages, fed fum-
» ma fequar fajligia rerum.
» Je ne fuis point cinquantenaire , mais
>» peu s'en faut , un luftre : l'étude &t le tra-
» vail d'efprit ont toujours été mes princi-
» paux élémens ; je les ai quelquefois poufTés
» à l'excès , je m'en fuis corrigé : cela n'a
» pas empêché ma vie d'être très-variée*
>r J'ai eu des plaifirs en tout genre , & m'y
» fuis quelquefois livré avec tout le feu
5 ft Mémoire
» d'une jeuneffe impétueufe : cependant ïîs
» n'ont jamais rien été en comparaifon des
» peines que j'ai efluyées ; èk je ne crois pas
» qu'il y ait quelqu'un au monde qui ait
» tant fbuffert que moi , du côté du moral
» & du phyfïque.
» Dès mon enfance., j'ai fenti des douleurs
» paflageres aux reins ; je me fouviens même
» qu'étant écolier , il m'arrivoit quelquefois
» de m'endormir fur ma chaife par la fatigue
» de l'étude , & de m'éveiller avec des fouf*
» frances fi aiguës , que je n'aurois pu y ré-
» fifler fi elles euffent été de durée.
» De cet infiant jufqu'en 1762 , je les ai
» repenties de tems à autre, ck quelquefois
» fi vivement , que je ne pouvois me re-
» muer, Dans un accès de cette efpece, que
» j'eus en 1748 , on me confeilla des boues
» de Bourbonne qui me l'enlevèrent dans
m huit jours ; les autres accès s'étoient tou~
» jours diffîpés par la faignée.
» Au commencement de 1762, ils fe ré-
» veillèrent d'une telle force , que je me
» déterminai d'aller, dans le courant de Mai,
» parler une quinzaine à vos eaux. Je me
» perfuadai qu'on ne poirvoit prendre les
*> bains trop chauds ; & l'envie de guérir me
i> fit effectuer ma croyance : mais je m'ap^
» perçus bientôt de l'erreur, quand, partant,
» du bain dans mon lit, je vis cjue mes
g futurs étoient fanguinoîentçs»
sur les Eaux de Bourbonne. 5 j
» T)es occupations férieufes m'ayant rap-
>♦ pelle chez moi , je paffai Juin, Juillet 6c
» une grande partie d'Août fans douleurs ;
» mais, fur la fin de ce mois, étant à Nancy,
» elles recommencèrent ; &c j'en éprouvai
» de plus vives que celles que j'avois efïiiyées
» jufqu'alors. Je vis des médecins & des
« frères de la Charité qui me confeillerent
» de ne plus retourner à Bourbonne ; que
» des frictions que je me ferois faire me
» guériroient. Mais ni les frictions, ni les
» fumigations , ni les remèdes qu'ils m'a-
» voient ordonnés, ni une multitude d'au-
» très dont j'ai ufé , ne furent capables de
» me procurer le moindre foulagement ;
»> bien-loin de-là , ma maladie fut portée à
» un apogée où je ne l'avois pas encore vue,
>» fans cependant avoir effuyé aucun fpafme
» ni crifpation. Enfin, au commencement de
» Janvier, mes douleurs diminuèrent; &,
» fur la fin , je me trouvai en état de tra-
» vailler & d'aller.
» Une affaire de la plus grande impor-
» tance m'appella à Paris fur la fin de Mars
» 1763 : je m'y rendis , ck y refrai jufqu'en
» Février 1764. Pendant les quatre pre-
» miers mois de monféjour, ma iituation
» fut affez calme pour me permettre de
» donner à cette démarche toutes les peines
» ck les foins qu'elle exigeoit. Mais, dans le
» courant de Juillet, je me vis tracaflé par
Div
54 Mémoire
» ce terrible mal, dont je n'avois pas en*
» core fenti toute la cruauté. Dans cet inf-'
» tant, un de mes amis me donna l'affiche
*> d'un empirique qui fe vantoit de guérir
» radicalement toutes lesfciatiques avec une
» certaine pommade. Le ton d'afïurance
» avec lequel il vantoit fon remède me dé-
» termina à l'aller trouver; il avoit de la
» mine & faifoit l'homme de conféquence r-
*> il me répondit de ma guérifon en me
*> montrant fa drogue , qui étoit dans de
» petits pots de faïence longs & gros comme
» le pouce , & qu'il vendoit trois livres cha-
» cun. La facilité du panfement , l'afTurance
» de Pefcamoteur , le témoignage de plu-
*> iieurs de fes malades , le fouvenir de mes
» douleurs paffées , la crainte des futures ,
i> me déterminèrent; je me livrai au char-
» latan. Depuis le milieu de Juillet jufqu'au
v 1 5 Septembre , j'ufai bien cent pots de
» pommade qui ne me fit ni bien ni mal.
» Mon affaire alloit fe décider; je fus en
w conféquence obligé de redoubler mes
» foins & mes mouvemens ; & , malgré la
» décision la plus éclatante , la plus glorieufe
«6k la plus confolante pour mon moral,
v mon pauvre phyfique ne put réfîfter à
» la force de mon mal , qui empira telle-
» ment tout-à-coup, que ce n'étoit plus
>> des douleurs que je reffentois , mais des
» fourmens qui me facunoient fans relâche»
SUR LES Eaux de Bourbonne. w
» Me voici fur la roue ; donnez-moi un mo-
» ment pour refpirer : je frémis encore d'y
» penfer. Quis taliajando .... Temperet â
» lacrymis ?
» J'étois heureufement chez un frère corn-
» mode , aimable , & qui a fait pour moî
» l'impofïïble. Figurez-vous, Monfieur, que,'
» depuis la fin de Septembre jufqu'à Noël „'
» je n'ai pas fermé l'œil, & que je n'ai pas
» été une minute fans fouffrir, quoique je
» n'aie vécu que de lait , & que j'aye exac-
» tement pris une groffe de remèdes (#)•
» Au commencement je ne jetois que des
» cris , mais, fur la fin, c'étoient des hurle-,
» mens fi perçans ck fi continuels, que mes
» voifins furent obligés d'abandonner leurs
» chambres : on n'ofoit me toucher ni m'ap*
» procher ; c'étoit la défolation. Quand il
» falloit faire mon lit , je tâchois de me
» glifîer fur un fauteuil qu'on préparoit ;
» quand j'y étois , je fentois tout-à-coup
» tomber fur ma hanche comme une livre
» de plomb fondu : la fenfation étoit fi vive
» & fi cuifante, que je jetois deux cris fî
» effrayans , fi extraordinaires , fi révoltans,
» que mon ventre frappoit mon dos , ck en-
» fuite je tombois dans des fpafmes où fou-
» vent l'on m'a cru mort ; ma refpiration ,'
(a) GroJJe , terme du pays , qui fignifie douzf
douzaines de certaines marchandifes.
5<S Mémoire
» après un certain intervalle, commencent
» à fe faire appercevoir, & revenoit petit-à-
» petit. J'en eus un le x6 Novembre , qui
» dura trois heures.
» Mon frère, défolé, défefpéré de me voir
» dans un fi pitoyable état, affembla de cé-
» lèbres médecins chez lui. Après leur avoir
» fait le détail de ma maladie , de fon pro-
» grès, de fon incurabilité , il y en eut un
» qui fut d'avis de me faire une ouverture
>> d'un demi-pied à la hanche droite qui
» étoit le fiége du mal; peut-être fa déci-
» fion auroit-elle été fuivîe, fans le fameux
»M. Petit, de la rue Saint-Avoye, dont je
» ne puis prononcer le nom fans admiration.
» Il s'expliqua fi énergiquement ck fi dé-
» monftrativement, que fon opinion fut fui-
» vie : il fit voir très-clairement que c'étoit
» une feiatique qui pouvoit fe guérir aux
» eaux de Plombières. Je repréfentai que
» celles de Bourbonne étant à portée de
» chez moi ck très-bonne , il me feroit plus
» avantageux, à tous égards, d'y aller. On
» me remontra que les eaux de Bourbonne
» ne me convenoient pas ; enconféquence,
» je me décidai pour celles de Plombières.
» Le tems, la faifon ck mes vives douleurs ne
»> me permettant pas de partir, je renvoyai
» mon voyage au mois de Février fuivant.
» Je foufrrois alors comme un damné : ma
» hanche droite étoit grofle comme un boif-
sur les Eaux de Bourbonne. 57
» feau ; j'étois fec & décharné comme un
» fquelette , je faifois pitié à tout le monde :
» &, dans cette cruelle fituation , j'euffe cer-
» tainement préféré la mort à la vie.
» Enfin , réduit à la dernière extrémité ,"
» accablé par les douleurs qui ne m'avoient
» pas laifTé , depuis trois mois , une minute
» de repos ni de fommeil , je demandai , à
» corps & à cris , que l'on me donnât quel-
» que chofe pour un peu diminuer mon
» tourment. Mon médecin ordinaire Te dé-
» termina à me confeiller dix gouttes de
» teinture anodyne de Sidenham : je les pris
» aufli-tôt ; & , une heure après, mes dou-
» leurs fe calmèrent : néanmoins je ne dor-
» mis pas. Mais , dans ce calme momentané,
» je végétois ; je comptois avec plaifir les
» minutes de ma pendule : jugez où en étoit
» réduite la pauvre machine.
»>Les douleurs fufpendues pour quelques
» heures , renaiffoient bientôt après comme
» auparavant. Mais hélas! ces alternatives
» de bien , malgré la crainte qu'on m'infpi-
» roit pour ce remède, m'y rirent néan-
» moins recourir jufqu'au mois de Février,
» où j'arrivai chez moi, en chaife de pofie,
» dans l'état le plus trifte & le plus déplo-
» rable , & après avoir excité la compaflion
» par- tout où j'avois parlé. Le régime & la
» diète blanche que j'avois gardés jufqu'alors
» ne m'ayant pas réuffi , je me remis à la vie
5$ Mémoire
» ordinaire jufqu'au mois de Mai faîvant ^
» afîbupifîant toujours mes douleurs avec
» mes gouttes.
» Dans ce tems, je partis pour Plombie-
» res ; les fecoulTes & les cahots de la route
» me cauferent des douleurs très-vives, &
» me donnèrent des fpafmes incroyables.
» Arrivé, je fus mis à l'ufage des eaux de
» Buffang en boiffon , enfuite de bains fort
» doux, où je reftois huit heures. Six fe-
» maines s'écoulèrent ainfi fous la direction
» de M. de Guerre , médecin d'un rare mé-
» rite, qui me donna de falutaires avis , &
» ne me défendit point ma teinture. Après
*> un mois de repos chez moi, je retournai
m encore pour y répéter fix autres femaines
» les mêmes exercices. Pendant leur cours ,
» mes douleurs, au lieu de diminuer, de-
» vinrent fi cruelles & fi continuelles , frtes
» fpafmes fî fubits & fi violens , qu'on crut
» que je tombois d'épilepfîe. J'étois courbé
» jufqu'à terre ; la groffeur de ma hanche
» étoit affreufe & énorme, je ne pouvois
» étendre ma jambe droite , la gauche étoit
» plus courte de près de deux pouces , j'au-
» rois cru ma cuifTe luxée , fi le bon Fleurot
»du Valdageotne m'eût afiuré le contraire.
» Indépendamment de ces précautions
» & des bains domeftiques que je prenois
» à la maifon , le mal fubfifta avec la même
» violence jufqu'au mois de Janvier 1765»
sur les Eaux de Bourbonne. 59
» Alors je ne fouffris plus fi cruellement ,
*> & je pus un peu aller, venir & travailler.
» Ce mieux apparent ne fut pas de longue
» durée ; l'arrivée du printems fut celle de
» mon ancien martyre. Au défefpoir, Se ne
» fçachant plus de quel côté donner de la
» tête, je me déterminai à aller à Bour-
» bonne. Mon parti pris , & fans conlulter
» perfonne , je m'y fis conduire au mois de
» Mai .1765 , mais dans la ferme réfolution
» de n'y point boire , Se , en revanche , de
» m'y baigner fortement comme j'avois fait
» à Plombières.
» Dans la consultation que je fis , mon
» projet fut renverfé ; on me démontra que
» les eaux prifes intérieurement , étoient
» feules capables, en pafTant dans la maffe
» du fang & dans les vaiffeaux lymphati-
» ques, de détruire le principe de ma ma-
» ladie ; on m'ordonna en conféquence de
» boire, & de ne me baigner qu'une demi-
» heure dans un bain fort doux. On me
» prefcrivit la quantité qu'il falloit que j'en
» priffe, & le régime. J'obfervai l'un & l'au-
» tre , me purgeai & ufai des remèdes qui
» me furent ordonnés.
» Cette première faifon , ainfi que la fe-
*> conde , n'apportèrent aucun changement
» à mes douleurs ; au contraire, elles furent
» fi vives fur la fin de celle-ci, que je crus
y périr, Pour avoir quelques rnomens de
6o Mémoire
» rémifiïon , je fus obligé de recourir à rrieâ
» gouttes. Mon frère, qui me fçut à Bour-
» bonne, m'écrivit , de Paris, de cefîer bien
» vite les eaux ; qu'elles me feroient con-
» traires & nuifibles : cela doit vous prouver,
» Monfieur , que le préjugé a un furieux
» empire, puifque, malgré les exemples que
» nous avons journellement fous les yeux,
» & le grand jour que des hommes inftruits
» 6c éclairés ont jeté fur la partie des eaux
» thermales , on le voit encore fubfifter. Il
» eft vrai que le détruire n'eft pas un petit
» ouvrage. Les hommes prévenus dès l'en-
» fance , ou mus par intérêt , font très-diffi-
» ciles à perfuader. On en voit même dans
» ce (iécle de lumière , quoique inftruits
» d'ailleurs, abandonner le vrai pour donner
v> dans l'illufion.
» Pour revenir à mon état, l'hiver fuivant
» fut bien moins pénible : je foufFrois à la
» vérité , mais moins fouvent , & moins
» cruellement. Je pouvois agir , m'appli-
» quer & travailler. Ma hanche & ma cuhTe
» étoient toujours dans le même état, mais
» je reprenois un peu d'embonpoint. Les
» eaux n'ayant pas difîîpé entièrement mes
» douleurs , un habile médecin de Bour-
» bonne me confeilla un cautère à la jambe :
» cet avis étoit aufîi celui de M. Petit ; mais
» ma répugnance pour un pareil égoût , me
>) le fit rejeter.
sur ies Eaux de Bourbonne. 6ï
» Le retour du prinrems de 1766 réveilla
» mes douleurs ; l'application des fangfuës
» fur la partie fouffrante & le fondement ,
w les calma un peu ; cela n'empêchoit ce-
» pendant pas que je n'attendifTe avec im-
» patience la belle faifon pour retourner à
» ma bienfaitrice. Je me difois à moi-même,
» ni le lait, ni le régime, ni les humec"tans
» fous toutes les formes , ni tous les remè-
» des dont j'ai ufé ne m'ont rien fait ; ils ont
» au contraire, augmenté mes maux, les
» ont entretenus & aigris; mais les eaux de
» Bourbonne, comme balfamiques, béni-
» gnes , purgatives , apéritives , dépurati-
» ves, incifives , ftomachiques , &c. m'ayant
» non-feulement 8c réellement foulage ,
» mais même procuré un hiver tranquille ,
» redonné des couleurs , de la gaieté , 6k
» étant analogues à mon état , il ne faut pas
» héfiter d'y retourner. Auffi, le mois de Mai
» arrivé , je me fis faigner & purger, & partis
»aun*i-tôt. Le lendemain de mon arrivée, je
» commençai à boire , & bu graduellement
» jufqu'à la quantité de huit gobelets de fix
» onces chacun ; je baignai & douchai plus
»long-tems qu'aux faifons précédentes.
« Après le repos ordinaire, je fis encore une
» féconde faifon en tout femblable à celle-
» ci ; mais je vous avouerai qu'a la fin, j'étois
» fatigué & délavé : huit jours après , mes
y forces & mon incarnat commencèrent â
61 Mémoire
» revenir; je jouis pendant l'hiver d'un bien*
» être , d'un enjouement furprenant. La
» groffeur de ma hanche ne me parut plus fî
» énorme; j'étendois un peu ma jambe ma»
*> lade; je n'étois pas n" courbé, & j'atten-
» dois avec empreffement les faifons de
» 1767. Elles ne furent pas plutôt ouvertes,
» que je volai à Bourbonne, où je fis les
» mêmes opérations qu'en 1766. Nul ac-
» cident; augmentation de bien-être ; hiver
» plus heureux que les précédens ; quelques
» douleurs à la vérité , mais fupportables :
» je m'apperçus feulement qu'elles paiToient
» d'un côté à l'autre ; ce que j'attribuai à la
» diviiion de la matière en ftafe , mife en
» mouvement par vos eaux & leur fel ad-
» mirable.
» Même voyage , mêmes exercices en
» 1768 & 1769; avantages plus grands,plus
» réels , & plus évidens. Quelques dou-
» leurs légères & momentanées , que j'at-
» tribue feulement à l'inclémence des
v tems ; plus de froid dans les parties tour-
» mentées , plus de groffeur à la hanche;
» la jambe malade libre &c égale à l'au-
»» tre : je fuis droit comme à vingt ans,
»gai, vermeil , gras & bien portant.
» Les mouvemens convulfifs que j'ai
» efïuyés, & qui font bien guéris, ont don-
>» né des fecouffes & des ébranlemens fî
£ violens* à la machine , que je crois que
sur les Eaux deBourbonne. 6*j
*>ce font eux qui ont blanchi ma barbe
» ôc mes cheveux.
» Je fuis encore retourné cette année à
» Bourbonne, où j'ai fait, comme vous fça-
» vez , des exercices plus modérés que les
» années précédentes ; mais c'étoit autant
» par précaution , que pour porter un tri-'
» but de ma reconnoiffance à cette fource
» miraculeufe , à cette véritable pifcine, où
» je fais vœu d'aller tous les ans porter
w mon encens , tant je crains & craindrai
» toute ma vie de me voir dans l'état
» défefpéré& affreux où je me fuis trouvé I
» 6k l'offrir avec une confiance plus fûre
» & plus fervente que celle qui anime
» les Mufulmans dans leurs caravanes de la
» Mecque.
» Voilà un détail bien long ; prenez-
» vous-en à votre complaifance : vous me
» l'avez demandé , je vous le donne ,;
» mais aufîi vrai & nncere qu'il l'eft , que
» ce font les eaux de Bourbonne qui m'ont
» guéri fans le fecours d'autres remèdes z'
» voilà ce que je fçais, ce que j'affirme,
» ce que j'affure , &C ce que je publierai
>> fur les toîts.
» II eft heureux, Monfieur, pour l'huma".
>» nité , de trouver un ami tel que vous s
w mais il eft beau , il eft grand , il eft. con--
» folent, de lui rendre un fervice tel que
f> celui que vous lui rendez. Je vous priç
E
4 Mémoire
» d'en recevoir mon remerciment , êk
» d'être perfuadé qu'en mon particulier , je.
» ne ceflerai d'être , ckc. Signé, HENRI
» l'aîné , avocat en parlement. »>
XXII. Obs. Le nommé Claude Chau-
roux , de Turny en Bourgogne , âgé de
trente-cinq ans , d'un tempérament vif 6c
fanguin, d'une conftitution forte ck ro-
bufte , reiTentit, en 1765 , après avoir paffé
fubitement du chaud au froid , ayant en-
core les pores extrêmement ouverts , une
ftupeur ou engourdiflement aux jambes,
qui, fpontanément , s'étendit aux cuifles,
aux lombes ck fur tous les vifceres du bas-
ventre. Ces parties, de cet état, parlèrent
bien vite à celui d'atonie , d'infenfîbilité &
de fpafme. Celui-ci , après avoir exercé fa
fureur fur les mufcles lombaires 6k abdo-
minaux , courba le tronc de manière que
la poitrine appuyoit prefque fur les ge-.
noux. Les extrémités inférieures fe paraly-
ferent ck s'atrophièrent ; la paralyfie devint
fi confidérable, qu'en le piquant ck pin-
çant rudement , on ne lui excitoit pas la
plus légère fenfation douloureufe. Les muf-
cles de ces parties refterent cependant tou-
jours fi irritables , que, pour peu qu'il s'é-
levât fur {es bras pour prendre une Situa-
tion plus commode lorfqu'il étoit fur une
chaife ou un fauteuil , (es jambes fe reti-
roient fous lui , auffi rapidement que û,
sur les Eaux de Bourbonne. 6ç
elles y euffent été déterminées par un ref-
fort bien conditionné : d'autres fois, ilfem-
bloit que ce même refïort Te détendît pour
les faire allonger avec la même vîteffe
qu'elles avoient été entraînées ; dans l'un
& l'autre cas , il falloit une force majeure
pour les ramener , & leur faire décrire un
angle droit avec les cuifTes. L'eftomac &C
les inteftins étoient fenfïbles', douloureux,
& fouvent en proie aux fougues fpafmo-
diques : le ventre étoit pareffeux , les urines
abondantes & crues. Tel étoit fon état
déplorable, lorfque M. le vicomte de la
Rochefoucauld , dont la bonté du cœur &
h bienfaifance ordinaires pour tous les mal-
heureux font connues, touché de compaf-
fion pour celui-ci, l'envoya aux eaux de
Bourbonne , & l'y entretint pendant fon
féjour. A fon arrivée au mois d'Août 1767,
M. le vicomte me chargea de le diriger
dans leur adminiftration.
Le régime prefcrit , je lui ordonnai les
eaux en boiffon ; il les commença d'abord
par deux gobelets de fix à fept onces cha-
cun , bus à vingt minutes d'intervalle. Elles
furent portées d'un jour à l'autre , grada-*
tint, & avec les mêmes précautions , jus-
qu'au nombre de huit. Il les but dix jours
confécutifs, pendant lefquels il fut purgé
deux fois , fçavoir le quatrième & le neu-
vième de leur ufage. Les autres jours, les
Éij
66 Mémoire
«aux purgeoient & pouflbient par les urî-
nes. Le douzième , il parla aux bains , & fe
baignoit deux fois par jour, une heure cha-
que fois , depuis vingt-neuf jufqu'à trente
degrés, félon le thermomètre de Réau-
mur. Les bains furent auffi continués dix
jours, après lefquels il fut encore purgé.
Il prit enfuite dix douches de vingt à vingt-
cinq minutes chacune, précédées ôtfuivies
d'une demi-heure de bain. Durant les bains
ck les douches, il buvoit alternativement
tous les matins, deux & trois gobelets d'eau
minérale , pour entretenir la liberté ordi-
naire du ventre.
Pendant le tems des bains de cette pre-
mière faifon , fes mouvemens convulfifs fe
réveillèrent fi fort , que leurs fecoufles éle-
voient fes jambes , lorfcju'il étoit dans l'eau,
au-defïus de fa baignoire. On ne pouvoit
les tenir afîujetties au fond , qu'en les y
maintenant avec force.Tandis qu'un homme
vigoureux étoit employé à cette fonction ,
un autre le foutenoit par les bras contre le
doffier , pour que le tronc ne fe pliât pas
fur les genoux.
Après un mois de repos , il fit une fé-
conde faifon femblable à celle-ci , & deux
autres, en 1768, un peu plus longues, -qui
l'ont entièrement délivré de tous Ces maux.
Sa guérifon m'eft conftatée par une lettre
qu'il m'a écrite le 1 8 Septembre dernier, de
sur les Eaux de Bourbomne. 67
laquelle je joins ici copie , en en confer-
vant tout le ftyle & les expreffions.
Monsieur,
» C'eft avec refpeft poflible que votre
» ferviteur a aujourd'hui l'honneur de vous
i> faluer , èk auffi de vous écrire ces lignes,
» pour vous déclarer letems de mon eftro-
» piement. Sçavoir au commencement , j'ai
» évus beaucoup chaud , &C enfuite j'ai été
w bien raferdit ; c'eft ce qui a caufé mon
» malheur. J'ai été pendant deux ans bien
» en peine : cela m'a pris dans les jambes,
» par-à-près aux cuhTes , dans le ventre ,
» à l'eftomac ; j'étois tout courbé, & puis
» me fallit refter tout-à-fait. J'ai été pen-
» dant deux ans qu'on étoit obligé de me
» porter par-tout.
» Depuis la ceinture à la vallée , je n'a-
» vois aucun fentiment ; on m'auroit percé
» jufqu'au fang , fans que j'eus fenti brin
» de mal : mes jambes étoient roides
» comme des barres de fer. Y falloit deux
» hommes pour me les allonger , tout de
» fuite elles fe recorbeint fous moi , fans
» que je le fente ; d'autres fois elles fe re-
» dreuflbient incontinent , & me faifeint
» cheoix de mai chaife. On me mena à
» Bourbonne pour prendre les eaux ; tout
» droit le lendemain, je lésai bu , & puis,
» après dix jours que je les ai bu , &; deux
Eiij
68 Mémoire
» médecennes , j'ai été dans le baîn ; on .
» m'i a porté foixante-dix fois, & foixante
» fois que j'i ai été avec mes croffes. Les
» premières fois qu'on m'a mis dans les
» iaux , mes jambes reïïbrteint toujours ,
» mais après je me fuis trouvé foulage ,
» peu-à-peu , & cela , en fuivant les bons
» confeils de mon chirurgien , finon que
» j'ai toujours tâché à boire de l'iau de
» plus qu'il m'étoit ordonné.
» Après mes deux campagnes de Bour-
» bonne , je me fuis trouvé foulage tou-
» jours de mieux en mieux , mais de la der-
» niere plus que de la première. Après
» qu'on ma ramené la dernière fois des
» iaux , j'ai été vingt mois à finir à guérir ;
» mais çà revenoit toujours petit à petit, &
» perfentement je fuis bien guéri, grâce à
» Dieu, Tout le monde bien atone dans
» mon pays , après m'avoir vu à la dernière
» des miferes& compaflîon, d'un eftropie-
» ment pareil , qui a duré quatre ans deux
» mois. Mais jai évus du bonheur de me
» trouver dans vos mains. Je finis avec
» b:en de l'honneur &. du plaifir, 6k fuis, &c.
» Signé, Claude Cha.ur.oux, que vous
» avez guéri & mis en grande joie. »
Turny, le iS Septembre I77O.
XXIII. Obs. M. Bertrand , négociant à
Troyes , âgé de quarante à quarante- cinq
sur les Eaux de Bourbonne. 69
^ns , d'un tempérament biliofofanguin ,
fort & robufte , reffentit pendant quelques
tems une légère douleur de tête , qui de-
vint tout d'un coup fi violente , qu'elle
fut auffi-tôt fuivie de perte de connoif-
fance & d'hémiplégie au côté droit ; le
côté gauche devint auiîi plus foible. Tout
fut employé dans ce premier inftant fans
beaucoup de fuccès ; ce qui détermina fon
confeil à l'envoyer à Bourbonne, où il
arriva fur la fin du mois de Septembre
1762.
Sa fituation alors étoit telle , que fon
bras & fa jambe paralytiques n'avoient que
quelques mouvemens imparfaits ; le côté
oppofé étoit auffi affoibli : enforte qu'il ne
pouvoit marcher qu'en chancelant , élever
les bras qu'en tremblotant ; & quand, par
hafard & machinalement, il lui arrivoit de
prendre du tabac , au lieu de le porter à
fon nez , il le portoit à fa bouche. Il ne
pouvoit fupporter la lumière fans trouble;
l'axe de la vue étoit inégal , une des deux
prunelles montoit , 6k l'autre defcendoit ;
les objets paroifibient confus & doubles ;
enfin les deux paupières fupérieures étoient
quelquefois tout- à -fait affauTées fur le
globe des yeux : c'étoit bien un ftrabifme
d'inégale hauteur compliqué. Les lèvres
étoient de tems en tems en fpafme, & toutes
Éiv
70 Mémoire
les facultés de l'ame absolument déran-
gées (a).
Quelques jours après fon arrivée, fa tête
s'embarrafTa à un tel point , qu'on craignit
pour fa vie. Une faignée du pied que je
lui fis , le remit dans le même état où il
étoit les jours précédens. Lorfque j'arrivai
pour la lui faire , il fe plaignit amèrement
à moi de ce que fes domeftiques avoient ,
fuivant lui , laifTé des cailloux dans fon lit.
11 me dit encore, pendant l'erTuflon du fang,
en me regardant avec des yeux hagards,qu'il
lui fortoit une petite bougie de la jambe.
Cinq femaines d'ufage de nos eaux en
boiffon , bains , douches , & de quelques
minoratifs , l'ont entièrement délivré de
cette affreufe fituation , mis en état de fer-
vir lui-même tous les convives dans un
repas qu'il donna avant fon départ.
L'année fuivante, étant à la fuite des af-
faires de fon commerce , il reparla encore
à Bourbonne, au mois de Juin, pour y
faire une petite faifon , & y alla voir, pen-
dant fon féjour , tous les étrangers qui y
(a) M. Pomme, page 34 de fon Traité , Ier
vol. quatrième édition, obferve que les parlions
de l'ame , le dérangement de l'efprit , ( effet or-
dinaire de l'hypocondriacie y ) l'entretiennent , &
la rendent quelquefois très-difficile à guérir.
sur les Eaux de Bourbonne. ji
étoient, pour leur faire part de Ta guériion.
Depuis ce tems , j'ai eu l'honneur de le voir
plusieurs fois , notamment cette année ,
jouiffant de la fanté la plus parfaite.
Si la privation ou la diminution des fens
ck des mouvemens volontaires font le ca-
ractère diftinctif de l'apoplexie , (es diffé-
rentes caufes ne fe présentent pas toujours
d'une manière allez évidente , pour recon-
noitre 11 elle eft idiopatique ou fymptoma-
tique; en conféquence , il peut arriver plus
d'une méprife dans de certaines affections
qui ne lui reffemblent que par quelques ef-
fets; mais ce n'en fera jamais une, ni un
aveuglementjComme le prétend M. Pomme,
d'envoyer aux eaux thermales ces mala-
des , qui , loin d'être les victimes de leur
ufage , n'en éprouveront , fous une direc-
tion éclairée , que de falutaires 6k non de
Funeftes effets , ainfi que je le prouve par
ces obfervations , les précédentes 6k les
fubféquentes.
XXIV. Obs. Dom Surmain, prieur des
Chartreux de Dijon , âgé de cinquante
ans , d'un tempérament fanguin , d'une
constitution robufte , quoique d'un carac-
tère gai , homme d'efprit 6k méditatif ,
remplilTant avec fécurité toutes les régies
ck les devoirs de fon état , fut attaqué, fur
la fin de 1762, d'une pefanteur & douleur
de tête, pour laquelle on lui fit prendre inu«
7i Mémoire
tilement différens remèdes. Cette douleur^
augmentant infenfiblement & par degrés ,
le termina enfin par un évanouifîfement fpaf-
modique , qui fut fuivi d'une paralyfîe
prefque univerfelle. Les extrémités tant
fupérieures qu'inférieures étoient fl foibles ,
qu'il falloit qu'on le fervît, l'habillât, dés-
habillât : il ne pouvoit marcher qu'en
tremblant ôk à l'aide d'un bon bras ; fa
mémoire étoit affaiblie. Les yeux n'étoient
plus fymétriquement parallèles entr'eux ,
non plus que leurs axes vifuels, qui, par
leur convergence , s'inclinoient l'un vers
l'autre , 6k lui faifoit voir , au-delà de leur
croifement , les objets doubles ck très-
confus.
Tous ces accidens réunis déterminèrent
fon confeil à l'envoyer à nos eaux les der-
niers jours de Mai 1763. A fon arrivée, il
fut trouvé dans le même état que celui ci-
deffus détaillé. Il fe plaignoit toujours de
la douleur 6k de fon embarras à la tête;
en conféquence, on lui propofa une faignée
au pied ; il la rejeta d'abord avec une ef-
pece d'horreur , à caufe de la crainte qu'on
îuiavoit infpirée pour cette opération ; mais
l'augmentation de fa douleur 6k de fon em-
barras le fit céder , 6k confentir à ce qu'on
la lui pratiquât. Le foulagement qu'elle lui
procura , le convainquit bientôt de fa né-
ceflité 6k de fon erreur.
sur les Eaux de Bourbonne. 75
Il paffa enfuite à la boiffon des eaux, qui
furent bues, pendant quinze jours, depuis
une livre jufqu'à trois; elles purgeoient 6k
paffoient par les urines : cependant, de huit
en huit jours , on fecondoit leur effet par
un minoratif. Les bains 6k les douches
d'un degré de chaleur modéré , fuccéde-
rent à ces premiers exercices , 6k furent
continués pendant douze jours , en les pré-
cédant, tous les matins , de deux gobelets
d'eau minérale. Après ce tems , il recom-
mença encore la boiffon pendant huit au-
tres jours , 6k fe repofa.
Une féconde faifon répétée un mois après
celle-ci , 6k une troisième l'année fuivante,
l'ont rendu à fa maifon , 6k mis en état
de reprendre les fonctions de fon miniftere,
qu'il n'a pas difcontinuées depuis.
XXV. Obs. Il femble , fur l'idée que
donne M. Pomme des eaux thermales,
que la paralyfie de caufe féche 6k chaude,
ne pourroit être foumife , dans fon traite-
ment , à leur fougue , attendu que leurs
parties falin es 6k autres, heurtant déprime
à bord , félon lui , les folides de notre
corps , effaroucheroient les efprits , porte-
roient le trouble 6k la confufion dans la
difîribution des liqueurs , détruiroient l'har-
monie , & cet équilibre fi néceffaire pour
l'entretien 6k la confervation de chaque
individu. On verra , par les exemples fui-
74 Mémoire
vans j que cette fuppofition n'eft que gra3.
tuite & inconféquente.
M. l'abbé de Blanchelande , de Chau-
mont en Baffigny , âgé de vingt à vingt-
un ans , d'un tempérament fanguin, d'une
constitution rrès-robufte,eut, à la fuite d'une
lièvre putride inflammatoire, qui céda aux
évacuans de toutes efpeces , une hémiplé-
gie parfaite & des mieux caractérifées de
tout le côté droit. L'engorgement des vaif-
féaux du cerveau , l'inflammation de fes
membranes propres & communes, avoient
fî fort maltraité ce vifcère , qu'il arriva à
Bourbonne, malgré une longue convalef-
cence, dans l'état le plus trifte & le plus
déplorable. Il fembloit , dans cet inftant ,
plutôt tenir de l'automate que de l'homme
raifonnable. La parole perdue, la mémoire
abfolument en défaut, même pour les cho-
fes les plus Amples & qu'il avoit le mieux
fçues, comme les prières, lire , écrire, ckc.
étoient, avec la contorflon de la bouche ,
l'œil éraillé , & l'obftruction de l'oreille ,
les lignes caractéristiques & les trilles
compagnons de fon voyage.
Deux faifons qu'il fit en 1755? où les
eaux furent employées , avec bien du mé-
nagement, en boiflbn , bains, douches,
fomentations , gargarifmes , injections , dé-
lièrent un peu la langue , réveillèrent les
facultés intellectuelles , le mouvement
sur les Eaux de Bourbonne. 75
mufculaire du bras , & prefque en entier
celui de la jambe. La répétition de ces mê-
mes exercices en 1756 & 1757, lui ont
rendu tous fes fens , fa gaieté, Ton en-
jouement & fa première vigueur.
XXVI. Obs. Le prince Charles- Augufte
des à l'âge de feize ans , conva-
lescent d'une fièvre maligne cérébrale, ac-
compagnée de tranfport , de jectigation
dans les artères & les tendons , de mou-
vemens convulfifs univerfels , arriva aux
eaux, en 176 1 , pour une paralyfie con-
fécutive des extrémités inférieures , telle
qu'il ne pouvoit fe foutenir fur {es jambes
chancelantes & écartées. Il les employa
intérieurement & extérieurement, & les
quitta cette faifon , pouvant fe foutenir &
marcher feul. Il y revint l'année fuivante ,
5c fa paralyfie fut emportée radicalement.
Pour conferver une tête fi chère , M.
Pomme auroit préféré , fans doute , l'eau
du Pactole Séquanois.
XXVII. Obs. Mad. lamarquifedeC....:
de la province de Champagne , âgée de
dix-fept ans , vive , d'une conftitution dé-
licate, fut envoyée à Bourbonne, en 1757,
pour une fièvre lente , accompagnée d'ob£
iruc"î.ions au foie , à la rate , au pancréas &
au méfentère ; de vomhTemens habituels
.& continuels de tous les alimens quel-
76 Mémoire
conques , de coliques ck de mouvemens
fpafmodiques.
Sa famille, à qui elle étoit devenue très-
chère , tant par les qualités du cœur que
de l'efprir , avoit confulté par-tout , & n'a-
voit rien négligé pour la tirer de l'état
défefpéré où elle étoit réduite. Fondans ,
delayans, apéritifs de toutes efpeces,échoue-
rent. La feule reiîburce qui lui reftoit, après
les confeils & les avis des grands maîtres,
étoit les eaux thermales ou minérales; on
lui ordonnoit Barèges, Vais, Spa , Forges
ou Plombières ; mais fon médecin ordi-
naire, qui connoifToit celles de Bourbonne,
décida pour elles. Mad. les but d'abord une
année entière, en mêlant, pendant leur
ufage , des intervalles de quinze , vingt
jours, un mois , &, de tems en tems, un
jour intermédiaire entre chacun de ceux de
Wrfibn. Cette pratique, foutenuedu régime
le plus févère , que fa fituation rendoit in-
difpenfable, ck aidée de quelques minora-
tifs , les eaux étant prifes à petites dofes,
n'apporta , cette première année & la fé-
conde , que très-peu de changement à ics
maux. Malgré ce peu de fuccès , elle les
continua néanmoins d'année en année ,
avec un courage Se une confiance peu com-
munes, jufqu'en 1766. La fermeté de fa ré-
folution l'a fait triompher de fon ennemi >
sur les Eaux de Bourbonne. 77
& mis dans le cas de faire la félicité d'un
époux qui aujourd'hui la chérit & l'adore.
Voici ce que cette dame me fait l'honneur
de m'écrire,en date du 27 Novembre 1770.
» Vous fçavez, Monsieur, que je ne
» dois mon rétabliffement qu'à ma conf-
»» tance. J'ai fait des féjours longs à Bour-
» bonne , qui auroient rebuté ceux qui au-
» roient eu les plus légères efpérances pour
» d'autres remèdes ; mais il n'en exiftoit
» aucun pour moi , de l'aveu de M. de
» Valdruche, & de plufieurs médecins de
» Paris que j'avois confultés , que les eaux :
» ils me confeilloient, après avoir bien exa-
» miné mon état , celles de Barèges, Vais,
» Spa , Forges & Plombières. J'ai ufé de
» ces dernières pendant flx femaines , fans
» en avoir retiré le moindre avantage, au
» contraire.
» M. de Valdruche, qui m'a toujours vue,
m & en qui j'ai la plus grande confiance ,
» a toujours perfide pour vos eaux. Je les
» ai prifes comme vous fçavez, Monfîeur ,
» pendant dix ans de fuite. Les quatre pre»
» mieres années , elles m'ont tiré de l'état
» cruel & défefpéré où j'étois réduite, ont
» fait cefler une fièvre lente qui ne me quit-
» toit pas , ainfi qu'un vomifTement géné-
» rai pour tous les alimens folides & liqui-
m des , accompagné de colique d'eftomac
V & inteftinale , qui faifoit craindre pout
7$ Mémoire
» mes jours ; d'obftruclions confidérables
»> & invétérées qui avoient réfifté à tous
» les fondans les plus puiffans & les plus
» multipliés.
» Voilà , Monfîeur , ce que les eaux de
» Bourbonne, avec beaucoup d'autres acci-
» dens qui fe joignoient à ma trifte iitua-
» tion , ont détruit, de manière à ne m'in-
» commoder que très-légèrement, jouifTant
» aujourd'hui d'une aufli bonne fanté qu'il
» foit poffible de l'efpérer après un état
» aufll critique que celui que je viens d'ex-
il pofer. »
Souvent les malades qui viennent aux
eaux , fe perfuadent qu'en quinze jours ,
trois femaines , ou un mois tout au plus de
leur ufage , ils doivent être foulages ou
guéris ; iinon , que les eaux ne leur font
rien, & ne leur conviennent pas. Y a-t-il
de la juftice de vouloir exiger que des eaux,
quelqu'efficaces & énergiques qu'elles
foient, puiffent opérer , fur-tout dans des
maladies chroniques & rebelles , ce que les
moyens les plus communs , les remèdes les
mieux indiqués &C les mieux adnvniftrés ,
n'ont pu opérer pendant bien- des années?
Il eft vrai que l'envie de guérir, qui ne con-
noit point de bornes , lorfqu'elles ne répon-
dent pas à nos defirs , fouvent impatiente ,
décourage le malade & le médecin , & fait
jeter le manche après la çoignée. Auflï
pliujeujs
sur les Eaux de Boureonne. 79
plufieurs d'entr'eux fe font- ils vus les victi-
mes de leur inconftance &' de leur légè-
reté ; mais du moins que la perfévérance
de la malade qui fait le fujet de cette ob-
fervation , ferve d'exemple k ceux qui mal-
heureufement fe trouvent dans le cas d'a-
voir recours à quelques moyens curati fs.
XXVIII. Obs. Mad. de L.V. de S. M;
religieufe à la Pitié de Joinviîle , âgée de
vingt-cinq à vîngt-fix ans, d'un tempéra-
ment fanguin , ayant l'efprit vif & péné-
trant , étoit affectée depuis plufîeurs années
d'une pefanteur de tête qui, de tems erç
tems, devenoit fl douloureûfé '& fl vive ,
qu'il fembloit qu'on la lui perçât. Elle étoit
en outre fujette à des frayeurs, des terreurs
paniques, des trémoufTemens pour les plus
petites chofes imprévues. Son caraétere, na-
turellement gai dans les momens de calme
& de tranquillité, montroit, dans ceux de
fouffrance , par la triftefle & la mélancolie
qui s'emparoit de fon ame , deux perfon-
nes différentes & oppofées. Elle éprouvoit
encore fréquemment des anxiétés, des nau-
fées , un vomifTement pour toutes fortes
d'alimens, des douleurs d'eftomac , d'en-
trailles , une fur-tout dans l'hypocondre
droit , qui , en imitant un mouvement d*on«
dulation , la tourmentoit prefque fans re-
lâche. Les moyens connus étant devenus
içfru&ueux, on l'envoya aux eaux de Bout»
F
Sô Mémoire
bonne, au mois de Mai 1759. Six faifons
qu'elle y fit, pendant trois années qu'elle y
refta , employées particulièrement en boif-
fon , avec des,. bains d'un degré de chaleur
modéré , le régime & les précautions or-
dinaires, lui ont fait oublier, fuivant qu'elle
me fait l'honneur de me le marquer, juf-
qu'au fouvenir de fes maux.
» Il eft vrai , Monfieur , que je fuis en-
» tiéremerit guérie de tous mes maux ;
>> mais fi bien guérie , que j'ai oublié juf-
« qu'à la moindre circonstance de ceux
» que j'ai foufferts , & fuis vraiment un
» miracle de vos eaux. Çecreft auffi réel
» & fincere que les fentimens, Ô£c. Signé,
» de L. . . de S. M. »
■
Joinvllle , le i y Novembre 1770.
XXIX. Obs. 'Mile Folley, de JulTey en
Franche Comté, âgée de vingt-huitans,d'un
tempérament bilieux, naturellement vive ck
gâi?,après avoir efîuyé le chagrin le plus cui-
fant.Sciv plus amer, par la perte d'un pera
& d'une mère qu'elle chérifïoit , tomba in-
fenfiblement dans une langueur extrême.
Cet état fut bientôt fuivi de la perte des
régies , d'embarras au foie, de dégoût, de
naufées , de vomirTement, & d'une très-
grande maigreur. Son teint devint verdâtre '9
elle avoit le pouls lent & petit , àes palpita-
tions,de l'oppreflion, de la pefanteur à la tête
sur les Eaux de Bourbonne. St
& des éblouhTemens. Vers le foir , on re-
marquoit un petit mouvement fébrile , &
par intervalle quelques légers mouvemens
ïpafmodiques. Tous ces accidens , contre
lefquels ni les confeils , ni l'exercice , ni
les refïburces de l'art, ni l'attention des pa-
rens &amis, ne purent rien, ne lui laif-
foient que des idées triftes & lugubres, ÔC
fembloient lui montrer à chaque inftant le
tombeau ouvert fous fes pas. Dans cette
afFreufe perplexité , on lui confeilîa les
eaux de Bourbonne , comme dernier
moyen. Elle y arriva dans le milieu du
mois de Mai 1758, mais fans aucune efpé-
rance , &£ n'étant difpofée à les prendre
tout au plus qu'une quinzaine.
Confiée à mes foins, je fis de mon mieux:
pour la raffurer , & lui obfervai qu'à Ton
âge il y avoit beaucoup de reffource &c
d'efpérance ; mais que , pour tirer du fruit
des eaux , il falloit qu'elle fe déterminât à
y parler au moins quatre mois ; ce à quoi
elle confentit.
Après lui avoir prefcritle régime, qu'il ne
lui étoit pas difficile d'obferver à caufe de
fon dégoût, je la mis à l'ufage des eaux
en boiflbn, que je commençai d'abord par
deux gobelets de fîx onces chacun , fervis
d'un degré de chaleur tel qu'elle n'en fen-
tît prefque pas l'impreffion fur la lan-
gue ni le palais , ck à une demi-heure
F i j
8i Mémoire
d'intervalle. Après quatre jours , je lui
en ordonnai un troifieme , 6c au bout de
iîx, un quatrième. Elle les continua ainfi,
ôc avec les mêmes précautions , pendant
vingt-deux jours confécutifs ; après lequel
tems, je ne les lui fis plus prendre que de
deux jours l'un , pendant dix-huit autres
jours. Cette faifon finie , je la fis repofer un
mors , à la fin duquel elle en recommença
une autre femblable à celle-ci , qu'elle fit
avec la même exactitude. Dans le cours de
fes exercices , je lui faifois fondre , de dix
en dix jours, deux onces de manne dans fon
premier gobelet ; 6c elle prenoit les autres
par-deiTus , pour lui tenir lieu de bouillon
ou de tout autre lavage : cette méthode la
purgeoit bien 6c doucement.
Les premiers vingt-deux jours employés,
les vomiiTemens diminuèrent , l'appétit fe
réveilla ; je lui ordonnai alors de prendre,
deux heures après fon dernier gobelet, une
petite croûte de pain, 6c un demi-verre de
bon vin , au lieu de bouillon , qui eft tou-
jours un lavage déplacé après les eaux, de
même que le café 6c le chocolat. Le mois
fini , les vomiiTemens celTerent , 6c au bout
des fix femaines les régies parurent.
Dans l'intervalle de fes deux faifons, fes
idées affligeantes firent place à la gaieté 6c à
l'enjouement : l'appétit augmenta , les for-
ces fe rétablirent ; 6c elle partagea alors
sur les Eaux de Bourbonne. 83
avec fatisfa&ion les^ pîaifirs qu'ofTroient de
tems en tems les étrangers qui étoient aux
eaux.
La féconde faifon enleva totalement l'en-
gorgement du foie , rétablit parfaitement
le flux périodique , l'appétit, le teint &ïes
forces, & lui rendit fa première fanté.
En reconnohTance de fa guérifon, elle
voulut bien, deux mois après, accepter ma
main ; & dès-lors cette fanté , qui m'eft
devenue chère par la qualité d'époufe aima-
ble & de mère tendre , s'eft toujours fî
bien foutenue , qu'elle n'a ceffé de faire
mon bonheur & ma félicité.
XXX. OBS. M11* Martinot, de Bar-fur-
Seine, âgée de dix-neuf ans , d'un tempé-
rament phlegmatique , parfois mélancoli-
que, ayant joui de la meilleure fanté jus-
qu'à l'âge de feize ans , fut faifie, en quê-
tant à l'églife,d'un engourdiflement doulou-
reux au bras gauche , que l'on regarda d'a-
bord comme une affe&ion rhumatifante.
On lui ordonna en conféquence des fric-
tions &c quelques purgatifs , qui n'appor-
tèrent pas le plus petit foulagement à fon
état. Bientôt le bras & l'avant-bras s'en-
gorgèrent , devinrent œdémateux &. tranf-
parens ; l'épanchement & l'infiltration du tiffu
cellulaire , fut portée à un| fi haut point ,
que la peau du bras s'ouvrit d'elle-même,
à fa partie fupérieure & antérieure, de la
Fiij
$4 Mémoire
longueur au moins de deux pouces ', Se
aufïî net que fi l'on eût pratiqué l'ouver-
ture avec le meilleur biftouri ; l'épiderme
quittoit, fur les bords de la plaie , le corps
de la peau. Cette ouverture ne fit point
diminuer le bras , quoiqu'elle rendît, pen-
dant plnfieurs jours, beaucoup de férofité :
elle fe guérit enfin , & laifTa une cicatrice
groiTe ck Taillante.
A cet accident, fe joignit la bouffifîure
du vifage, fa pâleur, ainfi que celle de toute
l'habitude du corps , de la lenteur èk de la
nonchalance ; du dégoût, de la palpitation,
de l'oppreffion , des terreurs paniques , ck
de tems en tems une petite toux aigre. Les
règles ceflerent de couler , ou, fi elles cou-
loient quelquefois , ce n'étoit que pour
un inftant ck en très- petite quantité, ck ne
donnoient qu'une teinte fort légère. Lorf-
qu'el!es paroifîoient ou vouloient paroître,
elle eprouvoit des fpafmes univerfels , &
parfois des fufFocations qui n'étoient pas
à la vérité de longue durée. Son eftomac
ck tout le tube inteftinal devinrent réfrac-
taires ck inacceffibles à tous les purgatifs.
Elle'en ufoit néanmoins quelquefois, mais
fans effet 6k fans irritation , les digérant
comme les alimens. Les apéritifs, les diu-
rétiques , les martiaux , les cataplafmes ck
fomentation., réfolutives , n'ayant pas eu
de meilleur fuccès , on l'envoya à Bour-
sur les Eaux de Bourbonne. 8$
tonne dans le courant de Mai ijjj. On
lui fit ufer , félon les régies , des eaux en
boiiïbn pendant quatre mois ; elles pafloient
très-bien par les urines. Quelques tems
après fon arrivée, je lui pratiquai, à caufe
de l'enfmre de fon bras, qui étoit énorme,
deux cautères aux jambes , Ô£ deux fêtons
à l'avant-bras malade, fitués à fa partie in-
férieure, interne ck externe. Ces moyens
réunis aux eaux , ont , en rendant l'eftb-
mac ck les inteftins dociles aux remèdes,
réufîi à fouhait , ck pleinement triomphé
de la maladie.
XXXI. Obs. La veuve Ravier, de Bour-
bonne, âgée de foixante-dix ans, fut atta-
quée , fur la fin de 1759 , d'une douleur
d'eftomac fi vive , qu'en fort peu de tems
elle fe vit dans l'état le plus trille. Ce vif-
cere ne faifant plus aucunes fonctions , re-
jetant les alimens tant folides que liquides,
entraîna bientôt la perte des forces , ck jeta
la malade dans l'épuifement : vive ck d'un
tempérament robufte, à peine pouvoit-elle
fe foutenir. La peau ibérique Ôk fa grande
maigreur ne pféfentoient plus qu'une figure
cadavéreufe ck un fquelette vivant.
L'ufage qu'elle a fait des eaux en boif-
fon ck à petite dofe , une partie de l'été
dernier ck à différentes reprifés, ont fi bien
réulfi , qu'aujourd'hui elle a repris le train
ordinaire de les occupations.'
Fiv
86 Mémoire
XXXII. Obs. Jérôme Durand, labou-
reur à Bourbonne , âgé de feize ans, étoit
tourmenté, depuis dix-huit mois, d'un vo-
miflement continuel pour tous les alimens.
Sa violence & fa durée l'avoit jette dans
un état d'étifie à faire peur. Les yeux en-
foncés, les pommettes Taillantes, le nez af-
filé, les tempes creufées, n'offroient plus
qu'une figure hideufe. Une douleur pério-
dique , qui le prenoit trois ou quatre fois
par jour, lui gonfloit l'eftomac comme un
ballon, en lui faifant décrire au- dehors une
tumeur faillante , circonfcrite & rénitente.
Dans ces inftans , il ne pouvoit foutenir le
mouvement de la voiture , ni celui du che-
val, fans beaucoup foufïrir, Ô£ courir rif-
que de fe trouver mal. Par-tout où cela le
prenoit, ne pouvant fe tenir de bout, il
iâlloit qu'il fe couchât jufqu'à ce que cela
fût paffé. A tous ces accidens, fe joignoient
encore des douleurs de tête , une refpira-
tion difficile & laborieufe , une confti-
pation opiniâtre , Se de fréquens borbo-
rygmes.
Cette fituation, que l'on regardoit comme
dépendante d'un effort, (caufeà laquelle
le peuple attribue volontiers une partie de
fes maux , ) lui fit ufer de quantité de re-
mèdes de bonnes femmes , même recourir
à une charlniane des Vofges , qui confulte
fur l'infpection des urines , & qui paffç
sur les Eaux de Bourbon ne. %j
parmi ces fortes de gens, (comme beau-
coup d'autres uromantiens , fléau d'autant
plus dangereux & redoutable , qu'il dé-
peuple plus fourdement,) pour avoir le ta-
lent des Sibylles , qui lui en ordonna aufli
de différentes efpeces, mais aulîi infructueu-
sement.
Les eaux qu'il but en 1758 , avec les
mômes précautions que la veuve Ravier ,
pendant fix femaines confécutives, produi-
sent un fi bon etfet , qu'elles ont rendu
un citoyen & un père à l'état.
Quelquefois il a eiTayé , pendant leur
ufage , de vouloir les porter à quatre go-
belets , mais ce n'a jamais été fans s^n re-
pentir.
Un ami & M. Groflevin, deSerqueux,
village à une demi-lieue de Bourbonne ,
chirurgien connu par fes talens Se fa pro-
bité , m'ont offert généreufement matière
à obfervations : celle-ci , comme d'autres
de mon premier Mémoire , & plusieurs de
celles qui vont fuivre , font tirées fidèle-
ment de leurs cahiers.
XXXIII. Obs. Le fieurRoyer, négo-
ciant à Serqueux , âgé de quarante-fix ans,
d'un tempérament fort & vigoureux , d'un
caraftere gai, eut, au commencement de
Novembre 1765, un dégoût général pour
tous les alimens gras ; il ne défiroit alors
que des crudités , du fromage falé , ôtc. 6c
88 Mémoire
n'en prenoit qu'en très-petite quantité. Il
étoit fans fièvre , fans douleurs , & avoit
le fommeil aflez tranquille. Ayant paffé un
mois dans cet état , il devint trifte, rêveur,
inquiet ; tomba dans la mélancolie, l'amai-
grilTement , avec proftration de forces , &
un vomiflement qui arrivoit confhmment
& régulièrement une heure après avoir
mangé , mêlé de bile poracée , & il en
rendoit , tous les matins en fe levant , de
même nature. Aucuns fignes précurfeurs
n'annonçoient ce dernier accident, qui fur-
venoit tout- à-coup , & fe faifoit fans ef-
fort ; la langue belle , la bouche bonne ,
point d'altération, point de devoiement ,
rien enfin qui annonçât de la fabure dans
les premiers voies.
Cette fituation inquiétante, qui arrachoit
un père induftrieux & laborieux aux foins
de (es affaires & de fa famille , lui fit rom-
pre le filence ck demander du fecours. Il
s'adrefla à M. Groflevin , fon beau-frere ,
qui lui fit prendre , à deux différentes fois ,
l'ipécacuanha , qui évacua beaucoup de
bile. 11 employa enfuite les ftomachiques
& les carminatifs fous toutes les formes ,
combinés avec les délayans , pendant deux
mois , fans aucuns fuccès.
Voyant que la maladie ne diminuoit
point, & ccnnoiffant les eaux de Bour-
bonne, il les fubftitua à tous les remèdes 7
sur les Eaux de Bourbonne. 89
les lui preferivit dans le courant de Fé-
vrier , & les fit boire pendant quinze
jours. Au bout de huit , les vomuTemens
diminuèrent , de même que le dégoût pour
le bouillon.
Huit jours de boiflon au mois d'Avril ,
les diminuèrent encore davantage ; trois
femaines au mois de Mai , les éloignèrent
de manière qu'ils ne reparoifïbient plus
que tous les huit ou dix jours , & rappel-
lerent Ton appétit, à-peu-près comme avant
fa maladie.
Deux petites faifons , de chacune huit
jours en Septembre , ont achevé fa parfaite
guérifon , & lui ont rendu une très-bonne
fanté, de laquelle il n'a ceffé de jouir de-
puis ce tems.
XXXIV. Obs. Mad. de la Rue, d'El-
beuf en Normandie, mère tendre, perd
un enfant élevé avec foin par elle-même :
elle l'apprend, Tes entrailles en frémifTent;
à l'inftant fatal, un accès vaporeux s'empare
de toute fon ame , fes efprits font aliénés,
tout fentiment & tout mouvement font
fufpendus pendant douze à quinze heures ;
le côté gauche devient hémiplégique: cet
état eft l'avant-cour&ur de couches pro-
chaines, où, au fécond jour, la mort, dans
le même appartement , fe montre pour lui
ravir un autre enfant qui lui tenoit lieu
de confolation : malgré elle , 6t pour lui
ç© Mémoire
épargner l'horreur d'un nouveau fpe&acle
dont on redoutoit les fuites , on féqueftra
l'enfant ; les lochies fe dérangèrent , l'en-
fant réchappe, la mère ne devient point
convalefcente.
Il fe fit une éruption générale de petit»
boutons blancs , gros comme des têtes d'é-
pingles , qui dura plus de trois mois ; il fe
joignit un dégoût infurmontable pour le
bouillon &: la bohTon : tout le bas-ventre
s'embarrafîa ; l'eftomac ne gardoit rien ,
elle vomiffoit tout ; elle arriva au plus haut
degré d'étifie. Au bout de fix mois elle alla
à Paris , n'ayant que le fouffle , la peau
étendue fur les os , aréneufe , & de l'ce*
dème aux jambes : plufieurs médecins en
défefpérerent , & ne tinrent compte de fe
charger du traitement.
Elle relia conftamment entre les mains
de M. Boyer, qui prefcrivit heureufement
l'ufage du falep à l'eau, qui n'étoit pas vomi ;
la foif étoit inextinguible, & d'autant plus
embarraflante , que le liquide ne fe digé-
roit pas mieux que le folide.
Les eaux de Vichi & celles de PafTy fu-
rent employées en boifïon ordinaire : d'a-
bord elles fe donnèrent par cuiller à ca-
fé, & au bout de fix femaines on parvint.
à en faire pafTer deux onces à la fois ou:
environ ; rien n'avançoit. Au bout de trois
mois, le voyage de Bourbonne fut réfolu*
sur les Eaux de Bourbonne.* 9*
Mad. de la Rue y arriva en 176 1 , on fer-
vit les eaux le matin , & celles de Buflfang
à midi , pour tenir lieu de celles de Vichi
& de Pauy : pendant plus de deux mois ,
celles de Bourbonne furent bues depuis
deux onces jufqu'à feize. Les pédiluves ,
les bains entiers , les purgatifs doux, rares,
les laxatifs oloëtiques indifpenfables , qui
réufliffoient mieux que les autres évacuans,
ne furent point négligés.
L'affecYion hémiplégique n'étoit pas dif-
(îpée ; ce n'étoit cependant pas elle qui
émpêchoitle mouvement progreflif, non
plus que la foibleffe extrême de la malade :
l'eftomac, le tube inteftinal, érétifés, météo-
rifés fi douloureufement , qu'on ne pouvoit
toucher le ventre du bout du doigt , dont
elle craignoit jufqu'à l'approche , ne lui
permettaient pas d'attacher une jupe ; & ,
en marchant à l'aide de domeftiques , cha-
que pas étoit une douleur vive abdomi-
nale : le poids des couvertures étoit, malgré
les précautions , dur , incommode ; le
borborygme le plus importun fe mettoit
fouvent de la partie.
Les mouvemens fpafmodiques des mus-
cles intercoftaux , du cœur, jouoient, de
tems en tems , la palpitation , le point de
coté , la dyfpnée , la fièvre, la lipothymie,
le vertige.
Cette innée , la malade partit avec très-
92 Mémoire
peu de foulagement ; l'année fuivante en
procura évidemment , & la troifieme
beaucoup. Ces deux années, les eaux pur-
gèrent , & la première point. Le racornif-
iement & la féchereffe de la fibre ftoma-
cale & inteftinale, la rendoient indocile. La
dyfpepfie , tous les accidens étoient dimi-
nués ; on marchoit ferme , on attachoit
fes jupons , on figuroit dans les fociétés
avec avantage. Tout a été depuis de mieux
en mieux.
Madame, par fa lettre du 5 Décembre,
écrit : « Ma fanté eft forte & robufte ; j'ai
» pris beaucoup d'embonpoint , de la
» force ; mes dégoûts étant cefTés , je
» mange de tout généralement , jufqu'à la
» croûte de pâté , excepté cependant ( ce
» qui va vous étonner) trois chofes dont je
» n'ufe point, le vin rouge,le bœuf, le pain.»
Ce miracle, il c'en eu un, Deinon conf-
iât digito, apagc, eft un bel ouvrage à finir
par l'éclatante méthode de M. Pomme ; les
chofes font plus avancées qu'elles ne l'é-
toient, il y aura moins de peine.
J'obferverai avant que de finir, que, dans
lès premiers tems de la maladie , il y eut
un fymptôme iîngulier , maladie lui-même
très- rare, qui n'épargne perfonne , & qui
fit mourir Hérodes & Philippe II., roi
d'Efpagne ; le phthiriafis , maladie bien
différente de cet état de malpropreté qui
sur les Eaux de Bourbonne. 95
engendre ces poux très-communs , tels
qu'on les voit à la tête de quelques en-
fans , à ceux qui ne portent pas de linge ,
& aux pauvres qui manquent de tout.
XXXV. Obs. Mad. L. V. ... de Péronne
en Picardie,ne cherchoit point dans des affec-
tions vaporeufes & fpafmodiques qui la dé-
foloient , la caufe de tous Tes maux ; pleine
d'incertitudes, elle en aceufoit tantôt une,
tantôt une autre; c'étoit un écartement des os
pubis, furvenu à la fin d'une première &t der-
nière groffeffe, depuis 1749 où ellefe maria,
qui l'empêchoit de marcher ; quelque tems
après les couches , c'étoient des douleurs
dans les extrémités inférieures & dans les
deux baffins, qui , lorfqu'elles s'aigriffoient,
fupprimoient le mouvement progreffif ; c'é-
tait un prolapfus uteri qui n'exiftoit pas , ou
la foibleffe des os innominés , la mollefTe
des cartilages qui les tiennent affemblés ,
auxquelles en vain on oppofoit des banda-
ges. Elle crut que l'exercice , excluant une
pareffe qui n'avoitété que forcée, lui réuffi-
roit mieux , &: que ce Contraire détruiroit
Les effets de- l'inaction : elle s'y livra de
plus d'une façon ; la promenade fréquente,
monter , defeendre , danfer , ne fuffirent
point. Jeune, ennuyée d'une vie trille,
comme à charge , elle réfolut, à l'exemple
des ouvriers, de porter des fardeaux mieux
«jue ces épaule* accoutumées à porter au
94 Mémoire
moulin la moulée ; trente fois , à certaine*
paufes , elle chargeoit de blé & déchar-
geoit les Tiennes.
On oublioit fon inexpérience , Tes habi-
tudes , une complexion peu robufte , que
la vivacité conduifoit à l'extrême. Ces al-
lées, ces venues, ces fardeaux, dévoient for-
tifier le corps, amener des fueurs pour pu-
rifier le fang ; les fueurs ruifleloient en pure
perte , on ne fe fortifioit point.
Trois femaines après ces fcènes qui
fe paflbient dans le fecret d'un grenier , il
furvint une douleur û violente dans la tête ,
que la malade croyoit qu'on la lui perçoit
avec un bâton. ( La fenfation du clou hyf-
térique a moins d'étendue , & fa douleur ne
fe défigne pas par une exprefïîon auflï forte.)
Cette douleur ne duroit pas long-rems ;
elle fe renouvelloit plusieurs fois à différens
intervalles , fur-tout lorfque la malade fe
trouvoit dans des endroits froids. On con-
feilla lafaignée,quifut taxée d'avoir rendu
les douleurs , qui , dans les premières in-
vafions,étoient paffageres, continuelles & û.
terribles, que les cris les plus aigus confier -
noient les affiftans. On ne pouvoit les ap-
paifer qu'en pofant la main fur ce que la ma-
lade défignoit par un nerf du col, jufqu'à
ce qu'il n'y eût plus de mouvement.
Les trapèzes , ces grands plans charnus ,
larges & minces , fitués entre l'occiput &c
sur les Eaux de Bourbomne. 95
ïe bas du dos , par leur attache ou jonc-
tion commune au ligament cervical , for-
ment une ligne droite allez étroite, qui
étoit évidemment cette corde fpafmodique,
ou le nerf , dont la compreflion devoit
contenir , appaifer ce mouvement avant-
coureur , lignai des douleurs qui lui étoient
prefque fubordonnées , comme un horloge
aux pendules.
Alors la mâchoire fe ferra, la tête perdit
tous fes mouvemens ainii que les yeux :
après les aqueux , les huileux , on mit fur
le col du favon noir , on le frotta avec de
l'efprit-de-vin & autres drogues , inutile-
ment; on penfa aux eaux de Bourbonne;
l'embarras fut d'y envoyer la malade , de
la fouftraire, autant que cela étoit poffible,
à la fatigue & au cahotage des chemins 1
on en vint à bout ; & , au mois de Sep-
tembre 1759, elle y arriva dans l'état le
plus fâcheux , ufant de peu d'alimens, dé-
charnée, ne dormant prefque point ou fort
mal : elle ne pouvoit fe foutenir ; les ha-
bits la blefloient : il avoit fallu s'en tenir à
une chemife fort ample , 6c à un grand
manteau qui , tombant fort bas , fervoit à
couvrir le tronc, ck à porter fort négligem-
ment une efpece de lac ouvert par les deux
bouts; les bras, dont elle ne fe fervoit pas,
ne pouvant s'engager dans des manches ,
& les mufcles lombaires ôc abdominaux
G
$6 Mémoire
fupporter une ceinture la plus douce & fa
plus lâche.
Toutes les parties mufculaires de la tête,.
du col, des épaules, immobiles , repréfen-
toient allez bien , en fixant la tête fin* le
tronc , une très-belle ftatue , qui, animée,
avoit la vertu d'exciter la compaffion la
plus tendre. Les crotaphites, les mafTeters ,
étoient fi contractés, que rien ne pouvoit
les faire céder ; ils ne permettoient point
à la bouche de s'ouvrir: ilfalloit, pour
nourrir la malade , profiter d'un petit es-
pace que laifToient entr'elles les dents
Supérieures & inférieures, pour y inflnuer
Couvent & avec adrefTe quelques cuille-
rées de foupe , de bouillon ; &, à la faveur
d'une incifîve qui manquoit , on y intro-
duisit quelque peu de viande hachée ou
coupée très-menu.
Deux ou trois jours après l'arrivée, le bâ-
ton , qui avoit coutume de percer la tête ,
revint fï rudement & fi brufquement , les
douleurs furent fi vives , les cris fi efFrayans,
les couleurs fi hautes & fi animées, le pouls
fi agité & fi plein , les poumons & le cer-
veau fi foufTrans, leurs fondions immédia-
tes & principales reftant entières , qu'on
craignit, quoiqu'il n'y eût point de névre ,
un engorgement pulmonaire ou cérébral.
On ne parla point des eaux ; & la dé-
plétion des vaiiîeaux fut l'indication ur-
sur les Eaux deBourbonne. 97
gente. Il s'agifToit de vaincre la répugnance
de la malade pour la faignée, que, depuis
l'époque la plus remarquable de fes dou-
leurs , elle regardoit comme meurtrière ,
bien réfolue de ne la permettre jamais : on
réuffit néanmoins à la conjurer. La première
faignée n'opéra rien, la féconde, aifez pour
la déprévenir ; fous quatre jours , elle fut
faignée trois fois du bras 6i quatre fois
du pied : le calme prit la place de l'orage
le plus furieux qu'elle eût encore efïuyé;
&, ce qui la furprit , les/aignées, malgré
la diète & un ou deux purgatifs , parurent
lui donner des forces qu'elle n'avoit pas ,
diminuèrent au moins la foiblefle.
La mâchoire fe détendit un peu , &: on
abecqua la malade avec moins de difficulté
qu'auparavant. On ne perdit pas un mo-
ment ; les eaux furent bues : on les fer-
voit à jeun , comme à l'ordinaire , de-
puis deux livres jufqu'à trois au plus ; la
diftribution en étoit lenljg: elles furent con-
tinuées huit à neuf jours , & aidées de quel-
ques minoratifs , parce qu'elles poufloient
trop par les voies urinaires; ce qui efr. fré-
quent chez lesvaporeufes, qui, même fanf
boire, font expofées à des flux d'urine crue,
aqueufe & limpide , excefïifs, à Vinjlar des
diabètes.
Bientôt on joignit à la boiflon les eaux
topiques d'une chaleur modérée ; les p6;
Gij
98 Mémoire
diluves , les fomentations fur toute la tête ,'
les douches par-tout , le Commet de la tête
excepté , les bains entiers , rien ne fut omis
ou négligé : cet ufage intérieur Ô£ extérieur
des eaux, placé le matin de préférence, au-
quel on donnoit une heure & demie ou
deux heures , fut continué un mois fans
interruption : les pédiluves ck les fomenta-
tions fe répétaient le foir avant le fom-
meil , ck quelquefois l'envie de guérir ra-
menoit furtivement les bains & les dou-
ches du matin.
Cette envie, lorfqu'elle ne connoît point
de bornes , agite le malade , & fait naître
une multitude de quefh'ons peu néceiTai-
res : la malade vouloit recevoir la douche
fur le fommet de la tête ; on fi oppofoit;
on lui difoit qu'à Bourbonne il y avoit
quelques exemples qui dépofoient con-
tre elle en pareille circonftance ; que cela
fuffifoit pour s'en tenir à un moj^en plus
fur, moins équivoquj ; que les loix du mou-
vement donné n'étoient pas affez connues
pour répondre que la percuflîon d'une
douche perpendiculaire , ôc le poids de la
colomne, relativement à fa baiè& à fa hau-
teur , ne donneroient pas, malgré le crâne ,
de commotions, de contre-coups, à des or-
ganes délicats , peu connus eux-mêmes ;
qu'au moins fa chaleur, qui eft au-deffus de
celle des fomentations^ influeroit fur la cir-
sur les Eaux de Bourbonne. 99
culation des finus voifins , pourroit l'alté-
rer , &c. Mente pajlâ , Ja capitulation finit là.
Les vaporeufes font inquiètes, jouiffent
peu d'une tranquillité confiante ; celles qui
ne voient que par les yeux de la douleur,
ne peuvent en avoir.
La maftication rentra infenfiblementdans
une partie de fes droirs ; les forces, au lieu
de diminuer par les exercices précédés de
fept faignées , fe foutenoient ; l'infatigable
malade eiïuya encore quelques bourrafques
fpafmodiques & douloureufes , qui n'eu-
rent que peu de fuite ; &, après ûx femai-
nes au plus de féjour , elle partit, commen-
çant à marcher volontiers, avec appétit,
ouvrant la bouche d'un pouce , remuant
la tête, les bras , &c.
Pendant l'hiver, elle fit de nouveaux pro-
grès , & revint, en 1760, répéter l'ufage des
eaux : elle étoit droite , alTez graife , mar-
choit , mâchoit , mangeoit bien ; fe mêla
à la bonne compagnie , dont elle fit l'agré-
ment & l'étonnement.
Depuis,elle fe trouve de mieux en mieux,
& fe porte autant bien qu'il eft poflibie,
avec beaucoup d'embonpoint ; &, comme
tant d'autres, pour toutes précautions, elle
ne fait que fe purger de tems en tems , avec
un drafïique auquel elle a donné toute fa
confiance.
XXXVI, Obs. M. Maréchal, religieux
G iij
ïoo Mémoire
Auguftin à Châlons en Champagne , fe
rendit à Bourbonne au mois de Juillet 1766,
pour un tremblement convulfif univerfel 6k
ancien, qui affe&oit particulièrement le
côté droit , 6k qui le mettoit dans le cas de
ne pouvoir fe fervir , boire & manger fans
qu'on l'aidât: il falloit, quand il vouloit
porter un verre à fa bouche , qu'on lui fou-
tînt le poignet èk l'avant-bras , pour que
la liqueur ne fe répandît pas. Sa vue étoit
affoiblie de manière que, ne voyant plus les
objets que très-confufément 6k indiftin&e-
ment , il ne pouvoit plus lire , écrire , ni
s'acquitter des devoirs de fon état. Cette
fîtuation & (es jambes vacillantes lui per-
mettoient à peine de fe tranfporter d'un
endroit à un autre , fans courir rifque de
tomber ou de fe heurter à chaque pas.
L'éréthifme de l'eftomac 6k des inteftins
avoit prefque aboli toutes les fondions de
ce vifcere , l'expofoit à des borborygmes
fréquens , douloureux ; à des bâillemens ,
des pandiculations , àes bourdonnemens
d'oreilles.
Le non-fuccès des remèdes de toutes
efpeces qu'il avoit mis en ufage , le faifoit
flotter entre la crainte 6k l'efpérance fur
celui qu'il alloit employer , 6k de tems en
tems i'abforboit par les réflexions les plus
triftes 6k les plus accablantes.
Cependant quatre mois d'ufage intérieur
sur les Eaux de Bourbonne. ioi
Se extérieur des eaux , foutenues du régime
le plus févère , &t aidées de quelques mino-
ratifs , ont diflîpé & fa maladie & Tes idées
lugubres. Voici la confirmation de fon par-
fait rétabliffement.
Mon sieur,
»C'eft dans la joie de mon ame que j'ai
» l'honneur de vous alfurer que je jouis
» de la meilleure fanté pofîible ; je dois ren-
» dre juftice à vos eaux , en publiant à tout
» l'univers , que l'effet qu'elles ont produit
» fur moi femble tenir du miracle , & que
» ce n'eft que de leur falubrité , efficacité ,
» & d'elles feules, que je tiens ma par-
» faite guérifon , puifque, d'une multitude
» de remèdes que j'ai tentés , aucuns n'ont
» opéré le plus petit changement. Je fuis
» non-feulement & radicalement guéri de
» mes yeux , mais encore de mon trem-
» blement & extrême débilité d'eftomac ,
» triple incommodité que j'avois depuis
» long-tems.
» J'ai obfervé fcrupuleufement le régime
» que vous m'avez prefcrit , & que je crois
» néceflaire Ô£ indifpenfable à quiconque
» veut guérir.
U J'ai l'honneur d'être, &c. Signé, Frère
» Maréchal, Auguftin.»
Châloni, le 10 Décembre 1-70.
G iv
^ioi Mémoire
Si M. Pomme Te fût trouvé à Bourborme^
& qu'il eût vu les deux malades dont il
efl: ici queftion , il n'auroit pas manqué de
dire que Mad. L. V. non pas le premier
jour qu'elle fut purgée avec nos eaux, mais
qu'elle les eut refpirées , ck fut faine , au
grand étonnement du médecin qui s'en étoit
chargé , d'accidens fi graves ck fi férieux,
qu'il anroit fallu, après les faignées , une
copieufe boiflbn d'eau de poulet , pour la
fauver du danger auquel on l'auroit aveu-
glément expoiee; èk que ces eaux, dans
ce cas , comme dans celui de M. Maré-
chal, agiroient avec trop de fouge, 6k ne
jr.anqueroient pas de produire de funeftes
effets; que le zèle qui. l'anime, ck fon in-
térêt pour le bien public, l'engagent à le
prévenir fur les dangers des eaux thermales
dans la cure de ces maladies ; ck que ce
Ji'cft qu'avec grande précaution qu'on peut
s'en permettre leur ufage intérieur lorfqu'eî-
les Ce compliquent avec d'autres vices. Eh
bien ! qu'ici il foit étonné , mais que
fes exclamations, fon zèle, fon fpécieux
ck chimérique racornirTement , ainfl que
fon intérêt, s'évanouifTent ; ou qu'il nous ra-
corniffe toutes les faciles intellectuelles ,
s'il a envie de nous convertir en faveur de
fon fyftême.
XXXVII. Obs. Madame de P. . . . vint
aux eaux, en 1766, pour une colique chro-
sur les Eaux de Bourbonne. 103
nique, ftomacale, flatueufe-fpafmodique,
qui la quittoit par intervalles plus ou moins
éloignés, qui la reprenoit avec une vio-
lence prefque toujours égale. Pour abré-
ger, nous renverrons aux ouvrages d'Hoff-
mann , ceux qui feront curieux de s'inf-
truire des détails de cette affreufe maladie Ça).
Elle ufa des eaux en boiffon pendant
un mois , en petite quantité, tantôt comme
altérantes, tantôt comme Iaxatives , cks'en
retourna.
Elle dit, paria lettre du 24 Novembre
1770 : « Les violentes coliques defquelles
» j'étois travaillée depuis long-tems, qui at-
» taquoient mes nerfs, font guéries par vos
7> eaux. »
M. Pomme (£) fe jette dans un pompeux
étalage , pour nous apprendre que , dans la
colique hyftérique, on applique des topi-
ques froids , & nous parle d'Amatus,Zacu-
tus Lufitanus, Ludovicus Septallius, Hoff-
mann, &c. pour prouver avec importan-
ce , qu'une compreffe , par exemple , trem-
pée dans de l'eau froide , eft un bon re-
mède contre cette colique , parce que c'efl
de l'eau froide, parce que c'eft de l'eau
{a) Frldericus Hoffman , de dolore cardialgico ,
fpafmodïco &fidtulenîO)Cap. //,Tome V, page 221.
(l>) Traité des Afte&ions vaporeufïs des deux
fexes , Tome I , page 105.
i©4 Mémoire
commune & non thermale , parce qu'Hoff-
mann ne la défaprouve pas tout-à-fait :
Frigida exteriàs appllcata non penitiis im-
probanda.
C'eft ainfî qu'abufivement on fe donne
des maîtres, des juges qu'on écoute, qu'on
récufe , dont on fe pare , félon le befoin
qu'on en a, ad populum phaleras. Pour-
quoi M. Pomme nous cache-t-il avec tout
le foin du filence , qu'au chapitre cité ÔC
ailleurs , Hoffmann regarde comme remède
principal & préfervatif , l'ufage intérieur 6k
extérieur des eaux thermales ?
Je laiffe à p enfer tout ce qu'on voudra
de cette réticence vitieufe, qui n'eft pas
d'un candide cofmopolite , d'un citoyen,
d'un phyficien, d'un médecin, qui doit
refpecîer la {implicite des novices dans l'art
de guérir : Dcbetur puero reverentia.
Si la crainte des fpafmes étoit une con-
tre-indication des eaux thermales, dans la
colique hyftérique , l'éréthifme fpafmodique
de l'eftomac ck de fes orifices , fur-tout du
pylore, étant plus grand dans la colique
ftomacale flatueufe-fpafmodique , que dans
la colique hyftérique , la contre -indication
feroit plus grande.
Dans la colique hyftérique , le fpafme
ne s'oppofe pas à la dilatation de l'efto-
mac comme dans l'autre ; nous voyons des
eftomacs , dans la colique hyftérique , ten-
sur les Eaux de Bourbonne. iof
dus comme s'ils étoient foufflés , relevant
la région épigaftrique & en partie les voi-
sines , formant une tumeur circonfcrite &C
prominente prefque herniaire , que la main
fuit dans fon pourtour, & feroit rentrer ,
û la douleur ck l'étourTement ne l'empê-
choient.
Dans l'autre, la convulfion ne permet
pas cette expanfion des membranes ftoma-
cales ; elle eft au plus haut degré d'inten-
fité, avec des douleurs plus vives & plus
Suffocantes, qui ne permettent que peu ou
point d'éructation , qui, hors de l'accès , eft
libre , fréquente , fatigante : l'eftomac trop
refferré & contracté ne fait point de faillie;
on ne peut le toucher du bout du doigt ;
l'intromiffion du liquide même par cuille-
rée, eft difficile ou impofTible, augmente
la convulfion, la douleur, la fuffoca-
tion, &c.
Madame de P. . . . nous donna à Bour-
bonne ce fpeclacle qui avoit été à Befan-
con tant de fois plus trifte, & fi cruel , qu'a-
près avoir mis en ufage les meilleurs
moyens curatifs & prophylactiques, même
des eaux minérales , fous les yeux & par
les confeils de fon ami M. Rougnon , pro-
fefteur en Médecine , connu par plufieurs
ouvrages, dont un fur l'irritabilité des nerfs,
elle fe détermina au voyage de Bourbonne.
XXXVIII. Obs. Madame S.,., près
io6 Mémoire
Gray en Franche-Comté , âgée de dix-fept
ans , d'un tempérament fanguin , vive &
naturellement gaie , étoit tourmentée , de-
puis deux ou trois ans , d'une colique hyf-
térique,accompagnée de vomiffemens pref-
que continuels pour les alimens , foit foli-
des , foit liquides : à peine étoient-ils def
cendus dans l'eftomac, que ce vifcère fe
dilatoit ck fe gonfloit fi prodigieufement ,
qu'il falloir aufîi-tôt qu'elle deflerrât (es ha-
billemens pour en faciliter l'expanfion &
fe foulager. Alors , les régions épigaflrique ,
hypogaftrique , même les hypocondres , fe
foulevoient&repréfentoient une tumeur bal-
lonée, dont le pourtour étoit très-bien tracé
& circonfcrit. La nonchalance, la difficulté
de refpirer , les anxiétés , les naufées étoient
les triftes compagnes de cet état , & du-
roient jufqu'à ce que le vomuTement ck le
relâchement furvinfifent. A mefure que
l'eftomac s'évâcuoit, les fymptômes ci-
deffus diminuoient ; mais ils étoient fuivis
de grouillemens , de tiraillemens , de dou-
leurs d'entrailles , de borborygmes , que
des éructations diflîpoient pour faire place
à fon enjouement & à fa vivacité ordi-
naire.
A l'approche de fes régies qui ne cou-
loient qu'en petite quantité, ou à l'occa-
fion du plus léger chagrin , elle éprouvoit
des fuffocations allarmantes , des fpafmes y
sur les Eaux de Bourbonne. 107
des convulfions univerfelles , la perte de
la voix & de la connoifTance.
Les remèdes ordinaires , la diflïpation ,
l'exercice à pied & à cheval , ayant été
tentés inutilement, on l'envoya aux eaux de
Bourbonne en 1762.
Elle les prit pendant cette faifon à pe-
tites dofes, & particulièrement en boiflbn ;
les répéta trois autres faifons , après lefquel-
les , & avec les précautions ufitées , elle
a été entièrement délivrée de fa maladie.
XXXIX. Obs. Mademoifelle de Mon-
taron , femme-de-chambre de Madame de
Meaux, âgée de vingt ans, d'un tempé-
rament fec & phlegmatique , fut attaquée ,
en 1765, fix mois après une couche,
n'ayant point eu pendant ce tems Ces ré-
gies, de mouvemens fpafmodiques & con-
vulfifs fur tout le côté gauche, fuivis d'un
ferrement à la gorge, &t de perte de con-
noifTance qui dura quelques heures. Re-
venue de cet état, elle reiTentit de l'en-
gourdiffement & de la foibleffe dans le
bras qui avoit éprouvé les mouvemens
convulfifs. Une faignée faite à cette partie
malade l'affoiblit encore, une autre au pied
diffipa cet accident; mais les nerfs, depuis
cette première attaque, refterent fi mobi-
les ck fi fenfibles, que la plus légère inquié-
tude y la plus petite frayeur lui caufoit des
ioS Mémoire
révolutions fubites qui lui faifoient éprou-
ver un mal-être , des angoiffes , des fufïbca-
tions qui, en la jetant dans les plus triâ-
tes réflexions , empoifonnoient tous les
momens de fa vie par la crainte d'une mort
prochaine ck anticipée.
Quarante jours d'ufage des eaux, en
boiffon feulement, & modérées pendant
les mois de Juin & Juillet dernier, étant
avec madame à Bourbonne, ont diflipé
ik Tes craintes & fa maladie.
XL. Obs. Dans le courant du mois
d'Octobre dernier, eft arrivée à Bourbonne
mademoifelle Cornibert, de Gray en Fran-
che-Comté, âgée de dix-fept ans, d'un
tempérament phlegmatique , trifte , fom-
bre & mélancolique, ayant le teint pâle,
blafard, bien réglée; hémiplégique depuis
un mois, à la fuite d'un accès fpafmodique
& de violentes douleurs de tête ; qui ,
après cinq femaines de boiffon des eaux ,
de quelques pédiluves & minoratifs, s'en
eft retournée marchant, travaillant, & moins
rêveufe , fe propofant de venir perfection-
ner fa guérifon le mois de Mai prochain.
Mademoifelle Cornibert, aujourd'hui 21
Mai 177 1 , de retour pour fa féconde fai-
fon, à un peu de foibleffe près du côté
malade, qui ne s'apperçoit point en mar-
chant, eft dans le meilleur état poffible.
sur les Eaux de Bourbonne. 109
Depuis fon départ de Bourbonne , elle
n'a fait d'autre remède que fe purger tous
les mois.
XLI. Obs. Sur les apparences, être ef-
timé & fe croire paralyfé, être traité comme
tel, fi le grand zigomatique, le buccina-
teur & l'orbiculaire des lèvres font dans
cet état de fpafme confiant qui fait tour-
ner la bouche , eft un cas qui fe préfente
fouvent. M. Berthelot, baron de Baye, lieu-
tenant général des armées du roi, comman-
deur de l'ordre de S. Louis , ancien com-
mandant des deux compagnies de Cadets
gentilshommes de Sa Majefté feu le roi de
Pologne, & grand bailli d epée de S. Diez,
en 1763, jouant aux cartes, & avec la
meilleure fanté d'ailleurs , fut furpris , fans
aucuns fignes précurfeurs, d'une contorfion
de la bouche , qui donna l'allarme aux
joueurs, à fa famille, &c. Dans moins de
la huitaine, il partit pour Bourbonne.
Tout fe paiTa du côté gauche de la
face ; la bouche tourna de la gauche à la
droite du vifage; l'eau, en gargarifant, ne
pouvoit être pouflee du côté gauche au
côté droit; la rencontre des dents fupé-
rieures avec les inférieures étoit imparfaite,
gênante, non régulière; le fifflement Se la
manière de cracher ne s'exécutoient pas
avec la liberté & la direction naturelles ; le
ion de la voix , ni plus forte ni plus foible ,
no Mémoire
étoit changé , fembloit partir d'un endroit
plus profond que le gofier , ab ilice cavd;
un écoulement involontaire de la falive
qui accompagne ordinairement la paraly-
fie de la bouche, n'avoit point lieu, non
plus que la déglutition forcée pour ce li-
quide, il Ton excédent ne s'épanche pas
en entier par un des coins de la bou-
che.
Le mufcle orbiculaire , dans fes portions
palpébrales fupérieures & inférieures , étoit
bandé fur tout le globe de l'œil gauche ,
( dans la paralyfie , l'œil droit auroit été
l'arTe&é , ) les tarfes étoient épais & rou-
ges ; le releveur propre de la portion fu-
périeure ne pouvoitcontre-balancer faten-
iion fpafmodique , d'où l'œil , quoique bon,
paroiiïbit enfoncé, plus petit que l'autre
de moitié , ne s'ouvrant point ck ne fe fer-
mant point complètement.
Pendant un mois, M. Berthelot ufa des
eaux en boiiTon, bains, douches, fomen-
tations , gargarifarions , collyres ; tout lui
réuffit : il partit de Bourbonne , ouvrant
mieux l'œil, la bouche, fe redrefïant fen-
liblement; il fit des progrès ultérieurs, Se
revint l'année fuivante, non défiguré, guéri
fans récidive.
Bien entendu que les eaux topiques fu-
rent, appliquées au côté gauche de la face ,
6c non du côté droit; ce qu'auroient exigé
des
sur les Eaux de Bourbonne. i i i
tles fymptômes paralytiques , Se une contor-
fîon de la bouche toute différente.
Il n'eft pas moins efTentiel de remar-
quer que ces topiques, qui ne furent point
ménagés , fans donner dans les excès ré-
préhenfibles de l'ufage de l'eau communs
ou autre, auroient rengrégé une fluxion
catharrale récente.
XLII. Obs. M. le marquis de Mon-
drainville , fort vigoureux , au-deffous de
l'âge de cinquante ans , hémorroïdaire
d'ancienne date, depuis quelques temps,
éprouvoit, fans dérangement de fanté, une
ceffation du flux hémorroïdal, qui jufques-
là avoit été aflez vague, non périodique
&c menftruel. En 1768 , il eut une grande
& longue difparate d'environ deux heures,
qui l'étonna aufïï peu, qu'elle confterna
beaucoup (qs amis & fa famille, qui de
tout côté agiffoient fans lui ck demandoient
confeil ; Paris prononça pour les eaux de
Bourbonne.
Cédant à l'intérêt public , à la tendreflfe
de fes proches , aux inftances de fes amis ,
de Caen en Normandie , il y vint en 1769,
complaifamment , ne fçachant pourquoi ,
proteftant qu'il fe portoit mieux que jamais,
qu'il lui avoit fallu obéir pour ne fâcher
perfonne : il avoit cependant la voix moins
forte que du pafTé,les jambes moins fermes,
la vifîere de l'œil gauche légèrement affec-
H
in Mémoire
tée ; dormant 6c mangeant bien au refte f
6c plus fatisfait 6c plus gai que jamais.
Entr'autres reflburces , comme il s'é-
toit agi d'une vieille gale , mal guérie
pendant {es campagnes, qu'il regardoit
comme un rêve, quoiqu'elle eût porté
fur les poumons autrefois , on lui avoit
propofé un cautère ambulant , fait avec des
mouches , qu'il ne voulut pas fouffrir.
Il fit deux faifons, chacune d'un mois,
avec un moindre repos intermédiaire. La
première, qui fit employer la boiffon &
les bains , fe pafla bien : la féconde ne lui
relTembla point; il y eut des accidens gra-
ves 6c efFrayans pour les afliftans , jamais
pour le malade.
Si la trifte 6c foucieufe prévoyance,
l'envie de faire des remèdes décèlent l'af-
fe&ion hypocondriaque , la fécurité pleine
6c confiante qui les éloigne , qui en mar-
que le befoin , qui enlevé le fage aux pré-
cautions fages, indique un ébranlement
dans le genre nerveux , qui peut être aufn*
fâcheux qu'un autre dans Ces révolutions.
Cette difpofition , moins commune que la
première , au milieu de la féconde faifon ,
fit éprouver au malade quelques mouve-
mens convulfifs à l'œil affecté 6c à la face
du même côté ; il ne s'en apperçut point £
la compagnie , feule témoin de ces mou-
vemens extraordinaires & irréguliers, l'en-
sur les Eaux de Bourbonne. i i»
gagea à fe retirer &: le conduisit chez lui.
Les eaux furent fufpendues , le cautère
remis fur le tapis. Dans ces entrefaites , un
délire fourd , fugitif, qu'on diftinguoit à
peine , quelques mouvemens involontaires,
rares au bras gauche , furent fuivis d'une
apoplexie fympathique,avec tout le cortège
de l'apoplexie foudroyante.
Elle dura trente-fix heures , au bout des-
quelles le malade qui avoit été faigné du bras,
du pied , fans fentir la plus petite douleur
qu'auroient dû exciter des coups de lancette
répétés , & profondément enfoncés , revint
à lui aufli promptement qu'il étoit tombé
dans fes accidens , fans fe fouvenir de rien.
Avant eux , les axes vifuels étoient deve-
nus inégaux ; ce qui fe lifoit , étoit lu plus
haut qu'à fa place; la plume commençoit
une ligne , pour la finir une ligne plus
haut ou l'entre-mêler de mots placés au-
deflus d'elle , &c. Ce défaut refta.
On avoit eu recours de bonne heure, par
un expofé fidèle & détaillé, au confeil de
Paris , qui infifta fur l'application des mou-
ches cantharides, & la continuation de*
eaux ; ce qui fut exécuté.
M. de Moridrainville partit avec (on
cautère , l'inégalité de la vue ; & , par fa
lettre -du 29 Novembre 1770, il écrit:
» Je ne puis trop me louer des eaux ; j'ai
w oublié l'équivoque de mes yeux : arrivé
Hij
H4 Mémoire
» à Paris, les rayons vifuels étoient rcu-
» nis au même centre , & je n'y ai connu
» depuis aucune incertitude. J*ai gardé affez
» long-temps les mouches , & il y a plus
» de fix mois que je ne m'en fers plus ; je
» ne connois pas le plus petit mal de tête,
» & je me porte à merveille. Ce détail
» eft auffi vrai que les fentimens avec lef-
» quels ckc. »
XLIII. Obs. La paralyfie & le fpafme
des yeux ont leurs caufes procatartiques :
fi elles font alTez violentes pour porter fur
la totalité & la profondeur des globes, une
paralyfie incurable ou la goutte - fereine
(amaurojîs} en eft la fuite; fi elles le
font moins , fi elles n'irritent ou bleflent
que quelques parties intérieures ou adja-
centes des globes , fi l'irritation ou la lé-
iion font imparfaites , fi l'atonie ne prend
point la place de la fecouffe & du fpafme ,
les accidens confécutifs peuvent finir heu-
reufement : les coups de foleil en fournif-
fent des exemples.
M. de Vafîimont , préfident à la Chami
bre des Comptes de Bar-le-Duc, refta
expofé à un foleil fort , la veille de la
Pentecôte : le lendemain , au réveil, fe por-
tant bien , il vit double ; & la paupière fu-
périeure étoit bandée fur le globe, fans
que fon releveur pût le dégager ; l'oeil étoit
fermé à moitié.
sur les Eaux de Bourbonne. n 5
11 vint à Bourbonne en 1765 r un mois
après , où il refta trois femaines pour boire
& doucher. La douche ordinaire étoit re-
çue vingt minutes fur la nuque , & enfuite
on la fervoit fept minutes, à la grofleur
d'un tuyau de plume , à jet continu fur la
paupière ; on y joignoit la baignoire de
l'œil. Il y reçut quelque foulagement.
A deux lieues de Bourbonne , à fon ar-
rivée de nuit à l'abbaye de Morimont , en-
trant dans une falle , il y vit les lumières
& autres objets à l'ordinaire, fans mélange
& fans duplicité.
Il n'a eu depuis aucune douleur, aucun
reflentiment, aucune incommodité à l'œil,
ck continue à jouir de fa bonne fanté ; ce
font (es propres expreflions.
XLIV. Obs. M. de Saint-Marc , fecré-
taire du Roi , munitionnaire général des
vivres méridionaux , ufa des eaux de Bour-
bonne avec fuccès,en 1766, pour contor-
fion fpafmodique de la bouche ; il ne s'en
eft point reflenti depuis , malgré un tra-
vail immenfe &. journalier : il eft en Corfe
actuellement pour les affaires du Roi. On
lui avoit appliqué à Paris des mouches can-
tharides.
Objiruciions & autres Maladies chroni-
ques.
XLV. Obs. M, Pomme, après avoir
Hiij
n6 Mémoire
blâmé, je ne fçais où, Baglivi, & l'avoir
approuvé, fe place entre Sydenham Se
Boerhaave , pour donner raifon à l'un ou
à l'autre (a). Boerhaave , dit-il , n'a jamais
voulu reconnoître d'autre caufe de la jau-
nifle périodique , que l'épaifmTement de la
bile; Sydenham croyoit que les couloirs
du foie fe bouchoient plus d'une fois fans
vice de la bile , & fimplement par le ré-
trécifTement de leur calibre.
M. Pomme , étonné qu'on laiffe la quef-
rion indécife, la réfout en faveur de Sy-
denham , & fournit preuve de la folidité
de fon fyftême , ( un fyftême ! à ce grand
homme qui abhorroit refpritfyftématique,
& qui lui a , en quelque forte , porté le
dernier coup ! ) par une guérifon due aux
délayans , à l'exclufion des ftimulans.
Sans entrer dans aucune difeuffion fur
cette guérifon que je revendiquerois , que
les eaux minérales auroient opérée , ma-
dame la comtefTe de B. . . . qui vint à nos
eaux, en 1765, pour une jaunifle pério-
dique, après avoir employé les délayans,
même les eaux de Vais , les bains domefti-
ques, pendant très-long-temps fans aucun
fouîagement , fut guérie par l'ufage des
ftimulans, fuivi de celui de nos eaux en
<z)Page 393 de fon Traité, quatrième édition,
Tome II.
sur les Eaux de Bourbonne. 117
boiflfon , où elle refla un mois, par les con-
feils de M.Athalin , profeffeur en médecine
en l'univerrlté deBefançon, & de M. Bou-
venot. Toutes les fois que cette jaunnTe
furannée fe montroit , elle amenoit les
douleurs les plus vives , laifïbit tout le
corps roué & fatigué : elle étoit aufli ré-
gulièrement périodique qu'une fièvre in-
termittente ; fe pauVit , comme elle , pour
un tems , & , comme elle , revenoit pour
un autre tems : les régies ne couloient
point.
XLVI. Obs. M. de V.... avoit effuyé
plus d'une colique hépatique, & quelque-
fois le véritable iclère , des embarras au
foie. M. Sallin, fon médecin, oppofa à
fes accidens tout ce qui eft de l'art; hépa^
tiques , amers, délayans; ils ne cédoient
pas entièrement : il accufa la véficule du
fiel, crut qu'elle contenoit de la bile épaif-
fie , concrète & même calculeufe ; il l'en-
voya aux eaux en 1767.
Il arriva dans le marafme , avec l'iclère
noir, menacé de la dernière cataftrophe.
îlbuvoit les eaux depuis une livre jufqu'à
quatre par matinée : au quinzième jour de
boifTon , le malade eut de la tendon à l'hy-
pocondre droit , 8c à une grande partie de
l 'épigaftre ; des flatuofités , des naufées, le
vomifTement, des anxiétés , le refferrement
4e la poitrine , des douleurs & des exa-
Hiv
nS Mémoire
cerbations plus cruelles que jamais. Il étoît
trop foible pour foutenir le bain : on ap-
pliqua un cataplafme de boues minérales
fur la région du foie. ( Dans ce cas, il tient
lieu d'émolliens & de bain partiel.) Dans
le jour, des déjections bilieufes, gluantes,
abondantes, plus fréquentes, tantôt vertes ,
tantôt jaunes , dégagèrent fucceflivement
la région du foie; & une pierre biliaire
très-dure, du volume d'une groffe aveline ,
qui avoit forcé l'ouverture étroite du con-
duit cholédoque dans le tube inteftinal , s'y
trouva confondue avec des pelotons de bile
poiffeufe ou coagulée.
Le lendemain , le malade fe trouva
mieux que lorfqu'il étoit arrivé ; il conti-
nua fa boifTon encore quinze jours , & re-
couvra fa fanté , qui vraifemblablement au-
roit été confiante , fi un régime auffi in-
confidéré qu'indifcret n'eût depuis peu ai-
guifé le cifeau d'Atropos.
On peut voir fur les pierres biliaires,1
caufe commune des coliques hépatiques
qu'elles produifent prefqu'inévitablement,
qui fe font rencontrées jufqu'à trois cents
où d'ordinaire la veffie urinaire n'en con-
tient qu'une , amenée plusfouvent que née
dans fa capacité, les Mémoires de l'Acadé-
mie de Chirurgie , F. Hoffman , M. Lieu-
taud qui,| énumération faite des remèdes,
finit par avertir que les eaux minérales,
sur les Eaux de Bourbonne. 119
tant froides que thermales, doivent être
préférées à tous ces remèdes (<z).
XLVII.; Obs. Le nommé Jofeph , de
Vaudrey en Franche-Comté , âgé de vingt-
cinq ans , portoit depuis plusieurs années
une obftru&ion aux deux lobes du foie ,
û considérable , que leur volume occupoit
l'hypocondre droit, la région épigaftrique,
l'hypocondre gauche , dépaffoit de plus
de quatre pouces les faufTes côtes , & re-
couvroit tout Feftomac. Le cartilage xi-
phoïde recourbé en dehors , le ventre
très-élevé ck tendu, repréfentoit celui d'une
femme groffe de neuf mois ; le degré d'en-
gorgement étoit fi grand, que les parties
obfïruées offroient fous les doigts , en les
palpant , une réiiftance femblable à une
pierre ou tous autres corps durs.
La peau plombée , le blanc des yeux
couleur de fuie, la bouche pâteufe, amere,
ainfi que la falive, la refpiration lourde ck
difficile , les anxiétés , les naufées , les laf-
fitudes , le pouls petit & concentré , une
foif vague , une conftipation opiniâtre , le
fommeil inquiet & agité, le dégoût , l'air
fombre ck mélancolique, fembloient bien-
tôt annoncer la deûruétion du malade.
Allarmé avec jufte raifon fur fon fort,
■ ■.!■■
(<j) Précis de Médecine pratique, page 594,'
Tome I, troifieme édition.
i io Mémoire
& attaché à la vie , malgré fa fituation pé-
nible & miférable, il confultoit par-tout, par-
tout demandoit du fecours , &fit une mul-
titude de remèdes fans fuccès. Des person-
nes charitables l'adrefTerent à feu M. Nor-
mand, médecin à Dole , qui , après un
examen férieux , lui confeilla les eaux de
Bourbonne. Quelques fecours que la cha-
rité lui procura, le mirent en état défaire ce
voyage ; il s'y rendit au mois de Mai 1758.
Le lendemain de fon arrivée, je le mis
à l'ufage des eaux en boiiTon , qu'il com-
mença par deux gobelets de fept onces cha-
cun, bus à trois-quarts d'heure d'intervalle,
& augmentés de deux en deux jours , avec
les mêmes précautions , jufqu'au nombre
de huit.
Au bout de vingt jours , je mis un jour
intermédiaire entre chacun de ceux de boif-
fon , 6k les lui fis encore continuer ainfï
vingt autres jours, pendant lefquels je lui
fis prendre quelques minoratifs qui ne pro-
duifirent que très-peu d'effets ; mais les uri-
nes fourniffoient abondamment.
Pendant fon mois de repos,pour recom-
mencer enfuite une autre faifon , il fut
attaqué de la rougeole qui étoit épidémi-
que à Bourbonne. Son invafion s'annonça
par des fymprômes qui me firent appré-
hender pour lui une fièvre ardente. Un
délire fourd accompagné de difparates, une
sujt les Eaux de Bourbonne. m
refpiration très-pénible, un mal de gorge
fuffocant, m'embarraiToient fur l'application
de la faignée , à caufe de fon état. Cepen-
dant je cédai aux accidens les plus pref-
fans , 6c lui en fis deux, malgré les bonnes
femmes qui me dirent que j'allois le tuer,
qu'il valoit mieux lui donner du vin ;
(opinion que l'on a encore bien de la
peine à vaincre parmi le vulgaire:) elles
apportèrent du calme. Une (impie tifane
légèrement nîtrée, & quelques lavemens
émolliens , firent tranquillement parcourir
à la maladie tous les périodes , & le mi-
rent en convalefcence.
Bien rétabli , je lui fis faire une féconde
faifon, en tout femblable à la première, après
laquelle il partit un peu foulage. Pendant
l'hiver, il éprouva encore du mieux , & fît
quelques petits ouvrages : l'année fuivante,
il vint répéter fes mêmes exercices, qui lut
réunirent très-bien. Depuis ce tems, quoi-
qu'il lui refte encore un léger embarras au
grand lobe , il s'eft. livré à tous les ouvra-
ges les plus pénibles , qu'il a très-bien fou-
tenus.
XLVIII. Obs. Le nommé Antoine Gril-
lot, du même village , âgé de vingt-quatre
ans , à-peu-près dans le même cas que
Jofeph, après avoir ufé des eaux de Bour-
bonne,comme lui,pendant les années 1760,
1761 & 1768 , a été guéri.
in Mémoire
XLIX. Obs. Mad. G. ... de Dijoif;
âgée de vingt-cinq ans, reflentoit depuis
quelques années une douleur fourde, pro-
fonde, dans la région iliaque gauche , qui
s'étendoit à l'aine & à la partie fupérieure
6c antérieure de la cuiffe du même côté ,
avec difficulté de fe mettre à genoux & de
le tenir bien droite. Infenfiblement , elle
augmenta & devint plus gênante : il fal-
loit, pour qu'elle fouffnt moins , qu'elle
defferrât Tes jupons, & s'afsît de manière
que les cuifles fléchies fiflent angle aigu avec
le tronc.
Cette douleur , que dans fon principe
l'on regardoit ou comme un épanchement
laiteux dans la duplicature du ligament
large, ou comme une fciatique naifTante, fit
employer les remèdes connus & ufités en
pareil cas , mais fans fuccès. Leur inutilité
engagea à examiner & palper les chofes
avec toute l'attention poffible. On reconnut
alors que la maladie étoit une oburuc*tion
de l'ovaire , pour laquelle on tenta encore
en vain les apéritifs & les fondans intérieu-
rement & extérieurement. Le progrès de
la maladie, fous l'ufage même de ces re-
mèdes, détermina fon confeil à l'envoyer
aux eaux deBourbonne, en 1763. L'ovaire
étoit alors gros comme une demi-bouteille.
Mad. G. . . . les employa cette année en
boifïbn, bains, ôt application de boues.
sur les Eaux de Bourbonne. 123
Elle eft venue encore les répéter de la
même manière deux autres années , après
lefquelles elle s'eft trouvée guérie.
L. Obs. Mad. Borel , de Neuchâtel en
SuifTe , vint aux eaux en 1763 , menacée
d'une phthifie fymptomatique ; une toux opi-
niâtre , qui excédoit les bornes d'un rhume
ordinaire , qui avoit fes quintes vives &
journalières , alloit toujours en augmen-
tant ; les jambes diminuoient toujours de
plus en plus , & le refte du corps à pro-
portion : elle étoit pâle , jaune, avoit perdu
fes couleurs naturellement rouges, animées
par le feu de la jeuneffe ; fes crachats chan-
gement de goût , devenoient un peu amers,
il s'y mêloit quelque teinte de fang ; une
fièvre lente,qui avoit des exacerbations noc-
turnes qui troubloient le fommeil , étoit
de la partie, avec douleur dans la poitrine,
& un appétit vague; les ongles devenoient
crochus ; les cheveux tomboient.
A cet état, étoit jointe une obftru&ion au
foie , bien plus ancienne que lui de près
de deux ans ; les règles ne couloient plus.
M. deSault(<z) dit que, dans la phthifîe,
il a conftamment trouvé des embarras très-
confidérables dans le foie ; qu'il eft furpris
de ce que les auteurs n'en aient point fait
mention ; que cette attention eft impor»
(4) Pag. 338, Tomel.
;«i4 Mémoire
ante , relativement aux vues curatives qu'il
prétend, comme quelques autres, remplir
par les apéritifs. On avoit encore affaire à
une petite gale féche , (fcabies canina , )
qui , par des boutons infiniment menus 6c
multipliés , le vifage excepté , couvroient
tout le corps : elle rendoit quelque fanie ,
qui fe changeoit en croûte aride , jufcju'à
ce qu'on l'écorchât en la grattant, & ne
donnoit prefque point de relâche.
Cette gale, à laquelle on avoit déjà mal-
a- propos oppofé des topiques gras & fuf-
peâsj fixoit toute l'attention & les inquié-
tudes de la malade : elle négligeoit tout le
refte; elle feule Poccupoit , en exigeant
qu'on s'en occupât aufîi uniquement. On
lui refufoit toute efpece de topiques : ( la
gale , qui doit être traitée en fous-ordre ,
attaquée de front, fit plus d'un pulmoni-
que : ) ce refus lui parut d'autant plus ré-
voltant , qu'il fut agité fi on lui permettroit
de baigner. Nous nous méfions autant des
bains, que nous avons de confiance à la
boiiTon,eanslafiévre ; & il paroît qu'à Plom-
bières on penfe de même. M. le Maire (rf),
qui regarde ces eaux comme anti-quartes, ne
veut pas même que les fébricitans s'expo-
fent à la vapeur de ces eaux, dans lefquel-
■
{a) Dom Calmet , Traité hiftorique des Eaux
de Plombières, page 307.
sur les Eaux deBourbonne. 115
les ils doivent bien fe donner de garde
d'entrer.
La poitrine redoubloit la méfiance. On
eflaya des bains tempérés : ils ne nuifirent
point ; ils foulageoient le prurit , qui s'ou-
blioit fous l'eau , & reftoit, après le bain ,
comme fufpendu : ils furent continués fans
contredit , & furent la conlblation de la
malade , qui baignoit le corps entier tous
les jours , ou de deux l'un , pendant une
heure ; & prenoit, fans jamais y manquer,
avant de fe coucher, un demi-bain de demi-
heure. La boiffon fut placée, pendant deux
mois, depuis une livre d'eau jufqu'à deux ;
fi elle ne purgeoit pas , quelquefois on la
rendoit purgative, ou l'on purgeoit; fouvent
on donnoit des pillules aloétiques, mar-
tiales , fulfurées , mercurielles , antimonia-
les , des extraits amers.
Elle quitta les eaux peu avancée : la
gale , la fièvre n'étoient que diminuées ;
l'obftru&ion refta la même ; les régies ne
reparurent point ; la poitrine étoit moins
fouffrante.
Elle revint l'année fuivante, moins mai-
gre, moins galeufe, n'ayant plus de fièvre,
ne fentant plus fa poitrine, avec une di-
minution fenfible de l'obftruftion , & ré-
glée.
On ne fit, pendant plus de fix femaines,
que répéter les pratiques & les exercices de
îi6 Mémoire
l'année précédente ; les progrès furent lenti
encore ; & il fallut en efpérer d'ultérieurs 5
du teins & de la patience , non en vain.
Le 25 Décembre 1770, M. Borel écrit:
» Madame fe porte des mieux depuis fon
» retour ; j'ai obligation aux eaux de m'avoir
» rendu mon époufe plus jeune , plus gaie ,
» ne cherchant que les occafions de fauter ,
» danfer ; au bout de dix-huit mois , elle m'a
» fait cadeau d'un garçon vigoureux : nous
» fommes d'autres perfonnes , &c. »
LI. Obs. Chryftophe Picard, âgé de
quarante-cinq ans , d'un tempérament ro-
bufte , fermier fur la fouveraineté d'Aigre-
mont, près Serqueux , au 15 Juillet 1762,
portoit depuis un mois une fièvre intermit-
tente, dont le type n'avoit rien de régulier;
fà première apparition fut en double-tierce ,
enfuite quotidienne & (impie alternative-
ment.
Les accès étoient violens, de dix-huit heu-
res, précédés d'un friflon d'une heure & de-
mie. Sa répugnance invincible pour la répé-
tition de la faignée, qu'il afïuroit précifément
l'avoir réduit dans fon état pitoyable, fit qu'à
une première vifite il fut feulement purgé ,
& émétifé fuffifamment dans le tems de la
rémiflion.
De-là il pafla au quinquina combiné avec
le nitre purifié , & rendu purgatif avec le
diagrede; il en prenoit de trois jours l'un ;
sur les Eaux deBourbonne. 117
&, après neuf jours d'ufage , la fièvre devint
tierce-fimple ; les accès ne duroient plus
que huit à neuf heures.
Le malade ne voulut plus de quinquina,"
il prit des aposèmes amers , préparés avec
les fommités de petite centaurée & de cha-
médris , pendant huit jours : on n'obtint
rien ; au contraire , les accès fembloient fe
rapprocher & devenir plus longs.
Il fut remis au quinquina afïbcié avec le
fel ammoniac , le fel d'abfinthe , le nître &C
h poudre de cloportes , incorporés avec
le firop capillaire & le miel ; il avoit pour-
iors des obftruftions au foie Se à la rate
d'un volume énorme : on ne pouvoit les
rentir pendant les accès, parce que le bas-
ventre fe tendoit comme un ballon, & fe
météorifoit. Dans le tems de la rémifllon, ert
palpant la région du foie , on le trouvoit
tuméfié , ce qui ne fe prélente jamais s'il eft
fain : fon épaiflfeur , qui devient de plus en
plus mince , & comme tranchante vers le
côté gauche & en devant , fe diftinguoit
fenfiblement par Ton tranchant même.
Après ce dernier opiat employé neuf
jours , la fièvre devint quarte & tierce alter-
nativement ; on étoit dans le mois de Sep-
tembre.
M. Groilevin, mon confrère, qui voyoit
le malade , crut n'avoir plus rien à ajouter
à ce traitement que les eaux voifines , qu'il
I
n8 Mémoire
fçavoit être employées avec fuccès dans le*
fièvres-quartes.
Le marafme , l'infomnie , l'œdème des
pieds & des jambes , la face hippocratique,
le dégoût abfolu , tout marquoit l'état dé-
fefpéré du malade , qui ne pouvoit plus
quitter le lit, tant il étoit accablé & exténué.
Jl but les eaux à deux prifes par mati-
née, chacune de huit à dix onces : heureu-
fement la fièvre ne turvenoit que l'après-
midi ; la boifïbn ne fut point interrompue ;
elle rendit les deux premiers accès plus
violens.
Après douze jours de boiflon , la fièvre
diminua; elle fut augmentée jufqu'à deux
livres, & poufîee jufqu'au dix-neuvieme
jour ; deux accès manquèrent : on fit re-
pofer le malade.
Il fut purgé trois fois minorativement
pendant fa boiffon ; il n'eut plus de fièvre
jufqu'au 25 Novembre, jour que {es amis
avoient choifi pour l'aller féliciter fur fa
convalefcence. Par reconnoiflance , il leur
donna à déjeûner à huit heures du matin,
& voulut leur faire face à table. A quatre
heures du foir , il fut faifi d'un grand accès
de fièvre , qui fe prolongea jufqu'au lende-
main midi. Il fut purgé le furlendemain ,
& prit des ?aux pendant huit jours, à deux
livres par matinée : la fièvre difparut po«r
toujours.
sur les Eaux de Bourbonne. h^
Il pafTa l'hiver afTez bien ; &, dès le retour
<û\i printems , fes obftru£t.ions n'étant pas
encore fondues , il répéta l'ufage des eaux
pendant douze jours, quinze jours au mois
de Mai, autant en Septembre : Tes obftruc-
tions fe diffiperent entièrement ; & depuis
il a joui d'une bonne fanté , travaille aux
ouvrages les plus pénibles de la campagne.
LU. Obs. Le fils aîné de M. Aubert , fub-
délégué à Bourbonne , âgé de quinze ans ,
eut , dans le courant de l'été 1763, une fiè-
vre intermittente qui fe montra d'abord en
tierce ; les accès étoient précédés d'un frif-
fon de trois quarts d'heure ou d'une heure,
■duraient depuis dix, douze, jufqu'à quinze
heures, & fe terminoient par une fueur peu
abondante; ils revenoient affez régulière-
ment l'après-midi : au troifieme , je lui fis
une faignée dans le fort de la chaleur , &
lui plaçai, pendant la rémifîion, un éméti-
que ; je lui ordonnai de garder un bon ré-
gime & de boire abondamment.
Cette première évacuation fut fuivie
d'un minoratif & de quelques prifes de
quinquina nîtrées , & rendues purgatives
par l'addition de fix grains de diagrède, tou-
jours placées dans les tems de rémimons.
Les paroxifmes diminuèrent ; les fueurs de-
vinrent plus abondantes, & la fièvre ceflfa;
mais la mauvaife difpofition des organes ,
«le la digeftion 6k des parties voifines , la fit
130 Mémoire
bientôt reparoître; elle devint erratique.
Les accès fe montroient , tantôt en tierce ,
tantôt en double- tierce , d'autres fois en
quarte ou double-quarte ; ils ceffoient pour
un tems , revenoient pour un autre, & tou-
jours avec les mêmes variations.
Ce nouveau caractère me fit abandonner
la méthode du premier traitement, & por-
ter mes vues du côté des vifceres du bas-
ventre; en les palpant, je trouvai le grand
ck le petit lobe du foie durs , obftrués : en
conféquence , je lui prefcrivis nos eaux en
boiflbn. Leur ufage modéré & proportionné
à fon âge pendant quarante jours , à diffé-
rens intervalles, a fondu l'obftruction àc
détruit fans retour la fièvre.
LUI. Obs. M. Aubert, frère cadet de
celui-ci , pour une fièvre lente , accompa-
gnée d'une toux aigre & quinteufe , s'eft très-
bien trouvé de l'ufage des eaux en boifîbn ,
coupée avec moitié & un tiers de lait.
LIV. Obs. Dom Guaî, religieux Béné-
dictin au prieuré deBourbonne, fut atta-
qué, en 1740, d'une fiévre-quarte opiniâ-
tre qui éluda pendant long-tems l'action des
délayans , évacuans , fébrifuges , apéritifs ,
& qui ne céda que pour quelques tems à
de très-fortes dofes de quinquina combiné
avec les martiaux , les cloportes, &c différens
fels , tant neutres qu'alkalis fixes.
Au moyen de ces remèdes , les intermif-
sur les Eaux de Bourbonne. 131
fions étoient d'un mois tout au plus , après
lequel la fièvre renaifîbit comme aupara-
vant.
Ces alternatives ont fubfifté pendant plu-
fîeurs années , & fe font enfin bornées à
un feul retour , qui avoit lieu tous les ans
dans le courant d'Août ou Septembre, (pre-
mière époque de l'invafion de la maladie, )
& duroit tantôt plus , tantôt moins. Il s'an-
nonçoit toujours par un accablement, prof-
tration de force , du dégoût , un air trifte ,
fbmbre , mélancolique , & de légères hor-
ripilations. Ces récidives confiantes & ré-
gulières me firent foupçonner quelques en-
gorgemens dans les vifceres du bas-ventre,
qui en entretenoient le levain , & me dé-
terminèrent à lui confeiller , en 1764, la
boiflbn de nos eaux.
Un ufage de trois quinzaines qu'il en fit ,
pendant lefquelles elles étoient fervies de-
puis une livre jufqu'à trois par jour, avec
quelques minoratifs , un repos intermédiaire
& afTez long entre chacune d'elle , l'ont
entièrement délivré de ces retours inquié-
tans. Un accès de fciatique violent qu'il a
reflentit l'année dernière , a également céd é
à dix jours de boiflbn ; il jouit préfentemen t
de la meilleure fanté.
LV. Obs. L'automne dernier , le fils du
nommé Pierre Gevrai le jeune , de Bour-
bonne , âgé de fix ans , fut attaqué d'une
Iii]
132 Mémoire
fiévre-tierce bien caraôérifée. Elles'annon-
çoit par un friffon d'une demi-heure , trois
quarts-d'heure ; enfuite la peau devenoit fé-
che, brûlante, le vifage rouge, la foif ar-
dente ; duroit neuf à dix heures , ck fe ter-
minoit par une moiteur. Je la combattis
par une diète humectante, délayante, une
eau émétifée , des anthelmintiques mercu-
riaux rendus purgatifs , des abforbans , 6c
quatre prifes de douze grains chacune de la
poudre fébrifuge d'Helvétius. Ni le régime,
ni ces remèdes ne produisent rien ; tout
devint inutile.
Les forces & l'appétit fe perdirent ; il
n'avoit plus fa gaieté & fa vivacité ordinaires,
le vifage devint pâle & bouffi , le ventre
dur & tendu, les extrémités fupérieures &
inférieures grêles ; une toux acre & conti-
nuelle fe mit de la partie , Si ne lui laiffoit
pas un moment de relâche.
Je crus ne pouvoir mieux faire que de
lui confeilîer les eaux de Bourbonne; d'a-
bord il les prit coupées avec un tiers de lait,
enfuite pures. Vingt jours de leur ufage ,
félon cette méthode , lui ont rendu {es for-
ces, fon appétit, & enlevé fa toux ck fa fièvre.
LVI. Obs. Le fieur Valferdin , marchand
chamoifeur à Bourbonne , à l'âge de trente-
cinq ans, fe trouvoit, en 1750, pefant, mou,
décoloré, virorc quodam albicans , tendant
à ia boufMure 3 ne fe foutenant point avec
SUR LES EAUX DE BOURBONNE. 135
vigueur fur Tes jambes ; les digeftions étoient
lentes , l'appétit équivoque , la refpiration
difficile , en montant ou marchant plus fort
qu'à l'ordinaire ; il étoit tantôt conftipé ,
tantôt dévoyé , urinoit abondamment ou
peu ; les urines étoient alors comme de la
groffe bière rouge, fédimenteufes & bri-
quetéçs; toujours tri fte & mélancolique,
il ne travailloit qu'avec peine & fans goût,
touchant au plus haut degré de cachexie, &
à cet état qu'Hippocrate paroît défîgner fous
le nom de grandes rates ; la bile fe répan-
doit par intervalle fur toute l'habitude du
corps ; la bouche , l'haleine étoient d'une
rnauvaife odeur ; les gencives étoient ten-
dres , blafardes , & , pour peu qu'il y tou-
chât avec le doigt , ou qu'il mâchât fort ,
faigneufes; il faignoit du nez de tems en
tems ; la peau avoit des taches noires, con-
tenoit dans fon épaiffeur, ou recouvroit
de petites tumeurs inégales , quoique rares ,
ainu" que les taches ; le fommeil étoit in-
quiet , fatiguant , accompagné de rêves lu-
gubres , plus profond & moins long que
dans l'ordre naturel.
En automne , une fiévre-quarte fe mêla
de la partie; fes accès étoient de douze à
quinze heures : une toux aigre & convr.l-
iive , qui commençoit & finifïbit avec eux 9
étoit plus à charge que la fièvre ; elle don-
«oit des maux de tête affreux, & exprimok
liv
îi34 Mémoire
du fang des poumons , qui teignoit les cra»
chats peu copieux , difficiles à obtenir.
Cette conjoncture remuoit l'ignorance &
la jaloufie : il y avoit peu que l'ufage des
eaux étoit admis contre la fièvre quarte à
l'hôpital militaire ; le médecin les ordonna
au malade & les lui fit boire : tous étoient
attentifs à l'événement ; les vœux funèbres
ïk falubres s'entre-croifoient : il fe déclara
en faveur de ceux-ci. Cet affaffinat du ma-
lade, publioit-on, qui devoit préparer un
trophée fans égal pour la Naïade de céans ?
fut nul : Nubes & inania.
La cure fut lente &: épineufe : tous les
accidens augmenteront , comme c'eft l'or-
dinaire ; les accès devinrent plus longs ck
plus violens ; la toux étoit plus convulfîve,
plus accablante , plus fréquente , les cra-
chats plus fanguinolens ; la bouffifTure , en
fàifant des progrès, menaçoit de leucophleg-
matie ; il y avoit plus.de fix femaines que
le malade buvoit les eaux, félon les mefures
«qu'exigeoient fes forces , & les circonitan-
ces fort variables de la maladie.
Avec un mauvais régime très-fouvent
blâmé en vain, ( il mangeoit, au milieu de
fes accès des omelettes, & fe régaloit de
vin nouveau , ) la fufpenfion des eaux, quel-
ques dofes de quinquina, accordées plus à
l'impatience du malade , Se à l'inquiétude
des affiftans que l'on entretenoit aifément
sur les Eaux de Bourbonne. 135
& avec foin , qu'à la néceffité d'en donner,
en deux mois , une fiévre-quarte qui auroit
pu durer plus d'un an , finir par l'hydropifie,
fut terminée fans récidive, avec la cachexie
dont elle étoit le fymptôme le plus preffant
& le plus effrayant, au milieu de l'hiver, qui
fut des plus rudes, ôc ne fe fit pas même
reiTentir.
On commença à l'hôpital, en 1745, à
combattre les fièvres- quartes réfra&aires
par les eaux ; la confiance en elles étoient
chancelante , & les cas qui fe préfentoient
étoient rares : le hafard les faifoit naître ;
on n'y envoyoit perfonne : les eaux, loin
de paffer pour fébrifuges , étoient profcri-
tes , & la fièvre , de quelque nature qu'elle
fût , étoit l'étiquette de profcription la plus
sûre pour tout malade.
Une fièvre mal éteinte, qui renaiffoit au
milieu de l'ufage des eaux , fournifïbit quel-
quefois à l'obfervateur au guet l'occafion
rapide d'une guérifon confiante ; il marcha
«l'un pas plus afTuré ; & les fébricitans arri-
voient exprès à l'hôpital , pour y trouver
un remède que l'inutilité ou l'infidélité des
autres leur rendoit cher.
Depuis 17^0, des obfervations folides
& irréfragables ont engagé les médecins
& les chirurgiens des hôpitaux militaires
des différens corps , à envoyer tous les ans
136 Mémoire
ces malades aux eaux : elles fe font multi-
pliées , & ont acquis ce caractère de vérité
que donne en médecine l'expérience répé-
tée. En 1770 feulement, on en a compté
cinquante : les régimens de Foix ck de la
Reine, infanterie fur-tout , ont fourni à l'hô-
pital vingt-fept malades qui, pour la plupart,
y font arrivés moribonds, ck en font fortis
guéris, de fièvres d'un an , dix-huit mois ,
deux ans ou plus.
Il m'auroit été facile de rapporter ces
guérifons cathégoriquement , mon ami ne
m'auroit pas refufé là-delïus les notices né-
ceffaires; j'ai craint d'être trop long fur
cette matière qui ne tariroit point, les ré-
pétitions, la monotonie des tableaux, qui
d'ailleurs, s'il y en a qui foient, comme je
n'en doute pas, fufceptibles de nuances affez
diftinclives pour que, mis l'un à côté de
l'autre, ils ne produifent pas en tout le même
point de vue ; ce doit être l'ouvrage de
MM. les officiers de fanté , qui fçaurontles
apprécier ÔC leur donner les jours conve-
nables.
Cependant ces MM. ne peuvent avoir
d'exemples tels que celui du petit Gevrey,
&ce dernier. Si M. Bouvard eft le premier
qui, pour la colique du Poitou minérale
que nous ne connoiffions point , a confeillé
nos eaux avec fuccès à M. le vicomte de la
sur les Eaux deBourbonne. 137
Rochefoucauld , il l'eft aum" pour les avoir
confeillées à un fébricitant qui n'avoit pas
cinq ans, avec le même fuccès.
LVII. Obs. Le gros bon fens que de-
mande M. Preffavin à M. Pomme {a) ap-
prend que les enfans font délicats , plus fu-
jets aux convulfions que les adultes ; qu'il
ne faut pas être un Hecquet , un Gauthier
Harris pour le fçavoir , ni fort prévoyant
pour croire que les cifpofitions de l'enfance
puiflent s'étendre au-delà du berceau 6c
durer toute la vie , fe renouveller au moins
dans l'âge adulte, non-feulement chez des
femmes que Fidiocrafe rapproche beaucoup
du tempérament radical ck primitif, mais
suffi chez quelques hommes : l'abus des fix
chofes non naturelles feul peut ramener
ces difpofitions fupprimées, pour partie, par
la force &: la crue de la fibre , le genre de
vie : Naturel recurrit.
Le petit malade, M. de Chézeau, avoit
eu la fièvre quarte pendant l'hiver: une obf-
truclion monftrueufe qui rempliffoit exac-
tement la moitié du ventre, qui s'étendoit
depuis le cartilage xiphoïde jufqu'au pubis ,
en fuivant au jufte la direction de la ligne
blanche , effraya les parens , il fut envoyé
à Bourbonne en 176 1.
(a) Journal de Médecine, mois de Septembre
3770, page 246.
138 Mémoire
Quatre jours après Ton arrivée , je le mis
à la boiflbn des eaux; il les but depuis huit
onces jufqu'à une livre, une livre ck demie;
on les fervoit par petits gobelets de quatre
onces chacun, & à vingt minutes d'inter-
valle ; il les continua dix-huit jours de fuite ,
pendant lefquels il fut purgé deux fois ; le
refte.du mois fut employé à les boire de
deux jours l'un , après lequel il fut encore
purgé & fe repofa.
Pendant la première quinzaine de boif-
fon , la fièvre augmenta, les accès devinrent
plus longs , plus effrayans ; & , quoique
j'eurTe prévenu de leur retour & de leur
augmentation , ils donnèrent de l'inquié-
tude & aux parens & aux perfonnes qui en
avoient foin. Pendant fon repos , ils dimi-
nuèrent beaucoup , & enfin difparurent
après la féconde faifon , où tous les exerci-
ces de la première furent répétés.
Point de fubterfuge, M. Pomme. Si je
vous eftimois bien perfuadé de votre ra-
cornifTement des nerfs dans les vapeurs ,
très-réel & très-important à votre avis , &
que cet enfant eût été le vôtre ; que , malgré
vous, on lui eût fait prendre des eaux ther-
males , fur-tout de Bourbonne , on vous
auroit arraché les entrailles, vous auriez cru
tout perdu. Vous voyez cependant qu'il
n'en eft rien ; & je veux bien encore , pour
vous éviter la peine d'écrire, ck vous épar-
sur les Eaux deBourbonne. 139
gner les foins de vous procurer des moyens,
bons ou non , de mordre les Obfervations
de mon Mémoire qui font pour vous d'ai-
rain , indormis, inhians , vous dire qu'il eft
fous vos yeux , & que , fî vous voulez vous
donner la peine d'aller chez M. de Proven-
cheres , maître de la chambre aux deniers du
roi, vous y verrez un aimable adolefcent
que les eaux n'ont ni defleché ni racorni.
Les fels médicinaux, tant fixes que vo-
latils , les fixes fur-tout , font anti-quartes ;
plufieurs ont penfé comme le docteur
Scaop , fi je ne me trompe, dans les Eflais
d'Edimbourg , que les fels avec les différen-
tes fubftances auxquelles ils font unis , tirés
des eaux par évaporation , pris intérieure-
ment, produifoient les mêmes effets que
ces eaux même. M. le Maire, qui a pratiqué
fi long-tems à Plombières, ne favorife point
cette opinion (à)\ ce qui n'eft pas étonnant:
ces eaux ont fi peu de fel , qu'il feroit diffi-
cile ou impoffible de faire avec elles des
épreuves très-fouvent répétées & confé-
quentes ; on feroit mieux fondé à croire que
le fel marin , par exemple , conferveroit la
vertu de l'eau de mer, ce qui n'eft pas (£).
Si i'infolation le dénature, l'évaporation,faite
- >
(a) Traité hiftorique des Eaux de Plombières ,
par dom Calmet, page 146.
{b) Voyez DiJJertatio de ufu aquct marina Ri^
pardi Ruffd , page 193.
140 Mémoire
même au bain- marie & dans des cap fuies
de verre , laifTe notre fel encore plus dégé-
néré, fans compter la perte du véhicule
propre , fabricateur, nourricier, que rien ne
peut fuppléer.
L'infolation & le feu , quoique l'un plus
que l'autre , altèrent les fels naturels , qui
par-là différent beaucoup des fels factices.
Sans confulter les Annales chymiques, je
vois dans le Teftament politique du cardinal
de Richelieu : « Que les pays du Nord font
» privés de la chaleur néceifaire pour faire
» le fel; & ceux fitués au-delà du quarante-
» deuxième degré de latitude , comme eft
» l'Efpagne , font un fel trop corrofîf ,
» qui mange 6k détruit les chairs au lieu de
» les conferver : la France feule fe trouve
» dans un climat tempéré propre à faire le
» fel : auflî elt-ce une des grandes richelTes
» de ce royaume, & ce que j'ai connu de
» furintendans, les plus intelligens égalent le
» produit de l'impôt du fel levé fur les fali-
» nés, à celui que les Indes rapportent au
» roi d'Efpagne. »
Il paroît néanmoins que la vertu des eaux
eft proportionnée au principe falin , qui ,
Balaruc excepté , eft dominant dans nos
eaux plus que dans aucune du royaume ;
étant bienfaifantes , non incendiaires , elles
feront plus qu'elles anti- quartes, anti-fpaf-
modiques.
sur les Eaux de Bourbonne. 141
Le quinquina , au moins aufïï vanté au-
jourd'hui comme tonique, anti-feptique ,
anti-fpafmodique , anti-hyftérique , ftoma-
chique , que comme fébrifuge , commença
fa réputation par les fièvres-quartes : Primb
cœpit inc/arefcere. Elle éclipfa d'abord celle
dont jouiiToient déjà les eaux de Bourbonne ;
{es prodiges n'éblouiilbient pas tous les mé-
decins : on cherchoit & on cherche encore
des anti- quartes : ils étoient trouvés , mais
négligés ; depuis , quelques modernes ont
propofés les eaux chaudes , froides , ôcc.
M. Lieutaud (a) dit : « Les eaux de Bour-
» bonne font mifesau nombre des meilleurs
» médicamens dépuratifs , apéritifs & inci-
» fifs ; elles redonnent de la force aux ef-
» tomacs affaiblis , rendent le ventre libre ,
» favorifent la fortie des urines & des
» fueurs ; enfin elles diffipent les fièvres les
» plus opiniâtres , &c. » Il finit par dire
» qu'elles font encore très-efficaces pour dé-
» terger £k cicatrifer les ulcères que l'on a
» plus de peine à amener à ce point. »
LVIII. Obs. Pendant tout le tems que
j'ai été chirurgien à l'hôpital, les ulcères de
caufes externes , même fiftuleux , étoient
abandonnés feulement aux eaux topiques ;
les emplâtres, onguens , baumes , n'étoient
(a) Précis de Matière médicale, page 105, pre-
mière édition.
141 Mémoire
qu'accefïbires , propres à les défendre du
frai des corps durs ; la fuppuration deve-
noit louable, plus abondante ; les bords, en
diminuant d'épaiiTeur & de réfiftance , fe
rapprochoient ; les chairs reprenoient une
couleur vive & vermeille, elles bourgeon-
noient à vue d'œil; & ordinairement la ci-
catrice, fous l'emplâtre jufqu'alors plus dé-
fenfif qu'épulotique que le foldat portoit
encore quelque tems pour protéger l'épi-
derme renaiiîant de tendres bourgeons peu
confolidés, feformoit ou étoit formée, après
avoir été défirée des années entières. Les
ulcères de caufes internes exigent plus de
précautions ; la boiiTon , des remèdes fous
forme féche , appropriés.
M. de M.... lieutenant général des ar-
mées du roi , vint aux eaux , en 1 764, pour
plufieurs ulcères aux jambes , plus inquié-
tanspar leur nombre que par leur étendue:
ils étoient la fuite d'éryfipèles phlegmoneux,
qui, l'hiver précédent, avoient caufé les
plus grandes allarmes , ck que l'on craignoit
de voir fe renouveler, ck avoir la fin la plus
fâcheufe les hivers fuivans ou plutôt.
Depuis long-tems , quoique jeune en-
core , fort & vigoureux , les fatigues de la
guerre , que de trop bonne heure il avoit
elTuyées, Pavoient obligé , pour gonflement
aux jambes, tendant à l'œdème , de porter
des bas de peau de chien, qu'il n'abandon-
nera
stfR les Eaux de Bourbonne. 14$
frera jamais, l'habitude ck la nécefîlté {i op*
pofant. Ce gonflement avoit été augmenté
par les accidens de l'hiver; & on lui mefu-
roit toutes les craintes de l'avenir , mêlées
de celles que pouvoit infpirer un vice dar-
treux réel & exiftant.
Il fut queftion, à Ton arrivée, de baigner,
doucher, amujjîm ; l'atonie habituelle de la
fibre , plus forte que jamais , préfenta une
contre-indication déciflve qui éloigna les
bains ck les douches qui avoient pour eux
une confiance anticipée qui fut d'autant plus
difficile à vaincre , que le malade redoutoit
la boifïbn pour la goutte dont il étoit foup-
çonné , & qui étoit une contre-indication
de plus , les bains &: la douche ayant pu la
ramener, avec éryfipèles phlegmoneux-
cedémateux-goutteux ; j'ajouterai auffi que
la peau d'une jambe fur tout, qui avoit été
plus maltraitée que l'autre, tenoit encore à
ce couleur de rofe qui appartient à l'éry-
fipèle.
On fent qu'il y eut un conflit d'opinions*
l'intérêt perfonnel, le médecin qui doit s'en
emparer en juge plus éclairé que le malade,
firent avertir madame qui apporta la paix ;
la capitulation fut que le malade boiroit les
eaux , ne mettroit que de (impies compref*
fes trempées dans ces eaux fur les ulcè-
res , une ou deux fois le jour, & même avec
circonfpecl:ion : elle fut exécutée.
K
144 Mémoire
Monfieur but les eaux pendant un mois
avec ménagement, depuis une livre jufqu'à
trois au plus par matinée ; Se, lorfqu'elles ne
purgeoient pas, on les aidoit de quelques
purgatifs : la panacée entra dans la cure fans
ptyalifme ; les ulcères fe cicatriferent, l'hiver
fe paffa bien ; &, depuis lafanté n'a point
varié. Il revint, par précaution, en 1765.
JLIX. Obs. M. Juvet, apothicaire à Chau-
mont en Bafligny, âgé de cinquante-trois
ans, au mois de Mars 1769, en dormant,
porta la main à une malléole interne, &. d'un
coup d'ongle fit couler le fang affez pour
que tout le pied & la place qu'il occupoit
en fuflent tachés ; ce qui n'aboutit qu'à une
légère écorchure qu'il auroit très-volontiers
négligée, fi, en marchant, le fang n'eût pas
recommencé à couler plufieurs fois jufques
dans le foulier. Il fallut guérir l'écorchure ,
ck c'étoit le moyen de refferrer les petites
bouches à fang ; le fang ne revint plus , l'é-
corchure fubfrfta, fuinta, forma une plaie
indocile, grande d'abord comme une pièce
de fix fols : elle ne finifïbit point ; & , par
des progrès lents &t fucceflifs , malgré les
foins du malade, de ies confeils , les topi-
ques de toute efpece , parmi lefquels on
comptoit des préparations de plomb, des
fecrets, différens onguens &: emplâtres (<z),
(a) Les. topiques gras , huileux , emplaflriques,
sur les Eaux de Bourbonne. 145
des remèdes internes fous toutes formes,
thoifis & pris dans la clafTe .des anti-dar*
treux , les purgatifs , le bon régime , il s'éta-
blit en fix mois un ulcère grand comme la
main, qui s'appuyoit fur la longueur du ten-
don d'Achille , voifin du calcanéum , me-
naçoit l'articulation du pied, ck qui, en
s'étendant circulairement, alloit gagner la
jambe.
Siuifent fouvent aux ulcères : Confolidationes pro-
craflinantur per talia émplaflra , quce muciiitatt
Judfibras emolliunt. Hinc vulgus in ulceribus fuper*
ficialibus non facile ad émplaflra confugit. Junker,
chirurg. Tab. XXXIX , page 254; & plus bas :
Non abfurdum tfl, quando aquifalfâ ulcus cluunî.
Vi dit que -ces ulcères aux jambes , ou dans le
voifmage des articulations, ne doivent point être
traités par des onguens ou des emplâtres : Hcec
quando ufitatijfimis chirurgicis formul s , unzuentis
aut emplaflris traclantur , facile ità infolsfcunt t
ut per plures amos , tamquam inco'ércibiles ulcerofz
repullulationes durent ffuperficies femper decolor ,
pallida y livida , aliquando ctiam nigrefetns , à con-
folidatione firmâ alinéa.
Cette matière eir. fi importante, que l'Acadé-
mie de Chirurgie n'a pas jugé à propos de cou*
ronner un Mémoire parmi ceux qui déjà lui ont
été lus , & qu'elle remet le prix, qui fera double,
à l'année prochaine. Expofer les ïnconvèniens qui
résultent de l'abus des onguens 6* des emplâtres ,
& de quelle réforme la pratique vulgaire ejl juf-
ceptible y à cet égard , dans le traitement des ulcè-
res ? Tel efl fou programme.
Kij
146 Mémoire
Ces progrès, que l'hiver approchant ren-
doit de plus en plus férieux, qui préparoient
l'incurabilité , furent arrêtés par les eaux : il
y arriva à la fin de Septembre. L'afpect de
cet ulcère étoit effrayant : des bords finueux,
épais , faillans , cîurs , calleux , livides , (ul-
cus dcpafccns^ferpig'mofum^) enveloppoient
un réfeau blanchâtre , lec ck tenace , dont les
mailles donnoient paffage à une multitude
de petits champignons baveux , rouges , qui
verfoient un pus ichoreux , jaunâtre , verdâ-
tre , de mauvaife odeur ; l'appétit étoit chan-
celant , la jambe enflée jufqu'au-deiïus du
genoux ; les douleurs étoient fî vives , que
depuis deux mois les nuits étoient infomnes,
6c faifoient jeter les hauts -cris.
Le malade garda toujours le. lit ; il ne
baigna point à caufe de l'œdème, but les
eaux pendant quarante- huit jours , à une
livre par jour, par égard pour l'eftomac :
ce n'eft pas des dix , douze livres d'eau en
vingt-quatre heures , d'autant plus nuifibles
à l'eftomac & aux poumons dans les fuites,
qu'elles feroient amendées, rendues géla-
tineufes , continuées ou répétées fans fin.
Que M. Pomme, loin d'invecl:iver les vivans
ck les morts, confulte (es confrères; (cela
feroit à fa place, plus court & plus aifé pour
lui , que de lire THippocrate Romain (<*)*)
(a) Bagllvi , de abufu d'duenùum , cap. 1 6.
sur les Eaux de Bourbonne. 147
& tout le Difcours de M. Quefnay fur la
théorie & l'expérience en médecine, pré-
fenté à l'académie des fciences & belles-
lettres de Lyon, le 15 Février 1735, qui
eft une critique perpétuelle &c anticipée de
fon œuvre. On purgeoit deux fois la fe-
maine fort légèrement & avec quelques
cathérétiques : cent trente douches en ger-
bes , non en colomne, qui étoient fervies
trois fois le jour , une demi-heure chaque
fois, à dix-huit pouces, deux pieds de hau-
teur, d'une chaleur modérée au troifieme
degré du thermomètre de Réaumur, des
comprennes trempées dans l'eau minérale,
appliquées fur l'ulcère pendant les inter-
valles des douches, me donnèrent le plaifir
ck la fatisfaction de voir l'ulcère bien cicatrifé
avant que de fortir de Bourbonne; le ma-
lade fe promené , a danfé à la noce de ma-
dame fa fille , & fe porte bien.
Nous appelions ici douches en gerbes ,
celles dont les filets d'eau s'éparpillent en
tombant , forment nappe ; douches en co-
lomne, celles dont les filets reftent ferrés,
fans écarts , repréfentent un cylindre con-
tinu, continuel, perdendiculaire, de hau-
teur donnée entre huit à dix pieds , d'en-
viron fept 'lignes de diamètre , plus ou moins,
entretenue de même hauteur & de même
baie , dans chaque cas où on l'applique ,
pour que la pereuffion , étant toujours la
Kiij
Ï48 M E M OIRE
même, produife toujours le même effet, de
c'naleur variée fiiivantleur exigence, depuis
trente à trente-cinq degrés au thermomètre
de Réaumur.
M. Pomme dit, page 451 de fon Traité ,
Tome II, quatrième édition, que la douche
tombe goutte à goutte, ou en filet. Cette
image eft celle de qui ne la connoît que de
nom , & ne l'a jamais vu donner.
LX. Obs. Mlle. . . . par vice de la lymphe,
eut, en 1761 , un dépôt près la malléole
externe , que, dans les commencemens, on
ne regardoit que comme la fuite d'une en-
torfe ; la tumeur qui avoifinoit l'articula-
tion , oc qui s'étendoit fur la partie latérale
externe du pied , fans aucune apparence
d'altération à la peau , fembloit l'annon-
cer ; mais fa réfiftance aux moyens connus
e-n pareil cas , fit bientôt connoitre la mé-
prife , & porter les vues plus loin.
Un tempérament cachectique, des régies
peu abondantes , irrégulieres , & prefque
point colorées ; une petite fièvre lente %
qui de tems en tems paroifïbit & difparoif*
foit, décélèrent la nature de la maladie.
Alors j'employai intérieurement les défobA
truans , les fondans , les dépurans, Scexté-*
ïieurement les réfolutifs ; plufieurs mois de
leur ufage n'y apportèrent aucun change--
ment : la tumeur alloit au contraire en em<*
pirant; elle devint rouge, enflammée x do*
sur les Eaux de Bourbonne. 149
îoureufe, ck embraflfoit l'articulation de ma-
nière à empêcher la progreffion , ce qui me
détermina à fubftituer aux premiers cata-
plafmes, les anodins & maturatifs: leurs
progrès , ainli que celui de la formation
du pus , furent lents ; mais , auffi-tôt qu'il
fut préparé & amafTé en un foyer qui
occupoit toute la voûte ou partie fupérieure
du pied, je lui donnai jour par deux lon-
gues incifions pratiquées aux parties laté-
rales internes ck externes de celui-ci , que
j'entretins avec un féton , pour garantir de
l'imprefïïon corrofive du pus les os du
tarfe , tendons, ligamens, capfules articu-
laires, ckc. Cette méthode, foutenue pen-
dant deux ans de l'ufage alternatif des
eaux en boiiïbn , de bains partiaux , de
fondans deRotrou, mercuriaux, du quin-
quina , a fubftitué de bonnes jambes à des
béquilles , guéri radicalement un ulcère fur
l'articulation de la féconde avec la troifieme
phalange du petit doigt , avec exfoliation
d'une partie de fon tendon fléchirTeur, ck
une tumeur fur la paupière à côté du grand
angle de l'œil, dépendante, comme l'ulcère
du petit doigt , de la môme caufe que celui
du pied, ck furvenus apr£s lui. Depuis,
elle jouit de la plus brillante fanté, de cet
incarnat inimitable qu'efface celui que l'art
emprunte, de cet enjouement , de ces grâ-
ces qui la rendent les délices des cercks de
Kiv
ijo Mémoire.
3a belle compagnie , 6k les vœux de beau?
coup d'adorateurs.
On lit, TomeX du Journal de Méde-
cine , pag. 310, la guérifon d'une paralyfie
ck de plufieurs ulcères de même caufe par
l'eau de Bourbonne, avec des détails très-
intérefians fur la manière d'agir de cette eau
ck de Ton impreffion immédiate fur la par-
tie globuleufe , rouge ck blanche de nos
liqueurs. On peut encore voir fur cet ob-
jet la DifTertation fur l'Eau de Bourbonne,
page 61 ck fuivantes,où l'on trouvera quan-
tité d'expériences très- variées, faites avec
beaucoup de foin èk de fuccès.
LXI. Obs. Le fujet de cette obfervation
étoit un jeune homme de feize ans, né de
parensfains ck robufles : fort ck vigoureux
lui-même , il y avoit deux ans que, pour la
première fois , il eut un engorgement dou-
loureux près l'angle de la mâchoire infé-
rieure du côté droit , qui gêna un peu fes
mouvemens ; il céda à une faignée , quel-»
ques purgatifs , ck des cataplafmes ano-
dins.
Six mois après, l'engorgement reparut, &
ïntéreflales glandes maxillaires, parotide, le
corps de la peau , les mufcles digaftrique ,
maiTéter, crotaphite, èk l'articulation de la
mâchoire du même côté ; forma une tu->
meur qui s'etendoit depuis le zigoma juf-»
qu'à la. clavicule , çmpêchoit; la mâchoire
sur les Eaux de Bourbonne. 151
de s'abbaiffer , ck permettent à peine qu'on
introduisît entre les dents un écu de trois
livres. Il falloit, pour l'alimenter, lui couper
des morceaux de pain très-minces , ck lui
hacher fa viande. La maladie n'ayant point
cédé aux premiers moyens qui avoient été
mis en pratique , non plus qu'à l'application
de nos boues , on l'envoya à Bourbonne,
le 17 Janvier 1770 : il logea chez moi.
Le furlendemain de fon arrivée, je le mis
à l'ufage des eaux en bohTon ; elles furent
prifes depuis une livre jufqu'à trois , Se de
tems en tems il étoit purgé. Dans la pre-
mière huitaine, je lui ouvris un cautère à la
nuque. Tout alla bien jufqu'au 4 Février;
mais, à cette époque, la tumeur s'enflamma
fi prodigieufement , qu'il fallut que je fuf-
pendifle les eaux. L'inflammation occa-
sionna des douleurs li vives, fi aiguës, fi
continuelles , que jour & nuit il n'avoit pas
un moment de relâche , 6k jetoit les hauts-
cris. Les fomentations émollientes , les ca-
taplafmes de mica punis ne la diminuè-
rent point. Cruellement fatigué par elle ôt
par l'infomnie, j'employai les hypnotiques;
le fommeil qu'ils procurèrent apporta du
calme. Le gonflement étoit û prodigieux,
que l'œil du côté malade fermé , la lèvre
fupérieure confidérablement élevée, ren-
doient ce jeune homme méconnoiiTable; la
mâchoire abfolument bridée , lauToit pafr
151 Mémoire
fer à peine quelques gouttes de bouillon
ou de tifane : le cas étoit preflant. En exa-
minant attentivement les chofes, j'appercus
dans le profond de la tumeur , près l'an-
gle de la mâchoire , une fluctuation fourde,
qui me fit aufli-tôt joindre aux émolliens ck
anodins les maturatifs ; en moins de qua-
rante-huit heures, ils mirent le dépôt en
état d'être ouvert : je ne perdis point de
tems , je l'ouvris fur le champ ; il rendit
une petite cuillerée de pus blanc êk bien
lié; quelques jours après, il perdit de fa
confiftance , devint féreux, ck fe fit jour au-
dedans de la bouche vis-à-vis la qua-
trième dent molaire inférieure. Cet évé-
nement me donna des craintes, fur l'état
des dents , de la mâchoire , ck de fon
plancher alvéolaire. Je fis des recherches
pour m'affurer fi l'une ou l'autre des par-
ties n'étoient point cariée ; les ayant
trouvés faines, j'ufai alors des eaux en in-
jections, qui dans trois femaines amenè-
rent la plaie à parfaite cicatrice. La mâ-
choire, malgré cela, ne s'ouvrant pas mieux
qu'à fon arrivée , les glandes reftant tou-
jours dures ck fquirreufes , me firent re-
commencer, comme auparavant, laboilTon
des eaux , qui , continuée jufqu'au mois
de Juin , & aidée de fondans mercuriaux,
de fomentations , deux fois le jour , fur la
partie malade , ont rendu libres les mou-
sur les Eaux de Bourbonne. 153
vemens de la mâchoire , fondu &: diflipé
^es glandes. Ce jeune homme continue pré-
sentement Tes études.
LXII. Obs. Jean Galandre , foldat au
régiment de Phifer, SuifTe , arriva à l'hôpi-
tal de Bourbonne, en 1762, pour un rhu-
matifme chronique goutteux univerfel , fruit
des fatigues de la guerre. Sa fîtuation étoic
telle qu'il falloit qu'on lui donnât à boire,
à manger ; qu'on l'habillât , déshabillât , le
portât & rapportât par-tout où il avoit be-
foin.
L'engorgement de toutes les articula-
tions prefque ankilofées , leur extrême Cen-
fibilité , ne permettoient pas qu'il foutînt
le poids de fes couvertures ; on ne pou-
voit le toucher ni faire de mouvemens un
peu violens dans la falle , qu'on ne redou-
blât {qs douleurs. Il ne connohToit plus le
fommeil, ck avoit de la fièvre. Cet état fut
combattu par les eaux, fur-tout en boiffon,
bains &t douches alternativement , d'un
degré de chaleur modéré , de purgatifs ,
pendant les deux faifons qu'il refta à l'hô-
pital , entre lefquelles il y eut un mois de
repos ; elles apportèrent l'hiver fuivant un
peu de diminution dans les articles & les
douleurs , & lui permirent de fe traîner avec
des béquilles.
L'ancienneté de fa maladie , le non-fer*
vice à fon corps , lui firent expédier fon
congé ahfolu.. Le foulagement qu'il avoit
154 Mémoire
trouvé à Bourbonne , celui qu'il efpéroif
encore y trouver dans la iuite, l'engagè-
rent à y revenir l'année fuivante. Il pro-
fita , pour cet effet , d'un convoi de ion
régiment qui lui rendit ce fervice, & qui
lui fut très-utile pendant fon féjour. La
répétition de Tes exercices, avec les mêmes
précautions que l'année précédente, le mi-
rent en état de fe fervir de Tes bras, de de-
meurer affis, & de travailler du métier de
ferrurier , qu'il fçavoit très-bien : fon tra-
vail l'a mis dans le cas de fubfifler & de
continuer encore les eaux qu'il a prifes les
années 1764 & 1765 ; elles lui ont enfin
rendu fes jambes , fes forces , en ont fait
un excellent ouvrier. Aujourd'hui il eft ma-
rié, & jouit d'une bonne fanté.
LXI1I. Obs. M. de Neuville , de Bour-
bonne, âgé de dix-fept ans, pour rhuma-
tisme goutteux qui affecloit prefque toutes
les articulations , qui le mettoit dans le cas
de ne pouvoir marcher & fe fervir qu'avec
peine , à ufé des eaux en boiflbn pendant
quatre à cinq mois , dans le cours de deux
ans , avec tout le fuccès poffible.
LXIV. Obs. Cette obfervation, demême
que celle de MIle de Courtaillon, de Mont
doré , qui fera placée dans la fuite, font ex-
traites d'un Mémoire de M. Juvet fur le
volatil des eaux , & par lequel il prouve,
contre l'opinion oppofée, que la vertu prin-
cipale des eaux minérales réfide plus dan*
sur les Eaux de Bourbonne. 155
leurs parties fixes que dans leur volatil, im-
primé dans le Mercure de France, 1757.
» Le fieur Maurice, garçon chirurgien à
» l'hôpital royal ck militaire de Metz, jeune
» 6k d'un tempérament bilieux, délicat, fut
m attaqué, au mois d'Avril 1753, d'une jau-
» niffebien caradtérifée, ayant la peau jaune,
w & crachant la bile pure. Cette jaunifTe fut
» négligée ; l'humeur bilieufe fe fixa & s'em-
» pétra dans les articulations du poignet ck
» du genou droits , qui en demeurèrent
» gonflés.
» Le 10 Mai fuivant , il s'éveilla avec
# de grandes douleurs , ck beaucoup plus
» de gonflement qu'à l'ordinaire dans fes
» articulations , fans qu'il y eût de rou-
>♦ geur à la peau , qui n'en fut pas altérée,
» ck fans aucune inflammation marquée.
» La fièvre commença avec les douleurs ,
» & augmenta, pendant troisjours, au point
» caufer du tranfport.
»> On mit en œuvre tout ce que l'art
» prefcrit ; cataplafmes anodins ck émol-
» liens, embrocations émollientes , même
» des frictions mercurielles. Malgré ces pré-
» cautions ck douze faignées aflez copieu-
» fes, qui furent placées dans l'efpace de
h fix jours , les accidens ne diminuèrent
» point , à la fièvre près. On employa aufiî
» fans fuccès les minoratifs , & même des
» pilules mercurielles. La finovie fe mêla
» ck s'engagea fortement avec labile*rem-
îj6 Mémoire
» plit toutes les articulations dans leur cîf-*
» conférence ; la fièvre, lente fe mit de la
» partie ; les articulations s'ankiloferent.
» Dans ces trifl.es circonftances, défefpé-
» rantes fur-tout pour un jeune chirurgien,
» le malade , après une mûre délibération ,
» fut envoyé par {es confeils à notre hôpi-
» tal. Il partit de Metz le 3 Juin , & le
» vingt-troifieme jour de fa maladie , à
» compter de celui où elle éclata par la
» violence de (es fymptômes. I! arriva à
» l'hôpital, impotent du bras & de la jambe,
» prefque étique , après avoir été rongé
» par fa fièvre-lente , qui lui faifoit effuyer
» journellement les plus gros redoublemens,
» avec un dégoût abfolu & général,des vefti-
» ges de jauniffe fur toute l'habitude du corps.
» Le il Juin, il but de notre eau. Ait
» quatrième jour de boiffon,la fiévre-lente
» ck les douleurs des articulations augmen-
» terent ; les douleurs furent plus vives que
» jamais. Il fut faigné , & purgé avec les
» pilules mercurielles; &, après fix jours de
y* repos , pendant lefquels il fut encore
» purgé avec les mêmes pilules , il reprit
» la boifîbn.
» Il commença alors à marcher , quoi-
» que avec beaucoup de difficulté, avec une
» béquille. Il continua fa boifTon feize jours
» confécutifs , après lefquels il fe trouva af-
» fez foulage pour abandonner enfin fa bé-
» quille. Il but encore dix jours, de deux
sur les Eaux de Bourbonne. 157
» jours l'un, & fut purgé avec les pilules
» à la fin ou environ de ces dix jours de
» boiffon , pendant lefquels on fe fervit de
» bains doux &: des embrocations de notre
» eau , pour les parties affligées feulement,
» parce que j'ai remarqué avec M. le Maire,
» médecin des dames de Remiremont, qui
» a pratiqué près de quarante ans les eaux
» de Plombières, que les bains univerfels,
» les douches abondantes & peu ménagées,
» s'accommodoient peu avec la fièvre.
» M. le Maire défend même aux fébrici-
» tans jufqu'à la vapeur de ces eaux.
» Après ces exercices , qui renferment
» trente jours de boifîbn , à une pinte de Pa-
» ris par jour, qui paffoit avec euphorie par
» les urines & par les felles , l'on eut l'a-
» grément de voir la fiévre-lente avec fes
« gros redoublemens éteinte, l'appétit Se
» les chairs fe rétablir , l'ankilofe du genou
» fe difliper, celle du poignet diminuer,
» & les indices les plus clairs d'une guéri-
» fon prochaine & complette.
» Après dix jours de repos, le malade
» fut encore purgé avec les pilules, remis à
» la boifTon & aux autres exercices pendant
» près de quinze jours , que l'on intercalloit
m quelquefois. Tout réufiit à fouhait ; & le
y> fieur Maurice jouit à préfent de tous fes
» membres , de la meilleure fanté , depuis
y> fon voyage de Bourbonne 2>t fon retour à
» Metz. »
158 Mémoire
LXV. Obs. M. de M officier fu-
périeurdansle corps royal d'artilierie, après
les campagnes pénibles & fatigantes du
Canada , fut attaqué de douleurs fciatiques
fi cruelles & fi vives , qu'elles avoient fuf-
pendu jufqu'à un certain point l'action
mufculaire ; elles gênoient & empêchoient
parfois la progreflion. Ces douleurs, qui
occupoient les deux hanches , avoient par
leur durée & leurs aigreurs, amaigris pro-
digieufement les extrémités inférieures. Le
fommeil étoit court ck inquiet, l'appétit
chancelant , le pouls fébrile.
Après nombre de remèdes , employés
fans diminution de douleurs ni d'atrophie ,
l'une & l'autre au contraire augmentant,
M. de M. . . . fe détermina à venir à Bour-
bonne , & s'y rendit au mois de Juin 1764.
Pendant un féjour de trois mois qu'il y fit,
îl y en eut deux d'employés en boiffon ,
bains , douches , aidés de dirTérens purga-
tifs , du régime ordinaire , pendant lefquels
les douleurs , plus d'une fois , fe font for-
tement réveillées. Il partit, après fes faifons
finies , fouffrant beaucoup moins , mar-
chant bien , ayant repris un peu de chair ;
&,au moyen de cinquante bouteilles d'eau
que je lui envoyai l'année fuivante , des-
quelles il a ufé chez lui , il s'eft délivré
de fa fciatique & de Ces fuites , & jouit
aujourd'hui d'une bonne fanté.
LXVI.
'sur les Eaux de Bourbonne. 159
LXVI. Obs. Nous lifons dans M. Thi-
bault , docteur en médecine , qui a écrit de
nos eaux , en i6^8,pag. 14, «qu'il fut
w appelle à Bourbonne,en l'année 16 5 3, pour
» le traitement de haute & puiiTante dame
» D. Anne Deftoges d'Anglure, dame 6>C
m marquife de Bourbonne , qui depuis un
» mois étoit malade d'une fièvre continue
» fymptomatique , entretenue d'un fâcheux
» rhumatifme , dont elle fut guérie par ces
»> eaux en très-peu de tems. »
La préfence ou l'abfence de la fièvre
dans les rhumatifmes, qui les a fait diftin-
guer par quelques uns en chauds & en
froids , a infpiré à plufieurs perfonnes , par
cette faufife dénomination , de certaines
craintes fur l'ufaçe & l'application des eaux:
thermales dans ceux qu'on appelle chauds;
craintes aufli mal fondées que celles qu'on
leur impute dans le traitement des maladies
fpafmodiques & hypocondriaques , qui,
fans examiner (i elles dépendent réelle-
ment du vice de la fibre ou de celui du
cerveau , guérififent très-bien ici , & déci-
dent la queftion depuis fi Iong-tems agitée,'
en fourn'uTant contre le fyftême du racor-
jihTement des preuves contraires à celles
avancées par fon auteur , qui doivent par
leur évidence terminer la difpute.
Si la fièvre rhumatique,par la variété de
{qs types, peut en impofer. au vulgaire poux
L
i 6*o Mémoire
la caufe même de la maladie , elle devroît
au moins apprendre à la plupart de ceux
qui fe mêlent de l'art de guérir, qu'elle n'en
eft que ie fymptôme ; que les rhumatif-
mes chauds, les rhumatifmes froids ne font,
quant au fond , dépendans que d'une même
caufe développée chez les uns ou les autres
avec plus ou moins d'intenfité , & relative-
ment foumife au même remède ; quecen'eft
que fyftématiquement qu'ils ont pris différens
noms , d'où la crainte fur l'ufage & les effets
des eaux thermales doit ceffer; leurs guéri-
ions fur- tout , étant avérées par ce remède.
Un effet encore très-inquiétant pour ceux
qui prennent les eaux , eft celui de voir ré-
veiller leurs douleurs & paroxifmes afTou-
pis depuis un certain tems , s'augmenter
-même quelquefois ; ce qui fouvent les dé-
concerte. Pour les rafTurer fur cet effet ,
je leur ai démontré dans mon premier
mémoire, page 141 du Journal de Méde-
cine, mois d'Août 1770, la caufe de ce phé-
nomène & fa terminaifon avantageufe. Je
le répète encore ici , en leur obfervant qu'il
n'en1 guères poflible qu'un remède attaque
la caufe d'une maladie quelconque, fans en
réveiller jufqu'à un certain point l'effet, ôt
ne fafle rétrograder fa marche pour la dé-
truire.
Si l'efficacité des eaux de Bourbonne eft
conftamment, prouvée par l'expérience
SUR les Eaux de Bourbonne* 161
Journalière , dans les maladies dont je viens
de faire l'énumération , elle n'étoit pas
moins connue des anciens, qui, voyant fans
prévention ni fyftême, ont fçu l'apprécier
& la faire remarquer. J'ai déjà rapporté ce
«qu'en difent MM. Hubert , Jacob &Thi*
bault fur les maladies fpafmodiques, dans
le Journal de Médecine , mois de Juillet
1770, pag. 25 & 26, dans le Traité du pre*
mier qui a été imprimé la première fois à
Lyon, en 1 570 , & la féconde, en 1600,
on y lit des remarques fi intéreflantes fur?
les maladies où les eaux conviennent ÔC
leur application , qu'il eft étonnant que
l'on fe foit endormi pendant un fi grand
nombre d'années fur leurs vertus , particu-
lièrement fur leur vertu fébrifuge ; voici ce
qu'il en dit. «Lataigne, la rache & autres
» infections du cuir qui gâtent le poil , le
» déracinent par une corruption d'humeurs^
» y font guéries ôc nettoyées.
» Les douleurs de tête , quelqu'efpece
» de migraine entretenues par l'abondance
h de pituite , humeurs froides, fe diflipent
» infenfiblement & font guéries.
» Le poumon farci de gros phlegmes qui
» empêchent la refpiration , faifant obftruc*
» tion , difficulté de refpirer , eft déchargé ;
» le phlegme liquéfié , fondu , eft plus fa*
h cilement craché , digéré. Ici faut l'affif*
Lij
ï6i Mémoire
» tance de l'expert médecin, pour conduire
» les eaux.
» Les mêmes eaux font propres aux bat-
» temens & palpitations de cœur, aux peurs
» &C terreurs provenant d'humeur froides
» ck mélancoliques.
» Pour douleur d'eftomac ck débilité, el-
>» les ne doivent être négligées. Leurbreu-
» vage y eft fouverain , & emporte le poids
» par defTus tout autre remède.
» Les coliques , il n'y a remède plus
» particulier que ces eaux.
» Elles font flngulieres pour les obftruc-
» tions du foie , de la rate , du méfentère,
» du pancréas , des reins , à la rétention des
» humeurs utérines , vieux ulcères , fquir-
» rhe de la matrice , relaxation de fes li-
» gamens , ftérilité , avortement , fuffoca-
9> tion ck autres incommodités.
• m Quant aux douleurs arthritiques , fcia-
» tique , goutte , fcorbut , c'eft plutôt un
»> miracle qu'un remède.
» Les fièvres invétérées, longues, lentes,'
» nocturnes , quartes , intermittentes , y
» font aufli guéries.
» Sont excellentes pour chaflfer le fable,
» la gravelle des reins , de la veflie. Des
» graveleux en ont reffenti des admirables
» effets. »
LXVII. Qbs. «Signament, honorable
sur les Eaux de Bourbonne. 163
$> homme Claude Vofgien , frère de hon-
» nête dame , dame Hugues Vofgien , de
» préfent demeurant à Coiffy, laquelle m'a
» aiïuré que fondit frère , attaqué de co-
» lique néphrétique , de gravelle , après
» tous les remèdes imaginables , expéri-
» mente même l'ufage des eaux de Plom-
» bières, ne fut guéri que parlabohTon de
» nos eaux chaudes de Bourbonne, & ce en
» l'année mil cinq cent cinq, qui fut le corn-
» mencement que nos eaux furent potables.
» La cachexie ou mauvaife habitude de
» tout le corps , la jauniffe y font guéries
» par la boiffon de ces eaux qui mène le
» fiel en fa bourfette ou réceptacle ordi-
» naire , &y étant reçu , il ne regorge aux
» reins & vaifTeaux , & ne rend le corps
» ainli jaune.
» La râtelle, nourrie d'un fang grofîîer,
» terreftre ck mélancolique , en eft fou-
» lagée par un grand Ô£ long ufage.
» Les pâles- couleurs des filles , les lui-
» meurs froides écrouelleufes , la mélanco-
» lie , les vapeurs, en un mot toutes ma*
» ladies froides, humides , même la grofle
» vérole, avec remèdes propres, y trouvent
» guérifon , en buvant de l'eau chaude & fe
» baignant ; l'expérience s'en fait fi fouvenr*
» qu'il n'eft befoin d'autres preuves & rai-
» fons que la pratique journalière.
«Toutes les affe&ions, maladies, fymp-
Liij
164 Mémoire
» tomes , auxquels nous avons dît que les
» eaux en bains apportent un notable fou-
» lagement ou entière guérifon , font bien
» aidés & avancés en leur cure par la
» boiflbn des eaux chaudes , car un mal
» attaqué au-dehors & au-dedans par re-
» mèdes fi efficaces & falutairès , mal-aifé-»
j» ment peut-il réfifter.
» L'heure du jour pourboire les eaux*
» eft le matin , la digeftion bien faite , Ss
» après avoir très^peu foupé.
» La quantité de l'eau fe mefure félon
» la force ck la capacité de l'eftomac ; on
» commence à en boire par fix , fept %
» huit ou neuf onces, en' augmentant de
» jour en jour , çk fuivant que l'eftomac en
» pourra porter , pour ne le point débifer.
» Pour en recevoir loulagement, il faut
*> les boire peu à la fois , pendant quarante
m jours ; puis, après un repos fumTant , les
V boire encore quarante autres, les quaran-»
» taines étant fort reeommandables pour
** la guérifon.
» Plufieuis s'imaginent que, pour pren«
*> dre les eaux minérales de Bourbonne *
s» il ne faille faire autre chofe que de fe
»> jetter dedans à corps perdu , au furplus.
5> voudroient vivre à leur liberté ; les au*
i* très, mieux avifés, fuivent l'avis du ratio-»
V nej médecin,
p Pour régkr les, uns & les autres, faut
sur les Eaux de Bourbonne. 169
j'ai répété depuis lui avec M. Aubertin ,
très-habile apothicaire de cette ville , m'a
confirmé la même chofe. Une cuiller d'ar-
gent bien nettoyée , ïufpendue à la vapeur
de ces fources , n'y a point été colorée. Un
nouet de litharge & un de cérufe, aufïi ex-
pofés à leurs vapeurs , & enfuite à l'orifice
d'un vaiffeau , au moment même qu'il étoit
rempli d'eau fortant de la fontaine , n'y
ont pas été non plus colorés, pas même
ternis.
On ne doit pas toujours , difent MM.
Monnet & Macquer, le premier dans fon
Traité des Eaux minérales , pages 56 & 64 ,
6t le fécond dans fon rapport des Eaux
de Montmorency à l'académie royale des
fciences , rapporter la caufe de la vapeur du
foufre ni au foie de foufre lui-même, étant
iouvent le produit de tout autres matières.
On n'ignore pas que les latrines & la putré-
faction des végétaux donnent la même
odeur, & colorent les fubftances métalli-
ques.
Les différentes matières obtenues de nos
eaux par l'analyfe, mifes en diflblution dans
une quantité d'eau fimple , proportionnée
à celle dont on les auroient tirées , pré-
fente cette différence avec l'eau de la fource
minérale ; que celle-ci a un goût plus moel-
leux , plus agréable que la première ; que
celle-là biffe fur la langue 6k le palais une
170 Mémoire
impreflîon faumâtre irritante : d'où il eft aifé
de conclure que le feu qui a fervi à l'ex-
traction de ces matières , les a coniidérable-
ment altérées , ck en quelque forte dénatu-
rées. L'eau factice caufe delà féchérefle & de
l'altération , tandis que celles de nos fources
produifent l'effet contraire.
Sont-elles delTéchantes , roidilTantes , ra-
corniiîantes , fougueufes , irritantes , effa-
rouchantes? C'eft une queftion futile , qu'il
faut laifTer aux differtateurs fur le vin de
Champagne moulTeux , qui pourront lui
donner du poids. Sont-elles échauffantes?
font-elles rafraîchiffantes? La dernière quef-
tion paroîtra à plusieurs paradoxale : Lites
Jub judice funto.
LXVIIF.Obs. «Mlle de Courtaillon, de
» Montdoré , demeurant à Bourbonne, d'un
» tempérament fort & fanguin, dont les hu-
» meurs font acres & alkalefcentes , fexus
» purpurei Jlorcs dejLorefcentibus annls
» jam non pênes fc , étoit ratiguée & tour-
» mentée jour & nuit d'une foif idiopathi-
» que, qui duroit depuis dix-huit mois fans
» que rien y pût remédier. Vingt pintes
» d'eau par jour paroiffoient plutôt l'aug-
» menter que l'étancher, plus erant potce y
» plus fitiebantur aquœ. Ses lèvres étoient
» toujours féches & brunes, comme racor-
» nies ; elles les pinçoit à chaque inftant
» avec les dents : fa langue étoit profon-
sur les Eaux de Bourbonne. 16$
m tenir pour maxime que le régime de vi-
» vre eft fi nécefTaire en buvant des eaux
» minérales, que fans icelui on fe tourmente
» en vain à prendre & faire tant de fortes
m de remèdes pour rétablir fa fanté. Tous
» ceux donc qui boivent ces eaux fe doi-
» vent propofer la fobriété es mangé ck
» au boire , & i'obferver.
» Nos eaux de Bourbonne , outre leurs
» qualités manifestes , elles ont encore <\es
» propriétés occultes, qui ne fe reconnoif-
» fent que par une longue expérience , &
» font qu'il faut fouvent s'opiniâtrer en leur
» ufage pour bien des maux , nonobftant
V que quelque nouveau médecin voudroit
» dire être contraires à certaines maladies ;
» car le réfultat & fermentation es mixtion
» de ces minéraux , fait ce que nous ne
» fçaurions jamais faire par art , & fait ce
» que le rems ck l'expérience nous apprend.
» Oribafe, médecin de l'empereur Julien,
» parlant des eaux femblables aux nôtres ,
» dit qu'il faut connoître la faculté des eaux
» par expérience; car d'en donner parfaite
» connoifTance , cela ne fe peut : Facilitas
» aquarum /ponte nafcentium affumenda
» ejî ex iis quœ, experientia comprobantur,
» exquijîtam enim notitiam tradere nonpof-
»fumus (a).»
(a) Traité des admirables vertus des eaux
L iv
ri66 Mémoire
Il réfulte de tout ce que je viens de rap^
porter, que, dans tous lestems, la connoif-
fance des eaux minérales & thermales a
plus dépendu de l'œil attentif de l'obferva-
teur éclairé, que du flambeau de la chymie ;
& que, dans tous lestems, elles ont trouvé
des contradicteurs , mais que leurs effets
conftans ck foutenus ont toujours terraffés.
Les modernes qui cultivent aujourd'hui
la chymie avec autant de profondeur que
d'éclat , ont fenti toutes les difficultés qui
fe rencontrent dans l'analyfe des eaux mi-
nérales & thermales, Se en ont prévenu le
public.
Nous lifons dans le Dictionnaire de Chy-
mie , Tome Ier, page 358, « que les opé-
» rations chymiques auxquelles on eft obligé
» d'avoir recours pour analyfer les eaux
» minérales, font quelquefois capables d'oe-
il caiîonner des changemens efTentîels dans
» les fubftances même qu'on cherche à re-
» connoître ; &, ce qui eft encore plus re-
» marquable , ces eaux font fufceptiblesd'é-
» prouver d'elles-mêmes, par le mouve-
» ment, par le tranfport , par le repos , par
chaudes de Bourbonne-lez-Bains en Bafligni ,
jnifes en lumières par Hubert Jacob, maître chi-
rurgien du iieu d'Ânrofey, au voifinage de Bour-
donneront, jufqu'à préfent,nul a, écrit, pages 3^
36, 37? 4a &'43«
sur les Eaux de Bourbontne. 167
>> la feule expofition à l'air, des changemens
» fi confidérables , qu'elles en deviennent
» méconnoifTables. »
Ces changemens fe remarquent fur-tout
dans les eaux minérales ferrugineufes , fpi-
ritueufes ou gafeufes. Ils font même fi
prompts dans la plupart d'elles , qu'hors de
la fource , elles ne donnent plus aucun in-
dice de leur caractère; que le fimple fe-
couement ou la plus légère impreffion de
chaleur qu'elles éprouvent, même celle de
l'atmofphère , fait précipiter les particules
martiales des unes, enlevé le gas aux au-
tres, & les réduit à l'eau fimple : d'où il fem-
hle que Pair que contiennent ces eaux ,
fert comme de point d'appui & de foutien
au mars des ferrugineufes , & d'ame aux
gafeufes, puifque dès qu'il en eft dégagé,
les premières fe troublent, laiffent préci-
piter leur fer, ne fe colorent plus avec l'in-
fufion ou la projection des fubftances acer-
bes, & les fécondes perdent leur piquant.
Les nôtres, qui renferment beaucoup de
parties fixes , ne font point expofées à ces
changemens ; elles fouffrent les plus rudes
fecoufies , l'aclion même du feu , fans les
éprouver : c'eft aufli par cette raifon qu'elles
peuvent être tranfportées au loin , pourvu
qu'elles foient dans de bonnes bouteilles
de verre , neuves , exactement bouchées
& gaudronnées , 6c produire de très-bons
i68 Mémoire
effets. Celles qu'on emporte dans des vaif-
feaux de bois ou autres mal conditionnés ,
fe corrompent très- vite.
Les expériences chymiques nous ap-
prennent qu'elles contiennent , par livre
d'eau, foixante-trois grains de fel de la na-
ture du fel marin , quatre grains trois quarts
de félénite,deux grains un quart de terre ab-
forbante; tous les indices du fer , font d'ail-
leurs fi fenfibles dans leurs boues ou fédi-
ment, que l'acide vitriolique ou nîtreux en
diflbut une aflez grande quantité en même
tems qu'il diflbut la terre abforbante qui
s'y trouve abondamment.
Après leur defliccation à l'air, qui eft très-
difficile , étant grafles Se on&ueufes , la
pierre d'aimant en enlevé une poudre noire
ferrugineufe très-fine, en forme d'aigrette ,
pourvue de tout fon phlogiftique.
Sur la fin de l'évaporation, je m'arten-
dois de trouver quelque portion de fel ma-
rin à bafe terreufe , ou de fel de Glauber ,
étant arTez ordinaire d'en trouver dans les
eaux qui contiennent du fel marin ; mais
je n'eus pas la moindre marque ni de l'un
ni de l'autre.
Elles préfentent une odeur de foie de
foufre très-forte : cette odeur a voulu y
faire trouve: du fulfureux ; mais l'examen
qu'en a fait M. Monnet lui a prouvé qu'il
n'y avoit rien qui en approchât. Celui que
sur les Eaux de Bourbonne. 171
» dément fillonée , articulent avec quelque
» difficulté ; elle avoit fouvent la bouche
» béante , l'appétit étoit languifTant ; elle
>> pafloit les nuits prefque fans dormir, dans
» des rêves triftes Se des agitations pafTa-
» gères & fpontanées , fréquentes ; tout
» fon corps ne pouvoit prefque plus fouffrir
» fes couvertures, quelques légères qu'elles
» fuflent, & quoique l'hiver fût des plus
m rudes. Elle ne craignoit rien tant que de
» devenir hydropique ; & cette crainte lui
» étoit plus à charge que fa foif même : Se
» femetipfam ûebat querula funzri maturo
» proprior&m , fuafque obvio ciùlibet exe-
» quias anù annum edebraturas propalan-
» tem. Je la rafTurai de mon mieux , quoi-
» que je craigniffe avec elle la fin de fa foif:
» Sitis prtzttr naturam malum non cjl con-
y> temnendum , quoniam & nutritioni obcji
» & vires valde dejicit.... inde cackexiam
» & alios gravijflîmos morbos incidunt^ imb
»fœpè mortem Jibi attrahunt (a). Les ti-
» fanes rafraîchilTantes , les bouillons dé-
» layans, les aigrelets, le fyrop de limon ,
» le nitre , ce puifTant fédatif fi accrédité
» dans les écoles d'Allemagne , le quinquina
» en petites dofes, qui , félon M. Hecquet,
» Sthaal , Neuter , Charles Albert , eft un
■ ■ . ii»
(<z) SetmzntPratf. l'ib. Impart. ltfcft. 2, cap. 7;
ifi Mémoire
>> calmant (<z) , les gargarifations de toutes
» efpeces, tout échoua.
» Je connoiffois déjà quelques faits qui
» m'avoient laifle fortement imprimé dans
» l'efprit , que , dans certains cas femblables
» à celui-ci, notre eau avoit réuflï : je la pro-
» pofai à MIle de Courtaillon. Je réalifai
» mes offres : elle en but trente jours, une
» pinte &c plus par jour, pendant l'hiver
» 1754 : elles paffoient bien par les urines
» &: par les felles ; elle fentit fa foif s'ap-
» paifer, fe réduire à fa foif naturelle, Ô£
» elle jouit depuis cet ufage de fa fanté or-
» dinaire : Hydropis omni mctu fugato. »
LXIX. Obs. Lorfqu'un empoifonné
par des acres ou des cauftiques, a échappé
aux dangers de l'érofion , de la déprédation
des parties vifcérales, à leur bouleverfement
fpafmodique , à leurs convulfions locales ,
telles que la colique , le vomifTement , le
hoquet, qui, devenant générales, ne finif-
fent fouvent qu'avec la vie ; le genre ner-
veux a reçu des impreflions fâcheufes,
même funeftes , qui donnent lieu à des
crampes, à la contracture des membres , à
la paralyfie , à des foibleffes d'eftomac &
à des langueurs mortelles : nous avons vu
de ces malades qui ufoient des eaux avec
(a) Voyez M. Hecquet , Réflexions fur l'ufage
de l'opium.
sur les Eaux deBourbonne. 175
/ruit , & je m'en tiens à un exemple récent.
M. Moreau , curé d'Aulnay-fur-Marne ,
près Châlons en Champagne, y arriva fur
la fin de Septembre , empoifonné par acci-
dent , depuis fix femaines ou deux mois.
Ce qui l'inquiétoit le plus, étoit une para-
lyfie universelle qui faifoit des progrès jour-
naliers : il ne pouvoit faire un pas, fefou-
tenir fur fes jambes; il falloit le porter: il
n'avoit aucun ufage des bras & des mains ;
il étoit néceflaire de lui couper (es morceaux
& les lui mettre à la bouche.
• Les eaux topiques & en boifTon arrêtè-
rent le progrès du mal ; & en un mois de
tems il les quitta, commençant à faire quel-
ques pas, feul & appuyé, à recouvrer les
mouvemens des bras. Le 28 Décembre il
écrit : « Quinze jours après mon retour, j'ai
*> été en état de faire mes fonctions de curé
» & de voyager à pied ; je fens encore du
v> mieux depuis , mes pieds & mes mains fe
-» fortifient ; cependant mes doigts éprou-
» vent encore de légères convulfions, &
m n'ont pas encore toute leur fenfibilité :
» mon eftomac eft bon , & même meilleur
» qu'avant mon accident, »
J'apprends aujourd'hui 15 Mai 1 77 1 ,
par l'arrivée de M. Moreau à Bourbonne,
qu'il ne lui refte plus , de tous fes accidens,
qu'une très- légère ftupeur à l'extrémité des
deux derniers doigts de la main droite ? &
174 Mémoire
à l'articulation de la jambe avec le pied.1
Les eaux furent bues, au plus à titre de
coprotiques , comme ftomacales , fortifian-
tes, nervines , ami-fpafmodiques; ce mé-
nagement étoit dû fpécialement à l'eftomac
qui avoit été travaillé par le poifon , qu'il
n'auroit pas convenu d'inonder , diftendre ,
fatiguer , furcharger ; d'où les purgatifs
n'entrèrent point dans la cure, à laquelle
préfiderent le régime & l'application fcru-
puleufe de cet axiome , qu'il eft aufli pru-
dent d'adopter dans ce cas , qu'il feroit ri-
dicule de l'écarter dans d'autres conjono
tures : Omnia. purgenùa vim habcnt dele-
teriam.
M. le Maire , dans fon EfTai fur la manière
de prendre les eaux de Plombières, prétend
que par une boiftbn abondante, outrée,
dont il expofe les inconvéniens , dont il re-
proche l'abus aux buveurs d'eau minérale ,
l'eftomac eft atteint d'une paralyfie pafîa-
gere, telle, ou à-peu-près, que celle qu'éprou-
vent ceux qui font mal ou durement accou-
dés , aflis trop long-tems ou inégalement.
L'exercice eft d'autant plus néceftaire
aux impotans, que leurs membres ne s'y
prêtent que peu ou point; il coopère d'ail-
leurs à l'acYion des eaux , s'il n'eft immo-
déré. L'ufage de la brai^lloire fut auxiliaire
& familier; elle procuroit à M. le Curé
des moiteurs falutaires. Nous la formons
avec
SUR LES EAUX ÔE BouRBONNE. 17 J
avec un cordeau câblé, roulant fur une pou-
lie de quinze à feize pouces de diamètre ,'
attachée verticalement à un plancher ou
autrement; il fournit (le cordeau) deux
branches , une pour le côté droit , l'autre
pour le côté gauche, A chacune de leur
extrémité, eft affujettie une forte de crémail-
Kere de huit pouces de longueur , d'une
demi-ligne d'épaifleur, de quatre de largeur,
percée de fix trous ronds également es-
pacés , deftinés à haufTer ou bailler une fuf-
penfoire à crochet pour le bras.
La même fufpenioire , à la faveur d'une
même crémailliere , ck d'un bout de cor-
deau de douze à quinze pouces de lon-
gueur, aflbrti, à une de fes extrémités , d'un
crochet, fert pour les jambes, en reculant
d'un pied , plus ou moins, le fauteuil fur le-
quel le malade eft pofé, pour être exercé
ou s'exercer.
Chaque fufpenfoire eft formée d'un ci-
meau ou litière de drap , de quatre doigts
de largeur, ou d'autre étoffe doublée, pi-
quée , de même largeur , bordée d'un fleu-
ret ou ruban , formant une anfe fimple our
double pour recevoir le bras ou la jambe
paralytique , les affujettir plus commodé-
ment , en engageant une des anfes à la
partie inférieure du bras au-deftus des con*
dyles de l'humérus , & l'autre à la partie in-
férieure de l'ayant-bras près du poignet*
M
176 Mémoire
L'anfe deftinée à recevoir l'extrémité infé-
rieure doit porter une traverfe pour foute-
nir la plante du pied , afin que ,dans les dif-
férens mouvemens, la jambe ne parle pas à
travers. Dans cet état, le bras Tain, paffé dans
l'anfe de la fufpenfoire , oppofée à celle qui
foutient la partie malade, fait defcendre &
monter le cordeau qui lui répond , Se donne
au membre paralyfé & à toute la machine
tel degré de mouvement qu'on juge à pro-
pos. La même manœuvre s'exécute pour la
jambe arTe&ée, avec la jambe faine. Si tou-
tes les parties font impuiffantes , on juge
bien qu'il faut une autre perfonne pour
mouvoir la brandilloire.
Le fauteuil de porte outrémouffoir (a)t
n'eft ni fi fimple, ni fi portatif qu'une pou-
lie ; on eft expofé dans ce trémouffoir à
des fecoufifes de devant en arrière, de droite
à gauche , & de haut en bas. Tantôt ces
differens mouvemens fe fuccedent de diffé-
rentes façons ; tantôt ils concourent plu-
fieurs à la fois. On peut à fon gré les ren-
dre plus brufques ou plus doux, plus prompts
ou plus lents, plus violens ou plus foibles.
Outre que la poulie participe à ces avan-
tages , fans avoir les inconvéniens de ba-
loter les eaux, les alimens dans l'ertomac,
ce qui pourroit nuire à la diftribution des
(a) Mercure de France, mois d'Avril 173 5,
sur les Eaux de Bourbonne. 177
eaux , à la digeftion , faire vomir les eaux
& les alimens ; elle a , comme le trémouf-
foir, celui (qui eft principal) de remêler
efficacement, mais partie par partie , toutes
nos liqueurs ftagnantes , de les réftituer à
la marche & à l'équilibre général , en fa-
cilitant l'influence des efprits, en faifant agir
ou réagir leur mouvement circulaire de la
circonférence & des extrémités au centre ,
& , vice vtrfd9 fans heurts & fans trouble ;
ce qui n'eft pas à négliger pour des apo-
plectiques , des vaporeux , des malades fu-
jets aux vertiges, aux palpitations, diffi-
cultés de refpirer, qu'un mouvement donné
de toute la marie , qui la remue en bloc &
par le tronc , pourroit bleffer, même mal-
gré les précautions.
Le trémouffoir a donné lieu à une ob-
fervation de M. Aftruc , imprimée dans le
même Mercure , fur les avantages de la fo-
briété & de l'exercice. 11 y a encore dans
le Mercure de Décembre 1734, un Mé-
moire fur l'utilité & l'ufage du tremouffoir;
au moins la difficulté de le procurer à nos
malades , quelqu'une qu'il foit , nous a
fait recourir à la poulie. Ce que l'on peut
(e donner fans peine & fans frais , touche
à l'indifférence : je réclame pour elle tout
ce qui conftitue l'avantage efTentiel & prin-
cipal de cette machine , qui ne le pofTede
peut-être pas à un plus haut degré ; l'exer-
Mij
178 Mémoire
cice de la brandilloire peut exciter le mou-
vement du fang jufqu'à la fueur, fans fatigue.
On voit, par l'obfervation de M. le curé
d'Aulnay, que les eaux, loin d'avoir agacé,
irrrité un eftomac encore fouffrant de l'im-
preffion des parties cauftiques rongeantes ,
auxquelles il a été expofé, il en a été au con-
traire rétabli & devenu meilleur qu'aupa-
ravant.
A l'idée des fubftances faunes fe joint
communément celle de l'aiguillon , de l'ir-
ritation , de la corrugation. M. Pomme en
abufe, en fuppofant faftidieufement des
nerfs racornifTables à tout inftant , que les
fels & les efprits ne peuvent aborder fans
tumulte & fans léfîon : il oublie fans doute
qu'il boit , qu'il mange. Qu'il ne boive plus ;
qu'il ne mange plus : tous ks nerfs fe ra-
corniront , fes efprits s'effaroucheront. Il y
a plus de fel fixe ou volatil dans les liqui-
des & les folides alimenteux journellement
employés, fans comparaifon , que dans deux
ou trois livres d'eau de Bourbonne.
Dès l'inftant de la fécondation, nous fbm-
mes formés avec du fel , notre machine fe
développe & s'accroît avec lui ; il fert à la
perfection du chyle 6c des autres liqueurs
qui en émanent (a) : nous le retrouvons ,
^— — ■ »
(a) Voyez ce qu'en dit M. Gardane , médecin
de la faculté de Paris , dans une très-belle thèfe
dent il eit l'auteur.
sur les Eaux de Bourbonne. 179
fuivant les analyfes de MM. Macquer &
Cadet , dans le lait , dans le fang , la bile Se
autres fubftances animales. Deux livres de
petit-lait contiennent , ( ce que M. Pomme
vraifemblablement ignore,) à-peu-près fix
à fept gros de matières falines , de nature
bien différentes les unes des autres.
Sans le fel , nos liqueurs & nos vaiffeaux
n'auroient aucune valeur ; fi on en trouve
qui lui foit analogue , capable de s'aflimiler
avec lui facilement & d'emblée , d'en ré-
parer les défordres, le dépérifïement, d'une
manière plus confiante, fupérieure aux fels
officinaux mêlés aux alimens ; fi les maux
d'eftomacs, la fièvre & le fpafme lui cèdent,
on trouve un ftomachique, un anti-quarte ,
un anti-fpafmodique. Le prince de la mé-
decine a penfé que le levain de la fiévre-
quarte , qui n'excite pas de grandes convul-
fions , en détruit le principe , s'il eft détruit
lui-même : A quartanis c&pti , non admo-
dum à convuljionibus capiuntur. Si verà
prias capiantur , & quartana fupervenerit ,
liber an tur (a).
Rivière dit pofitivement, fi la fiévre-quarte
attaque un épileptique, Ô£ dure long-tems,
elle le guérit (£).
On ne doit enfin s'attacher qu'à fçavoir
(a) Hippocrate, aph. 70, fe&. Ç.
(b) Prax. Mediç. ïtb. /, ch. 7, page 177,
Mirj
i8o Mémoire
lydio lapide , û un remède guérît ou non ;
& il n'eft point fi néceffaire de s'appéfantir
fur les caufes obfcures & cachées des ma-
ladies qu'on ne fera peut-être jamais for tir
du chaos, que de faifir promptement les
remèdes qu'on connoît , pour s'en délivrer
nuit ck jour. Sauver un malade, fi l'on peut,
en ne perdant point le tems dont l'avarice
cft aufli noble , que fon mauvais emploi eft
nuifible & honteux : Hce, latentium rerum
conjectura ad rem non pertinent ; quia non
intereji quid morbum faciat , fed quid toi"
lat (a).
M. Pomme accufera-t-il les plus grands
maîtres de la capitale & autres villes du
royaume, qui ont envoyé le plus grand
nombre des malades qui font le fujet des
obfervations de ce Mémoire , de leur avoir
prêté des fecours aufîî avides que meur-
triers? Les foupçonnera-til de ne pascon-
noître la méthode délayante ck humec-
tante, 6k de ne pas fçavoir l'apprécier? A c
eufera-til les eaux d'avoir mutilé les ma-
lades ? ck croira-t-il encore qu'elles aghTent
avec fougue ? Demandera-t-il enfin où il
exifte des obfervations contraires aux fîen-
nes? C'efr. ce que je ne puis me perfuader,
ou il faudroit qu'il fût aufli incrédule que
prévenu , pour fe refufer à l'évidence.
(a) Çelfus pretf. lib, i.
sur les Eaux de Bourbonne. 181
Si cependant il s'obflinoit, & que ces faits
multipliés ne lui fuffifTent pas, je lui en four-
nirois encore d'autres, qui, en portant comme
ceux-ci le caractère de vérité fi effemiel en
médecine, l'engageroient peut-être , finon
publiquement , du moins tacitement , à
leur rendre hommage & à revenir de fon
erreur.
Pour le convaincre pleinement & en-
tièrement , & ne plus lui laifler de doute
fur les effets pernicieux & funeftes que
gratuitement il fuppofe aux eaux thermales,
je peux lui prouver, par le relevé des regif-
tres mortuaires de nôtre hôpital depuis
1730, que, fur le nombre de trente à trente-
cinq mille hommes qui y ont palTé pen-
dant cet efpace de tems , à raifon de huit
à neuf cents qu'on y envoie année com-
mune , il n'en eft mort que quarante-fix ,
encore la plupart vieux.
Si on confulte ceux de la paroiffe , le
calcul fe trouvera , relativement au grand
nombre d'étrangers qui viennent de toutes
les parties du royaume, même des royau-
mes étrangers , en proportion de celui-ci ,
malgré que fouvent nous voyons des ma-
lades qu'on envoie à la dernière extrémité,
défefpérés , ou incurables de toute incura-
■bilité, périr fans avoir refpiré la vapeur des
eaux , auxquelles néanmoins on impute leur
mort.
M iv
;i8i Mémoire
On peut mourir aux eaux comme ail-
leurs. Tous les jours on meurt d'une ma-
ladie inflammatoire , d'un membre fphacéié
ou amputé : profcrira-t-on pour cela la lan-
cette 6k la fcie ? Apprenez , au contraire , à
les manier ck ne les employer qu'à propos.
Mais, hélas ! quoi qu'il en foit, le démon de
l'envie ck de la rivalité annoncera ck pu-
bliera bientôt que ce font les eaux meur-
trières qui ont fait périr celui-ci, que c'efl:
la faignée qui a enlevé celui-là , ck l'ampu-
tation qui a tué cet autre. Vaines déclama-
tions , dont les motifs connus par les hom-
mes fenfés ck raifonnables , feront toujours
regardés par eux avec mépris ck indiffé-
rence.
Si, après ces détails, M. Pomme fe plaint
des difficultés qu'il rencontre dans la cure
des affections vaporeufes ck hypocondria-
ques par les eaux thermales , il doit en
accufer l'opiniâtreté ck la bizarrerie de fa
théorie racorniffante , ck s'imputer à lui-
même le défaut de connoifTances qu'il a de
ces eaux 6k de leurs principes conftitutifs.
Il me pardonnera fans doute ce reproche;
ck j'efpere qu'il me fçaura gré de la fran-
chife avec laquelle je lui fais part des vertus
ck effets des eaux , ck de la manière de tes
employer dans ces deux affeclions, qui font
d'autant plus communes aux deux fexes ,
qu'elles les attaquent même fans diftinclion.
sur les Eaux de Bourbonne. 185-
J'efpere auffi que ces mêmes affecYions,dont
elles n'ont point fufpendu les fymptômes
par un effet enchanteur , mais qu'elles ont
réellement guéries , non pas chez l'enfant
de neuf ans , ni celui de neuf mois , mais
bien chez les adultes, impoferont fîlence
& feront ceffer de parler ; quoiqu'au refte,
en coniidérant dans le lointain les brigues ,
les cabales de l'erreur, ck tous les différens
rôles que font la méchanceté Se la haine
dans ces cas, je remarque que ces cris,
qui de près paroîtroient fans doute des ru-
giffemens, ne font que des cris de gre-
nouilles qui fe perdent dans la fphère d'un
étroit horizon , ck que les traces de ces rep-
tiles s'effacent dans leur limon : Di benh
fecerunt , tfuod me pujilll finx&runt animï
parva & perpauca loquentis.
LXX.Obs. M. de B.... officier-major de
cavalerie , avoit été blefTé d'un coup de feu
au travers de la cuifle , à la bataille de Rof-
back ; un gros morceau de culotte de peau
y reita cantonné ck engagé près de deux
ans , malgré d'abondantes fuppurations qui
fe terminèrent par une cicatrice très-bonne
& très-ferme, fous laquelle fe faifoient néan-
moins fentir quelques douleurs profondes,
pafTageres ck récurrentes , qui ne nuifoient
que peu aux exercices ordinaires , l'équita-
tion exceptée.
Les eaux en bains ôk douches , les boues
184 Mémoire
minérales en cataplafmes, réveillèrent &
aiguillonerent ces douleurs ; il fallut ceffer
les douches , qui ne pouvoient plus s'appli-
quer fur une partie tendante à l'inflamma-
tion : les bains & les boues ne furent point
fupprimés ; & en trois ou quatre jours ,
fans fuppuration, au moins fenfible , la ci-
catrice ancienne s'étant défaite, parut un
corps étranger que le blefTé tira lui-même
avec aflez de facilité, peu d'effufion de fang,
& fans fecours de la chirurgie.
Les boues alors furent fupprimées comme
les douches , par une raifon qui fe préfente
naturellement ; les bains feuls furent fuivis
encore trois ou quatre jours ; & la nouvelle
folution de continuité n'empêcha point
l'ancienne cicatrice de fe reconfolider &
de devenir , fous l'eau , telle qu'elle étoit
avant l'expulfion du corps étranger, fans
avoir employé aucun topique.
Bientôt le blefTé recouvra toute la force
& toute la liberté des mouvemens de la
cuifTe & de la jambe ; fa fatisfacYion fut fi
complette, que l'enthoufiafme prit fa place,
échauffa fa verve, Se fit, par reconnoifîance,
à la louange des eaux, des vers qui auroient
mérité de voir le jour. Il partit à cheval.
LXXI. Obs. M. Beaulieu , lieutenant
au régiment de Cuftine , pour fuite de coup
de feu qu'il reçut à la face pendant la guerre
de 1745 , fe rendit aux eaux de Bourbonne
sur les Eaux de Bourbonne. i8ç
dans le mois de Mai 1747. La balle porta
fur l'angle antérieur de l'os de la pommette
du côté droit , traverfa l'os maxillaire au-
quel il fe joint, & refta cantonnée, malgré
de très-longues & très-abondantes fuppu-
rations , & l'exfoliation de plufîeurs pièces
ofTeufes , fur la partie poftérieure des os pa-
latins vers le tranchant du vomer. La pré-
fence de ce corps étranger , qui lui gênoit
prodigieufement la refpiration & l'élocu-
tion , ne pouvant parler qu'avec peine ÔC
en nazillant , le fit recourir à divers moyens
pour s'en délivrer , qui tous étant devenus
inutiles, le déterminèrent à fon voyage.
Le furlendemain de fon arrivée, on lui
confeilla de fegargarifer ck s'éponger la gorge
plufîeurs fois le jour avec nos eaux : on y
joignit dans la fuite quelques douches lé-
gères ; &, après deux mois de ces exercices,
il fe montra une tumeur près le voile du
palais , qui fermoit prefque toute l'arriere-
bouche, empêchoit la refpiration & la dé-
glutition , & inquiétoit fort le malade : une
fimple prefîion avec le bout du doigt la
fit ouvrir , & fit tomber dans la bouche la
balle qui en fortit fous une forme triangu-
laire , inégale , raboteufe & très-fétide.
Après fon expulfion, les eaux en bohTon
de deux jours l'un , & en gargarifme tous
les jours, furent encore continuées pendant
un mois , après lequel , ck quelques légères
iS6 Mémoire
cxfoliatîons membraneufes , il s'en retourna
parfaitement guéri , ck parlant très-bien.
Il y a des exemples d'expulfions de
corps étrangers ck d'exfoliations ; mais leur
traitement ordinairement prévu, où ceux-ci
ne le furent pas , font longs , difficiles ,
compliqués , variés , toujours fubordonnés
au vice du fang ou à des caufes procatar-
tiques; ce n'eft qu'à l'hôpital militaire où
on peut les luivre , les épier pour ainli dire,
en les comparant d'années à autres dans
leurs marches.
Il eft à croire que le morceau de peau ,
la balle , ne fe feroient point dégagés de
leurs entraves, fans quelques accidens gra-
ves , plus ou moins tardifs , auroient ame-
nés des dépôts pour fe préparer des ifïues
que les eaux ont facilitées 6k abrégées , fans
fymptômes équivoques , comme un ulcère
finueux oufiftuleux, qui finit quelquefois par
carie vermoulue ou exfoliante, exfoliation,
débris de couches membraneufes , aponé-
vrotiques , tendineufes ; ce qui les rend
trop fouvent incurables, au péril des princi-
pes vitaux ck organiques.
Ce n'eft pas que je prétende que l'hyf-
térie ou les vapeurs foient épileptiques ,
comme le penfent André , médecin An-
glois , & Junker , médecin Allemand : li
cela arrive , cela eft très-rare ; M. Tiflot
en eft convaincu, ck affure qu'ils fe font
sur les Eaux deBourbonne. 1S7
trompés , qu'il n'a jamais vu cette maladie
dégénérer en épilepfie (a) : il obferve (£)
que , dans les épileplîes ftomachiques , in-
teftinales & méfentériques vermineufes, les
eaux minérales chaudes réuffiffent quelque-
fois très-bien ; qu'il a employé , dans ces
cas , celles de Balaruc modérément & à
petites dofes avec le plus grand fuccès.
M. le Roi , dans fon Mélange de Phyfique
& de Médecine , allure auiîi les avoir em-
ployées de la même manière & avec le
même fuccès dans les maladies vaporeufes
fpafmodiques , dépendantes d'un état ma-
ladif de l'eftomac & du canal inteftinal ,
comme auffi dans les épilepfies récentes,
qui lui ont paru être déterminées par des
matières bilieufes, acres , accumulées dans
les premières voies , &c fur-tout dans l'efto-
mac. On fçait que nos eaux font analogues
à celles-ci , fans être aulîi aétives ni pur-
gatives ; qu'elles contiennent en moindre
quantité le même principe falin (c), ex-
cepté que, dans leur difpenfation, elles font
employées intérieurement en bien moindre
dofe ; ce qui fait qu'on peut les continuer,
(a) M. Tiffot, Traité de l'Epilep. art. XIII ,'
page 176.
\b) Ibid. art. XVIII , pages 138 , 440, 243 ,
303» 354-
(c) Parallèle des eaux d« Balaruc & de Bour-
bonag ; par M. Vene!,
#S8 Mémoire
vingt , trente , jufqu'à quarante jours , dans
les cas où la bohTon feule convient ; ck en
bains èk douches d'un degré de chaleur
beaucoup plus tempéré, afin d'éviter la ra-
réfaction des liqueurs , l'augmentation du
diamètre des vaiffeaux , ck du cours des
premières, ainfi que la preflion générale,
d'où fuit néceffairement l'engorgement, des
tfùeurs violentes ck forcées, qui, en fatiguant
ck difproportionnant la partie blanche d'avec
la partie rouge du fang , entraînent des ac-
cidens plus ou moins graves , empêchent
qu'on n'en fuive l'ufage auffi long-tems qu'il
feroit néceffaire dans prefque tous les cas
poflibles ; méthode qui , pour avoir été
trop en vogue ck préconifée autrefois, ÔC
contre laquelle il eft. encore difficile de
faire revenir certaines gens , aura établi le
préjugé contre ce remède.
Si les eaux de Sedlitz , qui font trois fois
plus falines que celles de Balaruc, font em-
ployées par Hoffmann dans cette maladie
cruelle, qui a pour fymptômes tout ce qui
eft de plus violent en fpafmes ck en con-
vulfions , où la langue a été amputée , les
dents cafîees ck les membres luxés ; fi le
fel qu'on appelle tartre Jiibic , qui n'agit
que par les reflbrts convulfibles de nos ma-
chines ; fi les purgatifs réfineux draftriques,
falins , font donnés ck adminiftrés par les
Hoffmann , les Tifïbt ; quoique plus aga-
sur les Eaux deBourbonne. 189
çans que nos eaux ; s'ils peuvent la guérir ,
je me range avec eux ; &, quoique de fi
loin , imitateur de ces grands médecins qui
font tant d'honneur à l'humanité, en lui fa-
crifiant , avec autant de zèle que de définté-
reflement , tous leurs foins & leurs veilles,
j'abandonne M. Pomme & le livre à {qs
vues ; je le laiffe fe complaire dans le pro-
jet de détruire toute cette fefte perverfe (a)
de Hoffmann , de Tiifot, 6>c autres médecins
célèbres étrangers & François. On lui per-
mettra de fe croire un envoyé du ciel ,
pour leur faire leur procès (J>) , de dreifer
des foi-difans recueils de pièces qu'il ne fait
que répéter, retourner d'/7z-n , en //z-8°,
fans jamais répondre à rien avec folidité ,
en s'écartant perpétuellement de tout ce
qui touche au vrai but.
Puifque vous pofTédez il bien,M. Pomme,
& feul, le grand fecret de manier l'eau com-
mune ; que les eaux minérales qui en réu-
niffent aufli toutes les vertus , comme je
vous l'ai prouvé (c) , font inutiles , nuifi-
(a Voyez la Lettre de M. Pomme , Journal
encyclop. mois de Juin 1771 , page 463.
(6) Recueil des pièces du procès contre les
médecins, &c. in-S° 1771, page 354.
(c) Journal de Médecine , Tome XXXIII ,
pages 17 & 18. lbld. Tome XXXVI , pages 326
& 422.
fço Mémoire
blés même ou meurtrières à votre compte,
guériffez avec elle , M. Pomme, des aveu-
gles, faites marcher les boiteux, détruifer
les vapeurs & n'en donnez point , reffuf-
citez les morts , vous ferez le coryphée de
l'art : de votre vivant, l'univers entier , in£
truit , quoiqu'un peu tard , fera fonner la
trompette de la meflagere de Jupiter, pour
publier vos miracles , vous élèvera des au-
tels , & fera votre apothéofe. ♦< Oui , dit
M. Pomme magiflralement (#) , je rends
la vue aux aveuglés , je fais marcher les
boiteux , je guéris les démoniaques , je
reffufcite les morts , & j'apprends à l'uni-
vers la manière d'opérer des merveilles.»
Je conviens avec M. Pomme qu'on doit
nousfoupçonner d'intérêt local : il demeure
à Paris , moi à Bourbonne ; mais le public
févere & attentif, qui aura daigné nous fui-
vre 6k nous démêler , nous pénètre : fi
nous fommes coupables , il y a entre lui
6c moi un intervalle immenfe. A Paris, à
Londres , Rome , Vienne , les honneurs
& la fortune font le partage des hommes
qui fe donnent pour extraordinaires, en quel-
que genre que ce foit, s'ils font affez adroits,
heureux , opiniâtres , enrreprenans , pour
ébranler en leur faveur cette malTe informe,
(*) Journal encyclop. ci-ttefliis , pag. ibid.
sur les Eaux de Bourbonne. 191
le chaos des opinions ; ( M. Pomme eft
convaincu de cette vérité (#).) Ambitieux
ou non , je ne puis faire l'aigle ou l'Icare,
Vur&o daturus nomina Ponto ; ma fphère
eft trop étroite , ifolé ; toute efpece de tra-
vail & de condition conforme à mon goût
& à mon état, eft mon bonheur : les hon-
neurs & l'opulence ne furent & ne feront
jamais pour moi ; il ne me refte que le fté-
rile avantage' d'avoir redreffé mon adver-
faire , qui n'a rien biffe en arrière , fi ce
n'efl: mes obfervations , pour m'échapper ;
qui même a eu befoin ici & y a trouvé un
protecteur , qu'il a été auffi aifé de confon-
dre (£), que difficile à M. Pomme d'atta-
quer deux faits qu'il laifïe intadb ; il a
voulu les morceler pour les plier & les
arranger à fa manière (c). Il fe flatte en
(a) Voyez fon nouveau Recueil , page 3 3 3 , &
la note au bas.
(£) Journal de Méd. Tome XXXIII, page 246;
\ibid. Tome XXXVI , page 324.
(c) Pour s'en convaincre , voyez la Réponfe
à mon Mémoire , par M. Brun foi-difant ; la Let-
tre de M. France fur l'Obfervation de mademoi-
felle Lange ; le nouveau Recueil de M. Pomme,
Îages 167, 168; l'Obfervation de mademoifelle
ange , inférée dans mon Mémoire ; celle de
M, Caziot ; la Lettre de ce dernier à M. Pomme-
Brun : que l'on compare les critiques avec les deux
faits attaqués, defquels on n'a pu mordre le fonds,
«bfervajit encore que , quoique l'on dife que ma-
N
192 Mémoire
vain & illufoirement d'avoir dans M. Ca-
ziot (a) un ami qu'il ne connoiffoit pas;
jamais il ne le fera ; il l'a traité vindicative-
ment & avec indignité , en public par la
Gazette falutaire , & en particulier par let-
tres miffives. Tous les efforts rhétoriciens
de M. France ne peuvent réalifer cette
chimère (£). Bon gré, malgré, M. Pomme
prend &. donne aux chofes & aux perfon-
nes telle forme qu'il lui plaît.
Fiet aper , modo avis , modo faxum , & quùm
volet arbor,
» M. Chevalier, dit M. Pomme (c), n'a
» pu voir avec indifférence que j'interdi-
» fois les eaux thermales à la plus grande
m ■
demoifelle Lange n'a fait qu'une faifon de nos
eaux , il n'eft pas moins vrai qu'elle en a fait deux,
l'une fur les lieux , l'autre à CoifTy, village diftant
d'une lieue ; que je ne lui ai jamais porté de mé-
decines , ni n'en ai reçu de payement , puifque je
ne tiens pas de drogues , mais bien M. Aubertin ,
apothicaire , qui les lui a fournies.
Il eft étonnant que ceci étant connu de
M. Pomme , comme je fuis en état de le lui prou-
ver par une de fes Lettres , il ait ofé mettre la
note qui fe trouve au bas de la page 158 de fon
Recueil. D'après ces infidélités , il fera aifé au
public de nous juger.
(a) Recueil des pièces du procès ; par M. Pom-
me, 177 1, page 160.
(b) lbid. page 169.
(c) lbid* page 14&.
sur les Eaux de Bourbonne. 19$
» partie de ceux qui ont coutume d'y avoir
» recours. Comment, a-t-il dit, je ne verrai
» plus à Bourbonne de vaporeux ni de
» vaporeufes ! Que deviendront nos eaux
» & nos boutiques ? L'arrêt eft trop fu-
» nefte ; il faut en appeler, &c.» Tel peut
être mon intérêt local ; & moi je dis :
« M. Pomme n'a pu voir avec indifférence
que les eaux de la Seine ne tenoient pas
lieu des eaux thermales à la plus grande
partie de ceux qui ont coutume d'y avoir
recours. Comment, a-t-il dit, il faut auffi-
tôt les profcrire ! Que deviendraient mon
racornifTement & ma méthode ? Il faut
faire priver & refter à Paris les vaporeufes
ck les vaporeux ; il faut pour cet effet faire
le procès aux plus grands médecins ; il faut
que je m'élève au-deffus de cette fecle per-
verfe qui n'entend pas fon profit : je veux
l'anéantir , & tous les malades qui n'iront
point aux eaux feront les miens.» Si je ne
me trompe , nos perfpecYives font bien
différentes pour le lucre ; les miennes fï
minces , & celles de M. Pomme û vaftes,
ne font point comparables ; Bourbonne ÔC
Paris ! Que d'or dans tes eaux , Seine ! les
riches bordent tes rives ; & ton miniftre au
milieu d'eux , difpenfe tes grâces aux va-
poreux comme à ceux qui croient l'être,
même à bien d'autres. Tel peut être l'in-
iciêt local de M, Pomme.
Nij
194 Mémoire
Je ne puis finir fans citer encore la fièvre-
ouarte : l'eau de Seine ne la guérit pas ;
les malades, brûlans dans leurs accès, la boi-
vent abondamment , & n'en font pas plus
avancés : les eaux de Bourbonne, modéré-
ment adminiftrées , la guérifîent : ce con-
trarie eft victorieux , & doit en impofer 2
M. Pomme , ou rien n'en eft capable.
Vim qui inferre parât , cupïdus certufquc nocendi ,
Frujlrà illum ratione premas , aut jure refellas.
Je crains d'excéder , avec M. Pomme ,
le le&eur ; ôk je profite d'un avis qu'il au-
roit dû fuivre plutôt : un malheur général
des écrits produits par les conteftations ,
c'eft qu'il ne font pas aufîï intérefTans pour
le public que pour les deux adverfaires :
le cenfeur croit n'avoir jamais afTez cen-
furé ; il relève jufqu'à des minuties : l'au-
teur attaqué veut faire face à tout ; il s'en-
gage ainfi dans des détails fi particuliers
ck fi perfonnels , qu'on y devient infenfî-
ble , quand la conteftation dure trop long-
fems.
On ne peut méconnoître M. Pomme
dans ces fages réflexions de l'hiftorien de
l'académie , malgré lefquelles M. Pomme,
après avoir rempli cent foixante-feize pa-
ges i/z-8°, fe reprolonge jufqu'à quatre
cents trente-deux , & finit par une réponfe
de Mad, Pécauld , de laquelle il fe fait un
sur les Eaux t>£ Bôurbonne. 19^
trophée , bien qu'après après avoir été fça-
vamment difcutée par M. Laugier (a) , on
y ait reconnu un roman mal ourdi , con-.
tradicloire , ridicule & faux (£).
Corollaire.
De tous ces faits qui ont pour eux l'au-
thenticité médicinale , parce qu'ils font avé-
rés & bien connus , expofés fans détours
& fans fafte, avec les détails juftes qu'exi-
gent des mémoires & des obfervations po-
lémiques , qui n'auroient peut-être jamais
vu le jour , û mon adverfaire n'eût été l'a-
greffeur, ne m'eût provoqué plus d'une
fois avec dureté , fans m'avoir répondu ,
il réfulte que nos eaux conviennent mieux
que l'eau commune aux affections fpafmo-
diques , vaporeufes & hypocondriaques ,
même à l'épilepfie fympathique , non cé-
rébrale ; aux obftru&ions des vifceres ;
aux maux d'eftomac chroniques ; aux co-
liques habituelles & récurrentes , intefti-
nales , hépatiques , même accompagnées
de calculs biliaires ; aux fièvres lentes, erra-
tiques , intermittentes , même précédées
ou accompagnées d'embarras dans les vifce-
res , non récentes , mais opiniâtres ; aux:
■i ' 1 1 1 1 1 m
(a) Journal de Médecine, Tome XXXVI^
depuis la page 32, jufqu'à la page 6ç.
(b} lei(L pages 422, 426 & fuivantes.
Niij
i$6 Mémoire
rhumatifmes , fciatiques , même goutteux ;
aux dartres non invétérées &c comme natu-
ralifées avec nous ; à la gale , aux maladies
lymphatiques, aux tubercules des poumons,
aux ulcères, aux plaies ; à la foif inextin-
guible, non inflammatoire, aux dérange-
merts ou fupprefîions des régies.
Il y a fans doute d'autres cas où elles
conviennent , tels que les pâles-couleurs ,
les fleurs-blanches non habituelles, les épan-
chemens de lait ; aux premières années ou
les femmes fédentaires perdent leurs régies,
les difpofitions apoplectiques non fébriles
& imbécilles ; les paralyfies étendues ou
partielles , comme celles d'une main , d'un
membre, del'eftomac, de la veffie, delà
bouche , des paupières , des parties guttu-
rales ; la goutte-fereine , dépendante de
l'atonie, obftruétion ou fparme des parties ;
l'afthme humide , les maladies catarrales ,
opiniâtres ; le fcorbut , la vérole réfra&aire
au fpécifique , qui par elles réprend fes
droits (<z) ; l'état glaireux des reins & de la
(a) Elles n'ont point la vertu de la faire éclore ,
ou de la confirmer, comme on le dit dans un
livre nouveau fur les Eaux de Saint- Amand ; on
y lit encore que ces eaux ont la force de donner
de l'aclion au mercure , de le dépêtrer des filières
où il fe feroit embarrafle en les revivifiant, le fai-
fant couler , & traverfer lui-même en fubftance
les pores de la peau où on le ramafle par globnr
sur les Eaux de Bourbonne. 197
veflie ; les ankilofes récentes & non for-
mées ; les fuites fàcheufes de fractures ou
luxations, l'anaemafe ; les convalefcences tar-
dives, rebelles, des maladies aiguës , érup-
tives , comme fièvres putrides , milliaires ,
petite-vérole, rougeole; des inflammations
des vifceres ; des dépôts critiques , comme
les, dont le volume pour chaque jour eft fpécifié
par certain nombre de grains.
Nous n'avons jamais vu de ces prodiges dans
notre hôpital militaire, où, en tems de paix comme
en tems de guerre , il y a fans comparaifon plus
de malades qu'à Saint- Amand, à Barèges , Digne,
pris enfemble, qui paroiflent n'être que des écarts
de celui de Bourbonne, qui eft un centre pour
Jes foldats infirmes ou bleffés qui n'ont pu
trouver ailleurs guérifon ou foulagement , dans
lequel tout obfervateur attentif, qui veut voir
des maladies & non des malades , peut fuivre
fans préjugés , en quelque cas que ce foit , les
effets utiles ou inutiles des eaux thermales.
Je me rappelle encore d'avoir lu un livre fur les
«aux de Barèges , qui , prefqu'en entier, eft fait
pour prouver qu'elles font lithontriptiques ou
brifes-pierres des reins & de la veflie : ceux qui
en ont écrit depuis , n'ont ofé la-deflus , même
faire une aflertion. Que lit-on? que ne lit- on pas ?
J'en fuis ftupéfait : je me plaindrois amèrement
de la docilité du papier , & je voudrois être Mu-
fulman , fi quelques boni livres ne me dédom-
mageoient , ne me fortifioient , ne me confo-
Joient; ou je ferois Pyrrhonien , s'il y en aToit
de bonne foi.
Niv
19S Mémoire
parotides , éréfypèles , abcès , vices glan'3
duleux , dartreux , pforiques ; la confomp-
tion , les fuites de l'onanifme.
Il y a beaucoup de cas où elles doivent
être profentes , comme tous ceux qui ten-
dent à l'inflammation, qui font inflamma-
toires , quelques parties qu'ils occupent ; les
hémorragies , de quelque nature qu'elles
foient , fans en excepter les dyffenteries
chroniques ; les hydropifies avec épanche-
ment ou infiltration , fi elles font anciennes
&c confidérables ; ceux où le Ioifir, les fîx
chofes non-naturelles , la convalefcence
doivent profpérer, &c. En matière de fanté
fur- tout, l'inutile & le nuifible font fynony-
mes ; & je parte très- volontiers l'éponge fur
les cas déféfpérés, pour lefquels il efr. mieux,
félon l'indication , d'agir que d'être oifif ,
quoique le fuccès foit fi douteux, qu'il fe ré-
duit conftamment à la tentative la plus fa-
tigante & la plus ingrate.
Ce n'eft que dans un Traité des eaux
thermales , que l'on trouvera à quoi les nô-
tres font bonnes , quand elles font utiles ou
nuifibles ; on n'en a que des idées vagues,
trop générales ; il n'y a que quelques fça-
vans , qui ne fe rencontrent pas aifément ,
qui prennent la peine de les claffer; ce qui
fut entrepris par l'Académie des Sciences ,
donnant aux unes la préférence fur d'autres,
sur les Eaux deBourbonnf. T99
jprefcrivant celles-ci , prefcrivant celles-là
avec toute l'attention qui eft due au mal ,
& au moyen de le combattre.
Il faut que fur un Traité des eaux mi-
nérales on foit bien en arrière, puifque
M. Roux s'explique ainfi en faifant l'extrait
du Précis fur ces eaux , par M. le Roi (a) :
» Je ne craindrai point d'avancer qu'en ce
» genre il n'exifte aucun ouvrage propre à
» éclairer les médecins fur la véritable com-
» pofition des eaux minérales & fur la ma-
» niere de les employer; ainfi je ne puis
» qu'exhorter les lecteurs à méditer ce petit
» ouvrage , dans lequel tout eft également
» précieux 6k important. »
Il n'eft pas moins vrai que l'obfervation
clinique fera , fur ces eaux , la bouflble d'un
Traité qui en méritera le nom ; & je fe-
rois heureux fi les faits que j'ai raffemblés,
qui font récents , qui ne feront point per-
dus , y contribuent. Le Journal de Méde-
cine, dans lequel il y a & il y aura tou-
jours à puifer , eft peut-être la feule collec-
tion qui puifte perfectionner la pratique,
temporis Jîlia, en produifant des écrits di-
vers , quelquefois critiques, qui n'ont que
la même fin , que la fagacité fçait évaluer
ce qu'ils font, & pas plus : au moins c'eft
(a) Journal de Médecine, Tome XXXVI ^
page 407,
200 Mémoire
la plus répandue ; & , tant qu'elle fera ce
qu'elle eft , on doit efpérer que par laps de
tems on parviendra à une connoiffance des
eaux & des remèdes , plus îure & plus lu-
mineufe que par le paflé.
Boerhaave, qui apprendra à M. Pomme
ce que c'eft qu'une fe&e en médecine ,
hodle libéra ab omni fecid coli pote fi (a) ,
eft convaincu que les ouvrages périodiques
les ont rectifiées déjà St augmentées (£).
Ce jugement eft antérieur à l'établiffement
du Journal de Médecine en 1754, qui n'eft
deftiné qu'à les recueillir , les renouveler ,
fans cefle , les englober , les rapprocher
pour qu'elles foient mieux & plus fouvent
montrées de différens côtés ; ces connoif-
fances jadis languiïïbient trop en naiffant.
Toutes les expériences analytiques fur
les eaux de Balaruc par M. le Roi , font
applicables aux eaux de Bourbonne ; &
l'identité de leurs effets eft d'autant plus
réelle , que leurs principes conftitutifs font
les mêmes : il faut s'en rapporter, fur ce
double objet , au Précis de M. le Roi , fi
ce n'eft que nos eaux ne contrarient pas
la fiévre-quarte avec tumeur au foie ou à
la rate (c). Ces eaux (celles de Balaruc)
(a) Inflitut. med. prolegomen. pag^7^
{b Albert Haller , ibid. inlnftit. page 4^.
, (c) Journal de Médecine , Tome XXXVI ,
page 404.
sur les Eaux de Bourbonne. iof
diffèrent en outre clans l'adminirtration par
la routine du pays, comme par la quantité
de fel ; Bourbon , qui contient le même fel ,
ne peut que foiblement leur être comparé
pour la quantité de ce principe fenfible,
caraclériftique ck invariable ; Barèges , Saint-
Amand, en font encore bien moins dignes
que Bourbon , ck même ne le méritent
point du tout.
Si on envifage nos eaux comme purga-
tives , on les boit par gradation , pendant
neuf jours , ou plus , depuis une livre juf-
qu'à trois & quatre communément; comme
altérantes, on les donne pendant un mois
ou plus , depuis une livre jufqu'à deux au
plus, fouvent moins, félon les circonftan-
ces , qui font varier très-fouvent la mé-
thode. Nos eaux topiques en bains tempé-
rés ou en douches, qui le font moins, s'em-
ploient pendant une heure au plus pour
les deux exercices qui fe continuent con-
jointement ou féparément, journellement,
quelquefois alternés d'un jour de boiiïbn,
pendant dix-huit jours ; c'eft ce qu'on ap-
pelle ordinairement une faifon , qui , la
boifïbn y comprife , dure un mois ; fi l'on
a befoin de deux faifons , elles doivent être
intervallées d'un mois.
Jamais il ne s'agit de donner aux mala-
des des douze livres d'eau par jour, pen-
dant un a.n & plus 9 de l'eau appefantie en*
*Nvj
loi Mémoire
core par des matières animales, gélatineufes
alkalefcentes. On ne fçait s'il y a des poifons
lents ; les lavages journaliers de M. Pomme
peuvent en tenir lieu : s'il y en a qu'ils épar-
gnent , il faut les congratuler fur l'excel-
lence de leur complexion.
Les bornes étroites d'un corollaire nfe
me permettent pas de parler de l'abus de
{es humeclans en bains , qui font de huit
heures par jour; fes bains font proportion-
nés par leur continuité à celui d'une boiflbn
accablante : celle-ci fappe les fonctions fto-
macales & vifcérales ; & (es bains macèrent
les pores cutanés , préparent l'atonie para-
lytique de leurs bouches , l'énervation gé-
nérale. L'air eft notre élément , l'eau celui
des poifTons : fi elle devient remède , l'abus
&: la confufion la rendent pire que le mal,
.Vite je me fauve avec mon Baglivi :
Conjiderandus diligentijfimi vetitriculi & digef-
ùonum flatus & naturel , qu<z his remediis Jlatint
proflernuniur , fi vel minima in eis adfuerît débi-
litas , nec ità facile impojlerùm reflaurantur. Facile
tibi concedo falia fanguinis per aquez potum dilui ,
fed dilui non debent cum jaélurd digeflionum ac
triumviratûs , in quibus longez & falubris vitœfla-
mina nefluntur. Stomacho prias profpioe , deindi
utere tuis dïluentibus. Sed vereor ne furdis ca-^
namus.
De ufu & abufu d'duentium. Cap. i£»
sur les Eaux de Bourbonne. 205
LETTRE
'De M. CAZIOT , premier proffejfeur de
la faculté de Droit en VUîiiverfité de
Reims , au fujet de ce qui le concerne
dans la féconde Réponfe de M, Brun
à M. Ch E VA LIER, inférée dans le
Journal de Septembre dernier.
Monsieur,
Avec les deux faits que je poffede în-
conteftablement , 6c dont je vais vous faire
part, excité par votre Note au bas des
pages 250, 259 de votre dernier Journal,
j'ai cru que je pouvois, que je devois même
contredire par faits la dernière des aler-
tions de M. Pomme-Brun, page 262 du
même Journal de Septembre 1770.
Le premier de ces deux faits , d'une va-
leur infiniment fupérieure à celle du fécond,
c'eft ma fanté actuelle , qui fe foutient tou-
jours bien, continue de faire l'admiration
de tout Reims , qui me permet de mar»
cher prefque continuellement , même en
pleine campagne.
Le fécond de ces faits , d'une valeur
moindre , c'eft une confultation demandée
à bocca, &c reçue par écrit : en voici la
copie fans la moindre altération,
ao4 Mémoire
» La paralyfie imparfaite, qui occupe le
» côté gauche , eft le produit de l'engorge-
» ment du cerveau, qu'un fang épais a pro-
* duit , d'après une difîîpation extrême
» d'efprits animaux , que des contentions
» d'efprit ont procurée. On eft d'avis d'y
» remédier par les remèdes fuivans , qui
» font, i 9 les bains & la douche des eaux
» de Bourbonne , pour lefquelles il con-
» viendroit que M. le confultant partît tout
» de fuite , étant déjà tout préparé par des
» eaux de Vichi , qui l'ont très-évacué.
» z° Les bouillons de vipère , que l'on
» fera avec demi-livre de veau , la moitié
» d'une vipère , la chicorée , l'aigremoine
» & le creiïbn. 30 Les bols fuivans : Pre-
» nez dix grains de poudre de guttete ; au-
» tant de racine de valériane en poudre ,
» incorporés avec fuffifante quantité de
» fyrop d'œillet , dont on fera trois pilules
» que le malade prendra, tous les matins , à
» jeun , avalant par-deflus une taffe d'infu-
» fion de citronelle.
» 40 On purgera , de tems en tems , avec
» des minoratifs : le régime doit être doux.
» Le malade évitera la falure, l'épicerie,
» tout aliment de haut-goût , boira le vin
» bien trempé ; mais il fera de l'exercice ,
» 6k quittera abfolument le cabinet. Déli-
» béré à Paris, le 27 Août 1768.
Signé *PQû«viE , ipidecin- confultant. du rçî^
sur les Eaux de Bourbonne. 20$
P. S. » la faignée , que l'on propofe ,
» nous paroît très-contraire , pour ne pas
>» dire meurtrière, attendu l'appauvriffement
» du fang & des efprits animaux. »
Quoique M. Chevalier , chirurgien , que
je ne connois pas , ait rendu publiques ,
(ans nous en dire un mot , la Lettre de ma
femme & la mienne , écrites à M, Juvet ,
médecin ; quoiqu'il y ait laiffé lui-même
©u du moins occafionné des négligences ,
comme // ne faut plus défefpérer , fans ces
mots , de perfonne , ou de qui que ce foit ;
quoiqu'on m'y ait attribué une attaque d'a-
poplexie , & des convulfions que je n'ai
jamais éprouvées; malgré, dis-je, ces pe-
tits griefs dont j'ai fait depuis peu un re-
proche plus badin que férieux à M. Juvet ,
je vous avoue, Monfieur, que je m'ai pu
lire patiemment la double Réponfe de
M. Pomme-Brun à M. Chevalier. En effet,
comment un grand maître , qui veut ap-
prendre que tout agrejfeur, quel qu'il foit ,
ne doitfe préfenter qu'avec des armes sûres ,
s'il veuc s'épargner la honte de fe voir ré"
futé par lui-même, peut-il ne pas craindre
pour foi-même la punition dont il menace
les autres ? lui fur-tout , qui a la hardiefîe de
nier la vérité de deux Lettres conjointes ,
& très-affirmatives, d'un rétabliflement aufli
réel que la lumière du midi. Cet amateur
fcrupuleux , ce grand lerutateur de faits
ao6 Mémo i r ë
vrais , nous prétend-il, ma femme &: moi,'
ou des perfonnages fuppofés , mafqués à fa
manière, ou desimpofteurs impudens? Le
choix lui eft auflî indifpenfable que Tune &
l'autre alternative lui reftera peu honorable.
Je vous avoue tout franchement , Mon-
fieur, que je ne conçois rien à ce pur
aflemblage de mots : Une maladie qui
n'eft connue que par deux confultations ,
(données, fans doute, par M. Pomme,)
ck dont le fait eft pour le même de nulle
valeur ; ma maladie , expreflement citée j
tout-à-fait inconnue : quoi ! tout-à-fait ,
môme après la le&ure du Journal critiqué ,
et malgré la confultation ci-jointe ? En vé-
rité, Monfieur, ceci, qui ne tient point
au fond de la fcience de médecine , & dont
je puis , par conféquent , raifonner par le
feul bon fens ; oui ceci eft bien difficile ,
pour ne pas dire impoflible , à croire. Mais
le vrai eft que ceci étoit avantageux à la
façon de penfer & d'attaquer de M. Pomme-
Brun, qui avoit ofé dire : Préfente^-nous des
faits de meilleure valeur.
Si l'expofé de ma maladie avoit fait fur
ce médecin la moitié de l'imprefTion qu'a
dû faire fur moi fon pronoftic de la faignée
meurtrière , mon article dans le Journal lui
auroit été plus préfent. Maigre cet inquié-
tant pronoftic , j'ai cédé à l'avis preflant
pour la faignée du pied ? fans qu'il m'en
ibit
sur les Eaux de Bourbonne. 207
Toit arrivé la deftruétion fubite de mon in*
dividu à l'ouverture de la veine : Itct pm~
dix c rat t non ab ilice cavd, mais ofe di-
fmo'
Ces faits, celui du pronoftic mis à part,1
(car touthomme peut le tromper,) ces faits,
réunis aujourd'hui contre l'enflure des affer-
mons de M. Pomme-Brun , prouvent bien
qu'il ne fait point ufage du précepte qu'il
donne à tout aggreffeur; & que , faute de
cette fage précaution, il écrit au moins inr
confidérement , & cela , par la feule ÔC
même raifon qui paflîonne ck aveugle pres-
que tous les hommes ; je veux dire l'amour-
propre , ou, Ce qui eft la même chofe, le
trop grand attachement d'un chacun à (a
propre opinion , même la plus (inguliere ,
laquelle rejette tout contraire, perfonnes &
chofes, &c admet avidement toute appa-
rence favorable, par exemple, la Lettre de
M. France.
Vrai Palémon dans toutes les difputes de
chofes entre MM. Pomme &: Chevalier, je
ne puis m'empêcher de dire que l'applica*
tion , par P. S. du vers de Phèdre ,
Inops y pctentitn dkm vulî imitari , périt.
doit paroître à tout lecteur impartial, d'une
morgue infupportable , fur-tout de la main
& à la gloire unique du réaggrefleur, pré-
cepteur même, fur-tout après votre dernier
Q
208 MÉMOIRE, Sec;
■ Nota , Monfieur , dont la bonne foi eft bien
plus utile à vos lecteurs, qu'agréable au
perfonnage démafqué.
Je m'apperçois que ma Lettre eft deve-
nue bien longue : je la crois pourtant , fauf
famour-propre , pUnam diccndls.
J'ai l'honneur d'être , &C.
ssri 4^g âv^ r^
V
DESCRÏPT. TOPOGRAPHIQUE, &C. 209
N&
DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE
DE BûURflONNE ;
Antiquité de fes Eaux,
PO U R mettre les étrangers à portée de
connoître oùBourbonne eft ntué, lors-
qu'ils feront dans la néeeffité d'y venir ; je
Vais terminer ce Mémoire par une courte
defcription topographique de cet endroit,
par quelques petites notes fur (es fources
minérales , ck leur antiquité.
Bourbonne-les-Bains , petite ville de
France , célèbre par fes eaux minérales , efl
fituée en Champagne , dans le Baffigni t
élection de Langres , généralité de Châ-
Ions, à fept lieues de cette première ville ,
foixante-dix de Paris, vingt de Nancy, &
dix-huit de Befançon , confinant avec la
Lorraine , le comté & le duché de Bour-
gogne , formant un double vallon , dont
l'un au fud, & l'autre au nord. Celui-là,
traverfé par le ruifleau de Borne , qui a fa
pente de l'oued à l'eft, réunit toutes les
fources minérales , difperfées en trois en-
droits , à quelque diftance les unes des au-4
très. La principale appellée la fontaine , ÔC
autrefois , fuivant Jean le Bon , médecin
François , la Mâtrdle ou la Ma/elle, & en-
fuite la Saint- Antoine , eft un puits quarré
de deux pieds fix pouces d'une face, de
Piij
2io Description topographiqui
cinq pieds de l'autre, & de iix de profon-
deur , enfermé aujourd'hui dans un bâti-
ment conftruit à l'imitation des temples
qu'on élevoit jadis à la déefte Higie , ou
Higée. Elle eft fi abondante, qu'elle peut
fournir jufqu'à deux cents tonneaux d'eau
par jour , fans diminution trop feniible. Sa
chaleur eft iî grande, qu'elle déplume la vo-
laille & dépile les quadrupèdes : elle eft de
cinquante-cinq degrés au thermomètre ,
félon Reaumur. Sa faveur eft falée, fon
odeur fulfureufe.
A quarante-cinq pas de la fontaine , eft
un vafte bâtiment , dans lequel font renfer-
més deux beaux ck grands baffins , féparés
par une cloifon verticale, pour l'aifance ck
la commodité des baigneurs. Le premier,
du côté de la fontaine , eft une fource na-
turelle très-abondante , dont l'eau contient
les mêmes principes ck dans les mêmes pro-
portions que celle du puits; il étoit ci-de-
vant appelé le grand bain. A quinze pieds
au-deflbus de celui-ci, en eft un autre, fourni
par un conduit de la fontaine, divifé, il y
a quelques années , en deux, par un mur de
féparation qui faifoit porter au plus voifin
du grand bain , le nom de bain dufeigneur
ou des pauvres , ck à l'autre celui de bain
doux. L'un ck l'autre de ces baffins font fé-
parés aujourd'hui par une cloifon , fuivant
la longueur du bâtiment, aux extrémités
orientale ck occidentale duquel on a pra-
DE BOURBONNE. III
tiqué de petits cabinets pour !a décence des
baigneurs. Dans l'eipace intermédiaire de
ces deux baffins , il y a une belle fontaine
d'eau commune.
En defcendant à quarante-cinq toifes
à l'orient de ces baffins , on en voit en-
core un autre de fource naturelle, conte-
nant auffi les mêmes principes & dans les
mêmes proportions que les deux premières
fources, (d'où l'on peut inférer qu'elles ont
une même origine,) appelle depuis un très-
grand nombre de fiécles, le bain-patrlu ,
nom qui lui a été donné , au rapport de
Jean le Bon , médecin , par un patricien
Romain, qui , étant incommodé d'une pa-
/ralyfie univerfelle , y fut guéri. De retour
à Rome, C. Jatinius , inftruit de fa gué-
rifon, y fit auffitôt conduire fa fille nom-
mée Coci/le, attaquée d'une femblable ma-
ladie, de laquelle elle guérit également;
en reconnoiflance de ce fuccès, il fit re-
construire ce bain , qui auparavant n'étoit
qu'une efpece de mare , affectée feulement
aux maladies de la peau , édifier un fuperbe
bâtiment avec des galeries joignant une fa-
illie, que les malheurs Se l'injure des tems
ont détruite , & placer une infeription vo-
tive dans un temple élevé en l'honneur de
la divinité qui préfidoit aux thermes. Cette
infeription, qu'on voit aujourd'hui dans un
mur de la fontaine , fut trouvée dans les
feuilles que l'on fit lors de la conftructioa.
Oiij
in Description topographique
de l'ancien château de Bourbonne , fous
Terdebert 6k Thiery, fur la fin du fixieme
jfiécle , fur les ruines du temple du dieu
Vrvo & de la déefle Orvonne , Se tranf-
portée alors fur une face de fon donjon ; de-
là , après l'incendie générale de Bourbonne
en 17 17, fur un mur de la cuverie du nou-»
veau bâtiment, puis dans l'endroit où elle'
eft préfentement. En creufant un puits dans
l'enceinte de ce château , on tira des dé-
combres deux ftatues de marbre blanc un
peu mutilées , que l'on a foupçonnées être
celles de ces divinités.
Cette infcription, rapportée dans plufieurs
Traités qu'on a donnés au public fur les
eaux de Bourbonne , & par D. Calmet dans
celui qu'il a écrit fur les eaux de Plombiè-
res; enfin par M. Dunod dans fon Hiftoire
des Sequanois, Tome Ier, page 211, &ç
dans fes nouvelles Obfervations de fonHif-
toire de l'Ëglife deBefançon, Tome II,
page 5 14 , lahTe encore appercevoir bien
des inexactitudes qui lui ont fait donner,
& qui peuvent encore lui faire donner un
fens différent de celui qu'elle doit avoir.
La copie prife fur les lieux en 1761 , par
M, Gauthier de Montdorge , & communi-
quée la même année à M, Gilbert du
Voifin , de l'académie des Belles-Lettres ck
ïnfcriptions de Paris , n'en paroît pas même
exempte à la fixieme ligne; il écrit Cociliœ,
$£ on y lit Cocillœ : enfuite de la troifieme
lettre un peu mutilée à la feptieme ligne , il
»e Bourbon ne. zi$
obferve que le figne qui la fuit eft en forme
de 9 , tandis qu'il eft en forme de 6 ; il né-
glige encore l'omiflion de la barre fupérieure
au T dans voto, qui eft gravé VOIO.
Ces petites inexactitudes feroient au moins
connoître qu'il y a du plus de négligence
de la part du graveur que de celle de Fau-
teur. On lit donc cette infcription de la
manière qui fuit , & telle qu'elle eft exac-
tement fur la pierre :
OKVONI <
INI V5-.RO
MKNVS+1N
GaPRO SAW
ï 14 Description topographique
Voici comme elle a été diverfement pré-
fentée au public :
Borboni thermarum , Deo Calatinius Ro-
manus in G allia , pro falute Cocilice uxoris
ejus, ex voto erexit.
Borboni thermarum, Deo Mammoncz Ca-
latinius Romanus in Galliâ , pro falute
Cocilice uxoris ejus , ex voto erexit.
Tomana Caïus Jatinius in Gallia , pro
falute Cocilice ex voto.
M. Dunod, qui eft venu fur les lieux <,
h. rapporte de la manière fuivante :
Borvoni To
manœ. , C, Ja
tinius , Ro
manus , in
G. pro falu
e Cociliœ.
ex voto.
Il eft aifê de juger que tous ceux qui
en ont parlé jufqu'aujourd'hui n'ont point
été exacls dans le fait , & que toutes les
interprétations qu'ils en ont données, dont
les détails feroient auflî longs qu'ennuyeux,
îie le font pas davantage.
La pierre qui porte cette infcription pa-
roît avoir été taillée en forme de pilaftre ,
&: pofée en faillie ; fa furfaçe eft afTez brute ;
fes parties latérales polies par le cifeau, font
çonnoître qu'elle n'a jamais été jointe à
d'autres pierres qui portaient aucun caraco
de Bourbon ne. 215"
tere ; d'où ceux qui ont préfumé qu'on de-
voitlire Borvoni à la première ligne, faluu
à la fixieme, attendu que le B & le T qui
manquent à ces deux mots dévoient être
gravés fur une autre pierre jointe à celle-
ci, fe font trompés. La forme du pilaftre,
plus faillant en bas qu'en haut, joint à fa
largeur égale au-deftus de la plinthe , telle
qu'elle eft repréfentée ici , doivent éloigner
cette fuppofition. Le pilaftre porte vingt-fix
pouces de hauteur , fur quinze de largeur
jufqu'à la plinthe , qui en a dix-neuf. Ses
caractères font très-bien confervés , à l'ex-
ception de quelques lettres, particulière-
ment du dernier O de la première ligne qui
ont été mutilées en tranfportant le monu-
ment fucceilivement d'endroits à autres.
Cependant on doit croire que c'eft un O,
parce que fon contour paroît le même que
celui qui forme les autres O dans toute
l'infcription : le milieu du rond de PO étant
éclaté , rend ce milieu aufîi creux que la
circonférence qui le termine ; &t c'eft au-
jourd'hui plutôt une cavité qu'une lettre
décidée.
Les lettres en font diftinguées par des
virgules en forme de triangles , qui paroif-
fent avoir été brufquement formées par
l'angle du cifeau. Suivant M. Dunod , fes
caractères paroiffent du troifieme fiécle.
M. Gilbert, du Voiftn obferve que l'os
iï6 Description TOPOGRAPrtiQUE
miffion du 7 dans falute à la fixieme ligne ,
eft une faute du graveur. Celle de la barre
de celui de voto à la feptieme, en eft cer-
tainement une auffi. Il ajoute enfuite qu'il
faut conferver YOrvoni, & qu'il n'eft pas
néceflaire d'y fuppléer un B : il eft vrai,
dit il, que nous appelons aujourd'hui ce lieu
Bourbonne ; mais on a pu y ajouter le B
depuis parunemauvaife prononciation; ou,
ée qu'on trouvera peut-être plus apparent,
continue-t-il, le dieu Gaulois Orvo , (car
c'en étoit un fans doute , ) s'appeloit , fui-
vant les dialectes du celtique , Orvo , Vervoy
Vorvo , Borvo , &c. d'où vient qu'Aimoin ,
qui écrivoit en 103 1 , appelle J^&rvona le
château de Bourbonne , confierait fous Ter-
debert & Thiery, fur la fin du fixieme fié-
cle, comme l'a remarqué M. de Valois, au
mot Lingones, page 280, au bas de la deu-
xième colonne, &t le P. Vigner, Jéfuite,
dans les Chroniques de Langres, page 43.
Cet Orvoni, Vcrvoni , Borvoni ou Vor-
voni, continue-t-il, ne feroit-il pas le dieu
dont, au rapport de Scaliger, on trouvoit
le nom joint à celui ftAbdllio ou Bdllio
dans quelques infcriptions , & que les uns
■on lu Onana , d'autres Onvana? Quoi qu'il
en foit , ce nom fe conferve dans celui de
plufieurs lieux où il y a des fources chau-
des. Berv ou verv, qui fe prononce en quel-
ques endroits overv ck • orv , dans le bas
DE B OURBON N E. 117
Breton, que les fçavans regardent avec
raifon comme un refte de l'ancien celti-
que, lignifie bouillant; tom once, eu un
nom indubitablement compofé des mots
celtiques tom, qui veut dire chaud, & onœy
qui fignifie fontaine , comme le prouve ce
vers d'Aufonne : Divona Celtarum lingua
fons additc divis; & même on a encore
cette lignification dansl'irlandois, quicon~
ferve plufieurs mots de l'ancien celtique.
D'après cette diifertation , on ne peut
pas douter que cette infcription ne foit un
vœu adrefle par C. Jatinius, Romain, au
dieu Vorvo ou la déefTe Vorvonne, en vé-
nération dans les Gaules, & qui préfidoient
aux fontaines chaudes , en reconnohTance
de la guériibn de fa fille Cocille. En rap-
prochant cette infcription de la note fui-
vante , il eft confiant qu'il y a eu autrefois
un temple élevé en l'honneur de Vorvonne,
déeffe des thermes, & évident que ce lieu
& ces eaux font de la plus haute antiquité.
Elifatius pagus ab el jluvio dicius Jive
Alfatia, pmnominatorum fratrum régna di-
videbat. Hanc ut Jibi convenientiorem inva-
dit Theodebertus primo confiiclu fuperior.
Ut majoribus collectis copiis , incautb fu-
perveniens Tkeodericus fratrem viclum in-
fequitur ; & comprehenfum aviœ Brunehildi
tranfmittit adnecem anno falutis Ci x , quo
Borbonienfe caftrum, infinibus hingonum
n8 Description topographique
conditum aftruïmus, eo in colle ubi Vorvo-
nae , feu Borbons thermarum dese templum
olim (îeterat (a). Plufieurs monumens &
tombeaux trouvés dans la forêt de Coiffy-
le-Bas, aune lieue de Bourbonne , appelée
autrefois le cimetière des Sarajins , rappel-
lent également l'antiquité de ce lieu & de
fes eaux : les ouvrages que l'on a reconnus,
lors de la reconftru&ion des bains en 1763,
pour être de ceux des Romains, le fond
du baffin, appelé le bain doux , ainfi que
fon pourtour , un aqueduc pour la dé-
charge & conduite des eaux, &: un canal
pour la féparation des froides , communes,
d'avec les minérales, étant conftruits en
briques d'un pied quarré, fur deux pouces
d'épaifTeur, jointes par un maftic ou ciment
qui leur étoit propre , ( &c qui , n'étant pas
connus de nos architectes François, ne fait
pas honneur aux lumières du fiécle,) con-
firment cette vérité. Ce fait hiftorique eft
encore appuyé fur les reftes d'une ancienne
chauffée romaine qui fe voit à l'extrémité
de la rue Vellonne , appelée auparavant
rue Bellonne.
On a voulu faire dériver l'étymologie
de Bourbonne , de bourbe-bonne , à caufe
de l'ufage que l'on fait du fédiment ou dé-
pôt de ces eaux en forme de cataplafme,
(a) Chronc. Un*, e Soc, ?ef, page 43»
de Bourbonne; 219
fur les anciennes cicatrices qui , en bridant
les parties où elles font fituées , en gênent
ou empêchent le mouvement; fur les par-
ties froiflees par les entorfes, clétorfes, frac-
tures, luxations, quelques efpeces d'anki-
lofes èk de tumeurs , ( feuls cas où elles
conviennent ; ) mais il paroit plus vraifem-
blable que le nom de Bourbonne lui eft
venu de celui de la déeffe Vorvonne, qui ,
dans la fuite, par une mauvaife prononcia-
tion , & le changement de XV en B, comme
on l'obferve encore dans certaines provin-
ces , a été appelé Borvone, &C après Bour-
lonne , de même, par celui du B en F, on a
prononcé rue Vellone^ pour rue Bellonne.
L'efficacité des eaux de Bourbonne étant
conftatée dans une infinité de maladies
chroniques, où les moyens les plus connus
ck les mieux adminiftrés font trop lents , ou
fouvent inefficaces, ont engagé le roi, dont
les bontés s'étendent fur tous fes fujets, à
faire conûruire , en 1732, un hôpital mi-
litaire pour y envoyer les officiers, bas-
officiers, foldats, cavaliers &; dragons, qui
font dans le cas d'en avoir befoin. Il ne
manque à un fi bel établiiTement, qu\me
augmentation de bâtimens, pour pouvoir
contenir le grand nombre de ceux qui y
arrivent tous les ans , afin que , réunis fous
les yeux des officiers de police & de fanté,
ils puiffent être mieux disciplinés ck pn^
210 Description topographiqué
fiter également de ce fecours. Un bain d'une
température modérée feroit pour ces in-
fortunés d'une néceffité auffi indifpenfable ,
attendu que ceux où ils font obligés de fe
baigner le trouvant trop chauds, ils ne peu-
vent y refter le tems fuffifant, ni employer
les bains de cuve qu'on pratique chez le
bourgeois.
Les pauvres malheureux que nous voyons
tous les ans accablés fous le poids des in-
firmités &. de l'infortune, avoient porté
des citoyens zélés & charitables à établir
pour eux un hôpital , en vertu de lettres-
patentes du roi accordées en 1701 , regif-
trées en parlement en 1705 ; mais, par un
contrafte que l'on ne peut imaginer ni con-
cevoir, ck qui peut-être eft fans exemple,
ces hommes vertueux ont été contrariés
dans leur entrepriie, & n'ont eu pour prix
&: récompenfe de leur zèle, que la douleur
de voir détruire avec une forte de triom-
phe un afile auffi précieux.
Bourbonne eft affez vafte & renferme
une quantité de bâtimens propres à rece-
voir les étrangers ; il ne lui refte , pour leur
procurer de la diffipation & de l'agrément,
que la faculté de pouvoir faire une pro-
menade dans fon centre qui pût leur fervir
de point de réunion ; mais fon peu de re-
venu, & l'incendie générale de 1 7 1 7, ayant
-enveloppé dans f^s fiâmes la majeure par-
DE BOURBONNE; 221
tîe de fa fortune, ne lui a pas encore permis
l'exécution de ce projet.
M. Rouillé d'Orfeuil , intendant de la
province, toujours attentif au bien des peu-
ples dont le roi lui a confié l'adminiftra-
tion, s'efr, occupé, ces années dernières,
au rétablirTement de fes pavés, & , par une
fuite de les bienfaits , vient de faire cons-
truire une promenade près la fontaine.
Occupé fans cerTe du bien & de l'utilité
publique , nous efpérons qu'il voudra bien
nous les continuer , & qu'il ne perdra pas
de vue un endroit qui renfetme un dépôt
auffi falutaire.
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- X XXX X X X X X X X
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p
TABLE.
rèfac É , Page iij
Mémoire & Obfervations , $
Eaux minérales & thermales , ce que ceffc ;
elles renferment toutes les vertus & pro-
priétés de Veau commune, 4
Principes contenus dans les eaux thermales
de Bourbonne, 5, 168 & 169
Sentimcns de MM. Hubert, Jacob & Thi-
bault fur les eaux de B our bonne ,' 12
Première Observation. Suffocations
hyflériques , accompagnées de mouvemens
convulfîfs & fpaj modiques dans prefque
toutes les parties du corps. I 5
II. Obs. Paralyfie avec perte de fentiment
dans les parties affectées , & xonvuljions
confîdérables , 16
III. OBs. Hémiplégie vaporeufe , complette,
avec obfruclion douloureufe au foie ,19
IV. Obs. Même que la première ,
V. OBS. Paralyfie complette des extrémités
inférieures , fuite de vapeurs , 20
VJ. Obs. Hémiplégie légère, fuite d'une
affection hyfiérique , avec obflruclion au
foie , 21
VVI1. Obs. Hémiplégie précédée de mouve-
mens fpaj modiques , ibid.
yin,
f A B L E, î2î
VIII. OBS. Hoquet imitant Vaboyement ,
fuivi d'une hémiplégie complet te , 22
IX. Oes. Serrement convulfif à la gorge,
fuivi d'hémiplégie périodique , 23
X. Obs. Mouvemens convulfifs périodi-
ques , fuivi s de la paralyfie compktte des
extrémités inférieures, ibid.
XI. Obs. Tenfion fpafmodique , abdomi-
nale, inteflinale, hémorrhoidale , &c. 314
XII. Obs. Hémiplégie complexe, fuite de
douleurs de tête & de mouvemens fpaf-
modiques convuljifs , 25
XIII. Obs. Hémiplégie , fuite de hoquets,
fuffocations , fpafmes , foibleffes , 27
XIV. Obs. Douleurs feiatiques , invétérées
& atroces, menaçant de paralyfie les ex-
trémités inférieures , ibid.
XV. Obs. Douleurs feiatiques , femb labiés
a celles de Vobfervation précédente , dont
Vorigine remontoit à quatorze ou quints.
ans, 2g
XVI. OBS. Hémiplégie , fuite de différens
accès de vapeurs , fpafmes univtzrfels, de.
crachemens de fang terribles , plus redot:-
tables que les afphyxies , 35
XVII. Obs. Paralyfie des quatre extrémités^
fuite d'une apoplexie fympathique de fpaf-
mes & des occupations de cabinet, 36
XVIII. Obs. Obftruclion au foie, après
une inoculation, 40
XIX. Obs. Obfiruclion au foie, avec fié"
P
3tî4 TABLE.
m , vomijfement habituel , perte des ri»
g/es , ufage des eaux de Vichy, 41
XX. Obs. Leucophlegmatie , fupprefjion au
foie -, j 'auniffe ; fuites d'une fièvre double-
quarte , ibid.
XXI. Obs. Objîruclion à la matrice; ufage
des eaux de Vichy, ibid.
Guérifon d'une colique de Poi-
tou , minérale , 43
Analyfe des eaux de Plombiè-
res, Bain & Luxueil; par M. Monet, 46
Sciatique ancienne , rebelle,
accompagnée de mouvemens convulfïfs
fi terribles , que le malade a été cru épi-
lep tique , 48
XXII. Obs. Paralyfe fpafmodique des ex-
trémités inférieures , avec atrophie & mou-
vemens convulfïfs, 64
XXIII. Obs. Hémiplégie fpafmodipue ,
fuite de douleurs de tête , avec perte des
facultés de Vame , & jlrabifme d'inégale
hauteur compliqué , 68
XXIV. OBS. Paralyfe prefque univerfelle,
fuite de mouvemens fpafmodiques , ac-
£ompagnée de diminution des facultés
de Vame & de Jlrabifme, 71
XXV. Obs. Hémiplégie de caufe féche &
chaude , fuite de fièvre inflammatoire , 7 3
XXVI. OBS. Paralyfe des extrémités in-
férieures , dépendante de la même caufe
qu$ la précédente, 75
TABLE. iï<
XXVII. Obs. Objlru&ion au foie , à lit
rate. , au pancréas , au méfemere , <mc
^/JleVre /e/z/e , vomijfement habituel & mou-
vemens fpafmodiques , 7 Ç
XXVIII. Obs. Douleurs de tête, frvomif-
femens fpafmodiques y 79
XXIX. Obs. Embarras au foie , fuppref*
Jion des régies , & vomiffemens fpafmo*
diques , 80
XXX. Obs. Engorgement oedémateux au
bras , avec fuppreffion des régies & mou*:
vemens fpafmodiques , 8 J
XXXI. Obs. Douleur d'ejlomac , accom-
pagnée de vomijfement , dUtifle & d'ic-
tère, By
XXXII. Obs. Vomiffement compliqué des
mêmes fymptômes que ci-deffus 9 avec
gonflemens fpafmodiques à l'e/lomac, 86
XXXIII. Obs. Vomiffement hypocondria-
que , 87
XXXIV. Obs. Hémiplégie vaporeufe , com-
pliquée du phthiriajîs , & autres fymp-
tômes fingulierSy 89
XXXV. Obs. Vapeurs compliquées du bri-
dement de la mâchoire , de fpafme des
mufcles du cou, quifixoient la tête fur les
épaules , & d'autres accidens graves, 9 J
XXXVI. Obs. Tremblement convulfifuni-
verfel 9 accompagné d'affbiblij/ement pro-
digieux de la vue, d'érétifme de Feflomac
& des inteflinsy 99*
aie TABLE.
XXXVII. Obs. Colique chronique , fîoma-
cale , Jlatueufe f fpafmodique , 101
XXXVIII. OBS. Vomiffement fpafmodi-
que , accompagné de gonflement de Vef-
tomac , de convuljions fuivies de perte
de connoiffance , 105
XXXIX. Obs. Mouvemens fpafmodiques
à la fuite de couche , 1 07
XL. ObS. Hémiplégie fpafmodique , 108
XLI. Obs. Contorjîon fpafmodique de la
bouche, avec bridement des paupières fu-
périeure & inférieure fur le globe de
fœil, 109
XLII. Obs. Strabifme , fuite a" affection
fpafmodique , 1 1 1
XLIII. Obs. Un double, avec affaiffement
de la paupière fupérkure , 1 1 4
XLIV. Obs. Contorfion fpafmodique de la
bouche , 115
XLV. Obs. Jauniffe fpafmodique, accom-
pagnée de douleurs vives , ibid.
XLVI. Obs. Ictère noir , complique de vo-
mijfement & de marafne , 117
XLV II. OBS. Obflruction au foie , avec
jauniffe invétérée , 1 1 9
XLVI II. Obs. La même que la précédente,
121
XLIX. Obs. Obflruction de V ovaire , 122
L. ObS. Phthifîe fymptomatique , compli-
quée a" obflruction au foie & de gale >
123
TABLE. 117
11. OBS. Fièvre irréguliere ^ avec ohjiruc»
don au foie , I lS
LU. Obs. Fièvre-tierce , double-tierce, quarte*
avec obflruclion au foie , 115
LUI. Obs. Fièvre lente & toux quinteufe 9
M®
LXIV, Obs, Fièvre-quarte qui a éludé, pen-
dant vingt-quatre ans , l'action desfèbrU
fuges ordinaires 9 ibid.
LV. Obs. Fièvre-tierce , avec œdème & toux
aiguë, 131
LVI. Obs. Cachexie fcorbutique , accom-
pagnée de toux aigre , convuljive , & de
fièvre-quarte , 13a
En quel tems V attention a été réveil'
lee fur faction fébrifuge des eaux de
Bourbonne , 1 3 ç
LVI1. Obs. Fièvre-quarte , avec objlruciion
à la rate , \yy
LVIII. Obs. Ulcères , fuite d'éryfipèles
phlegmoneux, 141
LIX. Obs. Ulcère confidèrable à la partie
inférieure de la jambe, 144
Douches en gerbes , & douches
en colonne, 147
LX & LXI. Obs. Maladies occajionnées
par vices de la lymphe , 148 & 1 50
LXII. Obs. Rhumatifme chronique, gout-
teux , univerfel , I f 3
LXIII. Obs. Rhumatifme goutteux , 154
I-XIV, OfiS. Jaunijfe , fuivie de fièvre , 4§
Piij
2i& TABL E.
tranfport , d'engorgement dans les artU
culations , & de fièvre-lente , ibid.
LXV. OBS. Sciatiqut rebellle , douloureufe9
avec amaigriffement des extrémités infè'
Heures y 158
LXVI. ÔBS Rhumatifme avec fièvre , 159
Efficacité des eaux de Bourbonne ,
reconnue depuis long-tems dans les ma-
ladies chroniques 9 fièvres-lentes , quartes ,
intermittentes y 160 & fuivantes.
LXVII. OBS. Colique néphrétique & gra-
velle , 162
LXVIII. OBS. Soif inextinguible idiopa-
thique , 170
LXIX. OBS. Paralyjie univerfelle , fuite
d'un empoifonnement , 172
Brandiloire , fa formation ,
174
LXX & LXXI. OBS. Expulfion de corps
étrangers , 183,184
Corollaire , 195
Xettre </e M. Ca^iot , 205
Defcription topographique de Bourbonne ;
Antiquité de fes eaux9 209
Fin de la Table.
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ERRATA.
PRbfaci , page xv , ligne j , eft aufli obfut , li[e\ efï
aullî obfcur.
Page 45-, ligne 10 , qui a été fcu&ueufc, UÇt\ qui a été
iorrùâueufe.
Page 78 , ligne 24 , les moyen* les plus communs , llfe\
les moyens les plus connus.
Page 114, ligne avant- dernière , put le dégager, Ufe\ pue
la dégager.
Page 145 , ligne ix de la note, pur plures amos , lifez
per plures annos.
Page 147, ligne 11 , au troifîemc degré, life\ au vingt-
neuvième degré.
Page l49 » ligne 19 , qu'efface, life\ qui efface.
Page 1 69 , ligne 18, ni au foie de foufre lui-même l
life\ ui au foufre , ni au foie de foufre lui «aérne,
APPROBATION.
J'A I lu , par ordre de Monfeigneur le
Chancelier, un Manufcrit qui a pour
titre : Obfervations fur les Eaux minérales
de Bourbonne , &c. & je n'y ai rien trouvé
qui puiffe en empêcher l'impreffion. Paris ,
le 28 Mai 1771.
POISSONNIER DESPERRIERES.
PRIVILEGE DU ROI.
LOUIS, par la Grâce de Dieu, Roi
de France et de Navarre : A nos amés
& féaux Confeillers , les Gens tenans nos Cours
de Parlement , Maîtres des Requêtes ordinaires
de notre Hôtel, Grand-Confeil , Prévôt de Paris,
Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenans civils , ÔC
autres nos Jufticiers qu'il appartiendra : Salut.
Notre amé le fieur Chevalier, do&eur en
médeciue , Nous a fait expofer qu'il defireroit
faire imprimer & donner au| Public un ouvrage
qui a pour titre : Mémoires & Obfervations fur les
Eaux de Bourbonne , de fa compofition , s'il Nous
plaifoit lui accorder nos Lettres de Privilège pour
ce néceffaires. A cesGauses, voulant favo-r
rablement traiter l'Expofant , Nous lui avons
permis & permettons par ces Préfentes , de faire
imprimer ledit Ouvrage , autant de fois que bon
lui femblera , & de le vendre , faire vendre &
débiter par-tout notre Royaume, pendant le tems
de fix années confécutives , à compter du jour
de la date des Préfentes, Faifbns défenfes à tous,
23 1
Imprimeurs , Libraires j & autres perfonnes , de
quelque qualité & condition qu'elles foient , d'en
introduire d'impreffion étrangère dans aucun lieu
de notre obéiffance ; comme aufli d'imprimer ,
ou faire imprimer 3 vendre, faire vendre, dé-
biter, ni contrefaire ledit Ouvrage, ni d'en faire
aucun extrait , fous quelque prétexte que ce puuTe
être , fans la permiffion expreffe , & par écrit ,
dudit Expofant, ou de ceux qui auront droit de
lui, à peine de confifcation des Exemplaires con-
trefaits , de trois mille livres d'amende contre
chacun des contrevenans ? dont un tiers à Nous ,
un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris , &. l'autre tiers
audit Expofant , ou à celui qui aura droit de lui,
& de tous dépens , dommages & intérêts. A la
charge que ces Prélentes feront enregiftrées tout
au long fur le Regiftre de la Communauté des
Imprimeurs & Libraires de Paris dans trois mois
de la date d'icelles ; que l'impreffion dudit Ou-
vrage fera faite dans notre Royaume , & non
ailleurs , en bon papier & beaux caractères , con-
formément aux Réglemens de la Librairie , &
notamment à celui du 10 Avril 1725, à peine
de déchéance du préfent Privilège; qu'avant de
l'expofer en vente , le Manufcrit , qui aura fervi
de copie à l'impreffion dudit Ouvrage, fera remis
dans le même état où l'approbation y aura été
donnée , es mains de notre très-cher & féal Che-
valier, Chancelier Garde des Sceaux de France,
le fieur De Maupeou ; qu'il en fera enfuite
remis deux Exemplaires dans notre Château du
Louvre, & un dans celle dudit fieur De Mau-
peou ; le tout à peine de nullité des Préfentes.
Du contenu defquelles vous mandons & enjoi-
gnons de faire jouir ledit Expofant & fes ayans
caufe , pleinement & paifiblement , fans foufFrir
qu'il leur foit fait aucun trouble ou empêchement.
132.
Voulons que la copie des Préfentes ~, qui fera im*
primée tout au long, au commencement ou à la
fin dudit Ouvrage , foit tenue pour dûement
fignifiée , & qu'aux copies collationnées par l'un
de nos amés & féaux Confeillers- Secrétaires,'
foi fo;t ajontée comme à l'Original. Commandons
au premier notre Huifïier ou Sergent fur ce re-
quis , de faire , pour l'exécution d'icelles , tous
actes requis & néceffaires , fans demander autre
permifîion , & nonobftant clameur de Haro ,
Charte Normande , & Lettres à ce contraires ;
Car tel eft notre plaifir. Donné à Paris, le tren-
tième jour du mois de Septembre , l'an de grâce
mil fept cent foixante-dix, & de notre Règne le
cinquante-huitième. Par le Roi en fon Confeil.
Signé LEBEGUE.
Regiflré fur le Regiftre XVIII de la Chambre
Royale 6* Syndicale des Libraires & Imprimeurs
de Paris , n? 1597, yô/. {749 , conformément au
Règlement de 1723 , qui fait dèfenfes , art. 4, à
toutes perfonnes , de quelque qualité & condition
quelles foient , autres que les Libraires & Impri-
meurs 3 de vendre , débiter , faire afficher aucuns
Livres pour les vendre en. leurs noms , foit qu'ils
s'en difent les auteurs ou autrement , & à la charge
de fournir à la fufdite Chambre huit Exemplaires
Jprefcrits par l'article 108 du même Règlement, A,
RfriSf çe$Ottobre 1772.
Signé JOMBERT pert, Syndict
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